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dans les premiers, des tyrans, dans les seconds leurs soutiens naturels ou leurs complices, dans les priviléges qui les avaient faits ce qu'ils étaient le plus grand obstacle à la liberté, et dans l’abo- 5 lition de ces priviléges la liberté même. Hoche confondait ainsi l'égalité avec la liberté: il ne s’était pas suffisamment rendu compte des véritables conditions d’existence de liberté politique, seule garantie de toutes les autres: il paraissait ignorer que la représentation d’un
10 peuple ne saurait être vraiment nationale qu’autant qu’elle est l'expression libre et vraie de la volonté publique: ïl oubliait enfin que la liberté ne subsiste qu’autant que la loi règne, et que la loi n’est souveraine que si le législateur est inviolable,
15 Hoche considérait le sort de la République comme lié à la politique du Directoire qui tendait à révolutionner l’Europe et à maintenir les lois révolutionnaires qui proscrivaient les émigrés et qui armaient le gouvernement de pouvoirs extraordinaires : à ses yeux, les vrais patriotes,
20 les seuls défenseurs de la Révolution et de la liberté, étz”nt les trois directeurs et leurs partisans qui voulaient conserver à tout prix ces lois exceptionelles ; tandis que ceux qui désiraient les abroger et y substituer un régime légal et modéré étaient pour lui des royalistes, des adver-
25 Saires de la liberté, des ennemis à écraser.*
Hoche vint à Paris, il fit part au gouvernement de ses appréhensions touchant les progrès du royalisme au sein des conseils législatifs, et dit qu’il était indispensable d'en triompher au besoin par la force. Il se con-
30 certa particulièrement avec Barras et s’offrit avec son armée pour seconder toute entreprise violente des directeurs contre la majorité électorale et la puissance législative. Il dirigea, de concert avec lui, deux de ses divisions commandées par Richepanse, sur Brest, sous pré-
35 texte de les faire concourir à une nouvelle expédition d'Irlande : il les fit passer à peu de distance de Paris et les cantonna à La Ferté-Alais, en deça dus limites fixées par la constitution aux troupes qui ne seraient point
= * Voyez aux pièces justificatives ia note F,
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appelées dans la capitale par l'autorité législative même.* L'arrivée de ces troupes aux environs de Paris, et à une distance prohibée, coïncida avec un remaniement ministériel dans lequel Hoche fut désigné comme ministre de la. grerre.
Le conseil des Cing-Cents s'en émut: il se crut en péril, et déclara la constitution violée, si les troupes ne rétrogradaient jusqu'aux limites qu’elle avait fixées. Il s’éleva en même temps contre la promotion projetée de Hoche au ministre de la guerre, alléguant qu’il n’avait point l’âge légal pour les fonctions ministérielles, et il exigea que le Directoire rendit compte de sa conduite,
Sur les cinq directeurs, trois seulement voulaient un coup d’État contre les conseils ; les deux autres, Carnot et Barthélemy, s’y montraient contraires et persistaient à vouloir demeurer dans la légalité. Carn:)t avait alors la présidence du conseil directorial : il somma le général Hoche de justifier, devant les directeurs réunis, son absence de son armée, sa présence à Paris et les ordres donnés aux troupes qui avaient franchi la limite constitutionnelle. Hoche allégua son ignorance : il dit que le général Richepanse avait reçu l’ordre de conduire sa division à Brest, et qu’il ignorait sans doute azssi que La Ferté-Alais fût dans le rayon prohibé. Il avait compté sur Barras pour le défendre, et Barras garda ie silence. La Reveillère intervint et fit cesser cet interrogatoire sévère et périlleux. Hoche n'étant pas soutenu par le gouvernement, voyant en outre le Directoire incertain et le coup d’État ajourné, fit rétrograder ses divisions jusqu’en Alsace, quitta Paris et revint dans son quartier général, à Wetzlar.
Mais l'alarme avait été jetée dans la majorité législative qui redoutait avec raison un coup d’État, et les adversaires de Hoche eurent recours à tous les moyens, même aux plus odieux, pour ruiner son crédit et détruire
* En vertu de la constitution, il était interdit aux troupes de s'approcher, dans un rayon de douze lieues, de l'endroit où siégeaient ks conseils législatifs, si elles n'étaient sppelées par une loi.
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sa popularité. Le général Willot, son ennemi personnel, le dénonça ouvertement dans le conseil des Cinq-Cents comme aspirant au rôle de Marius ; un autre membre, Dufresne Saint-Léon, l’accusa de n’avoir versé dans le
5 Trésor public qu’une faible partie des sommes prélevées sur les territoires que son armée occupait, par la commission financière qu’il avait arbitrairement instituée, et il fit entendre que Hoche avait sans doute gardé le reste pour lui et pour son état-major. Hoche, il est vrai,
10 n'avait versé qu’une partie de ces sommes dans les caisses de l’État ; il en avait réservé une autre partie pour les besoins éventuels du Gouvernement, et, avec le reste, il avait nourri et entretenu ses soldats, préférant user de ces ressources plutôt que de recourir aux avides
15 fournisseurs ét spéculateurs qu'il avait chassés de son armée.
L’illustre général Jourdan, membre des Cinq-Cents, ne put entendre de sang-froid l'accusation calomnieuse dirigée contre celui qu’il considérait comme l’honneur
20 des armées françaises, et, bien qu’appartenant lui-même à la majorité menacée, il se leva indigné et dit: “Souvent les armées auraient péri de misère si les généraux en chef n'avaient usé des contributions faites en pays conquis. J'ai commandé cent cinquante mille
25 hommes, et j'ai la preuve que le gouvernement payait à des fripons cent cinquante mille rations par jour, et que l’armée n'en recevait que dix mille. Il fallait donc que les généraux s’occupassent de faire vivre le reste de l’armée. Il n’est au pouvoir de personne de me faire
30 croire que le général Hoche ait commis un autre crime, et les coupables de son espèce ont droit aux remerciements de la patrie reconnaissante.”?
Cet éclatant témoignage, donrié de si haut à son intégrité, rendit pour Hoche moins amère une calomnie
35 contre laquelle il protesta soudain en demandant un jugement public. Mais les reproches injustes auxquels il s'était vu en butte dans le sein des conseils législatifs dont il avait excité les alarmes, l’irritèrent profondément, Il crut que la majorité avait résolu sa perte pour être
49 plus libre d'accomplir ses projets contre-révolutionnaires :
sonnel, il voulut rendre à ses adversaires menace pour menace ù j-Cents et, ayant réuni ses généraux dans un banquet patriotique All embre, - pour fêter l'anniversaire du 10 août, dernier jour de la Î lans le monarchie, il but à la République, et dit : “ Amis, la paix élevées va être signée : mais, je ne dois pas vous le dissimuler, 5 4 a COM- vous ne pouvez vous dessaisir encore de ces armes n. uée, et terribles par lesqueiles vous avez tant de fois fixé la 14 le reste victoire. Avant de le faire, peut-être aurons-nous à l st vrai, assurer la tranquillité intérieure que des rebelies aux lois È ins les de la République essaient de troubler.” TO k partie Hoche n’alla pas plus avant dans cette voie : déjà la f avec le mort était dans son sein, cette mort prématurée qui met Li éférant les belles actions des gens de bien en sûreté et à couvert avides des revers de la fortune.“ Il avait senti à Brest, l’année î de son précédente, les premières atteintes d’un mal inconnu qui 15 4 redoubla d'intensité à Wetzlar : il tomba bientôt grave- f -Cents, ment malade, et le bruit se répandit qu’on l'avait empoi- Î nieuse j sonné. Il était, aux yeux des royalistes le plus résolu et 14 onneur le plus vaillant champion du gouvernement républicain : i -même comme tel, il était en butte à de criminelles attaques et 20 tdi: il avait précédemment échappé, comme par miracle, à un si les assasin soudoyé par ses ennemis :f on savait sa vie trèsfaites menacée, et dans chaque nouvelle crise d’un mal qui e mille semblait inexplicable, on croyait voir les indices d’un ayait à attentat contre sa personne. 25 et que Déchiré par une toux sèche, brûlé d’un feu intérieur et nc que dévorant, il était en proie à une irritation nerveuse et ste de tombait dans des spasmes dont il sortait épuisé. Il lane faire ÿl guissait dans cet état si douloureux lorsqu'il apprit l'acte crime, : violent du 18 fructidor exécuté contre les conseils légis- 30 L nercie- latifs par les trois directeurs, Barras, La Reveillère- à Lepeaux et Rewbell. Cette nouvelle impatiemment ï à son £ attendue et dc it il ne prévit point les suites, lui causa omnie nt un
* Plutarque, Zé/opidas.
xquels arque, é/opiaas
islatifs T Revenant un soir du spectacle à Rennes, comme il rentrait dans 35 | son hôtel, un coup de feu fut tiré sur lui presque à bout portant et
ment, ne l’atteignit pas, On saisit l’assassin qui avoua son crime et désigna
Ir être Le — pour son complice un ancien chef de chouans. Hoche sollicita in C: . . F ER ; 1
aaires : ri utilement leur grâce, ils périrent sur l’échafaud,
la joie la plus vive et lui rendit des forces. Le Directoire cependant avait eu recours à d’odieux moyens pour réussir dans son entreprise * et s'était condamné à une longue série d’actes tyranniques, sans pouvoir s'arrêter 5 jamais dans la légalité, jusqu'au jour peu éloigné où, à son tour, il trmba, victime méprisée du coup d'État de brumaire.t Hoche ne pressentit point cela, et salua avec enthousiasme la liberté qu’il croyait sauvée par la journée de fructidor, tandis qu’elle était irrévocablement perdue. 10 Peu de jours après, le Directoire destitua le général Moreau, qui avait perdu sa confiance, et donna son armée au général Hoche, qui réunit ainsi le commandement des deux armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin. Mais ses forces l’abandonnèrent de nouveau : en proie 15 au feu qui le dévorait, il se disait revêtu, comme Hercule, de la robe empoisonnée du Centaure. Son médecin, Poussielgue, lui ordonnait un repos nécessaire : mais. pour cette nature ardente, dont l’action était l'élément naturel, le repos était une fatigue plus qu’un soulagement. 20 Il parut cependant s’y résigner et se rendit à la foire de Francfort pour se distraire : il y fit connaissance avec un empirique fameux qui promit de le guérir sans le condamner au repos : Hoche prit en secret ses remèdes, et son état fut bientôc désespéré. Il lut son arrêt dans les 25 yeux de Poussielgue, se vit mourir et accepta doucement son sort.
Il voulut revoir une dernière fois ses amis, ses compagnons d’armes, et les reçut d’un air serein, tandis qu’au pied de son lit sa jeune femme étouffait ses sanglots.
30 li s’entretint une heure avec eux, les remerciant de leur
“Les principaux moyens auxquels ies trois directeurs eurent recours pour prolonger leur autorité furent: la déportation à Cayenne de leurs deux collègues, Carnot et Barthélemy, de cinquanteneuf membres des deux conseils législatifs et de quarante journalistes,
35 la suspension de la liberté de la presse, et la remise en vigueur des mesures révolutionnaires contre les émigrés et les prêtres.
+Ce jour-là, 19 brumaire an VII. (10 novembre 1799), le général Bonaparte, récemment revenu d’Érypte, expulsa le conseil des Cinq-Cents à Saint-Cloud, mit en arrestation trois directeurs et
40 cassa la Constitution de l'an III, Il se fit élire ensuite premier consul. Voyezmon Æistoire de France, t. II, p. 365, 366.
Ææ Direcens pour é à une s'arrêter né où, à État de lua avec | journée perdue.
général nna son nmandeju Rhin.
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DE LAZARE HOCHE, 117 affection, et s’efforçant même de sourire. Il parla aussi des affaires publiques et revint sur le coup d’État de fructidor qu’il jugeait toujours indispensable. Toutefois, mieux éciairé au moment suprême, il reconnut qu’il était heureux qu'aucun des généraux commandant en chef les armées de la République n’eût participé de sa personne à cet acte de violence, et qu'Augereau, en l’exécutant, par lordre des trois directeurs, eût paru obéir aux pouvoirs civils: une république, dit-il, devait toujours être servie et non protégée par l'epée.
Ce dernier effort l'avait épuisé; il congédia ses lieutenants, et vers le soir il s’endormit. Après quelques heures de repos, il s’éveilla en suffoquant. Il ne parlait plus : il eut une crise terrible et, le 19 septembre 1797, il expira doucement entre les bras de sa femme et du général Debelle, son beau-frère. *
Hoche avait à peine atteint vingt-neuf ans et sa renommée comme celle de son jeune et brillant rival, le vainqueur d’Arcole et de Rivoli, remplissait l’Europe. Qui pourrait dire la désolation de ses compagnons d'armes, le désespoir de ses soldats! L'armée entière fit à son chef de magnifiques et touchantes funérailles. On décida qu’il serait enseveli à Pétersberg dans le camp retranché de Coblentz, à côté d'un jeune héros enlevé comme lui à la fleur de son âge, au milieu d’une glorieuse carrière et qui laissait un grand nom, le général Marceau.
Le convoi funèbre quitta Wetzlar le 21 septembre et se dirigea vers Coblentz. Les aides de camp de Hoche, les généraux et tout l'état-major escortèrent le char,
devant lequel étaient portés les étendards et les drapeaux 30
en deuil. Le cortége s’avança ainsi au son lugubre des tambours voilés et au glas funèbre des cloches mises en branle par les habitants des villes et des bourgs qu’il traversait. Les paysans des environs accoururent en
foule et firent cortége aussi au général dont ils avaient 35
* On ouvrit son corps et l'on trouva, dans l'estomac, quelques taches où l'on crut reconnaître des indices de poison, suflisants peut-être pour légitimer des soupçons, mais trop faibles pour les confirmer,
reçu des témoignages de commisération et qui avait allégé pour eux les charges de la guerre.
Le corps fut reçu avec honneur à Braunfels par le prince souverain, qui l’attendait sur la place publique à 8 la tête de toute sa maison. Lorsqu'il passa au pied des remparts fameux de la citadelle d'Ehrenbreitstein garde par les Autrichiens, il fut salué par toutes les batteries de la place et par le feu de la garnison rangée en bataille sur les glacis. Le gouverneur sortit des portes pour le 10 recevoir et conduisit le corps jusqu'aux bords du Rhin, entre une double haie formée par les soldats de France et d'Autriche. Le convoi traversa ensuite Coblentz, puis se dirigea vers les hauteurs de Pétersberg où une partie de l’armée était sous les armes pour le recevoir. 18 Là un simplemonument, qu’un grand poëte a célébré dans des vers immortels, renfermait ies restes de Marceau.“ Cette tombe modeste pour laquelle Hoche avait souscrit de ses deniers quelques jours avant sa mort, réunit les deux héros. Le corps Ge Hoche y fut 20 descendu après avoir reçu les adieux de ses compagnons: Le Fèvre, Championnet, Grenier rendirent hommage à leur général dans un langage militaire, simple et vrai: après eux un grenadier s’avança, présenta l'arme devant le cercueil, y déposa une couronne de chêne, disant : 25 Hoche, au nom de l’armée, reçois cette couronne ; ” etil pleura. Ses larmes exprimaient mieux qu'aucune parole le- sentiments de tous.
Hoche s'était plus, mais il vivait dans le cœur de ses soldats et de ses concitoyens : toute la France se sentit
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o * Ce que lord Byron a dit de Marceau peut a beaucoup d’égards être appl'aué à Hoche à qui le poëte a également rendu hommage.
66 Prés de Coblentz, sur une riante colline est une pyramide simple
et modeste couronannt le sommet d’un monticule verdoyant : sous sa base repose un héros......Rapide et triomphant fut son jeune essor.
55 Tous l'ont pleuré, amis et ennemis, et l'étranger, qui s'arrête ici panr méditer, peut à bon droit prier pour le repos de son esprit généreux, car il fut le meilleur champion de la liberté. Il fut de ceux, trop peu nombreux, hélas, qui n’ont point franchi les justes bornes qu’elle assigne aux guerriers qu’elle arme de son glaive. Son AO âme demeura sans tache ; c’est pourquoi les hommes ont pleuré sur lui” (Lord Byron, C#ë/d-Harold, chant FLE, LVI, LVEL)
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par le lique à ed des garde ries de bataille Jour le | Rhin, France blentz, où une cevoir.
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onne ; ” aucune
de ses se sentit
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arrête ici son esprit Il fut de les justes ive. Son pleuré sur
DE LAZARE FICHE, 119 frappée en lui, et la douleur publique se fit jour au milieu des honneurs funèbres que le gouvernement rendit en grande pompe à sa mémoire, le 1° octobre suivant, Ÿ Paris. Tous les corps de 1 ‘îtat, le peuple et l’armée
turent conviés par le Directoire au Champ de Mars pour 5
cette fête funèbre dans laquelle l’illustre Daunou prononça l’oraison funèbre du héros, et fut l’éloquent interprète des douleurs de la ratrie.
Telle fut la brillante et trop courte carrière de Lazare Hoche, qui excita l'admiration de vous, même de ses ennemis, et qui obtint la gloire la plus enviable à l’âge où les plus illustres commencent à peine à attirer sur eux l'attention. Il eut à un degré éminent ce caractère particulier aux grands hommes de paraître toujours supérieurs à leur situation: plus il montait plus il semblait grand, et l’on est d'accord porir reconnaître que sa fortune, s’il eût vécu, n’aurait eu d'autre limite que celle que le devoir lui eût tracée et qu’il se fût marquée à luimême, Sa vie entière porte le cachet de la vraie grandeur : en la contemplant, l'âme s’élève et se sent portée à l'oubli de soi, au dévouement, aux grandes actions. Ses traits les plus saillants furent la loyauté, la magnanimité, l’ardent patriotisme, le culte de l’honneur, et une activité dévorante pour laquelle le repos était une intolérable souffrance, À ces grands traits il faut joindre le désintéressement d’une ambition qui n’eut jamais pour but que l’avantage de son pays, une bonté compatissante aux maux des malheureux, une intégrité qui ne comprenait pas qu’il fût possible de n’efñi pas avoir. “Tu me recom-
mandes, écrivait-il à sa jeune femme, de songer à la for- 2
tune de notre enfant : je lui laisserai un nom sans tache: c’est tout ce que je lui dois.” *
Jamais général ne posséda mieux le cœur de son armée: “Aime, disait-il souvent, si tu veux être
aimé:” c’est ainsi, c’est en aimant ses soldats qu'il en 35
était devenu l’idole. Son bien était le leur, et sa générosité n’avait point de bornes: “Tu aurais dans ta
# Lettre communiquée par sa famille,
120 EJOGRAPH'EÆ
bourse 200,000 francs de plus, lui dit un de ses proches, si tu ne donnais au tiers et au quart tout ce que tu possèdes, — J'aurais un million de moins, répondit Hoche, dans celle de mes amis, si j’en avais besoin.” Pour 5 rencontrer à cet égard, parmi les héros de l’histoire, un capitaine digne de lui être comparé, il faut remonter à du Guesclin dont j'ai raconté la vie avant la sienne, et avec qui Hoche eut de nombreux traits de ressemblance : on admire en eux même générosité, même 10 héroïsme, même commisération pour les misérables, égale horreur des fripons et des sangsues du pauvre peuple. Ils eurent l’un et l’autre, devant l’ennemi, la parfaite possession d'eux-mêmes, le coup d'œil rapide et l'inspiration soudaine ; ils firent voir un mélange égal de 15 circonspection pour préparer, de fougue pour accomplir, et, méprisant la routine, ils firent avancer l’art militaire et montrèrerrt l'instinct des grandes innovations, mères de la tactique et de la stratégie modernes. Tous deux enfin eurent la bonne fortune de vaincre chaque fois 20 qu'ils commandèrent en chef et l’amer regret de mourir dans leur lit, après avoir passé leur vie au milieu des périls, et sur les champs de bataille, Hoche eut sur Ber‘rand du Guesclin le grand avantage de naître à une époque de civilisation plus avancée, et 25 comprit la supériorité que donne la culture des lettres et les jouissances qu’elle procure. Bertrand ne savait pas lire et ne s’en mit jamais en peine: Hoche, au contraire, regretta toujours de n'avoir reçu dans son enfance qu’une instruction trop insuffisante, et il fit tout ce qui 39 était en son pouvoir pour en combler les lacunes. Il lisait, il é’udiait dans les camps : les auteurs anciens et surtout les historiens de la Grèce et de Rome eurent pour lui un puissant attrait : il trouvait dans leurs écrits une sève de vertu républicaine dont son âme intègre et 35 fière se nourrissait avec délices, et il se sentait puissamment attiré par ces figures héroïques, par ces grands chefs qui, en déposant leur glorieuse épée, s’honoraient de conduire la charrue. Il gagna beaucoup au commerce de l’antiquité : on s’en aperçoit surtout au style 40 de ses proclamations et de ses ordres du jour dégagés
ches, | pOs- [oche, Pour e, un nter à ne, et ssemmême ables, auvre mi, la ide et al de mplir, itaire mères deux > fois ourir 1 des
ntage ée, et res et t pas raire, fance e qui R ns et urent écrits re et puisrands aient comstyle
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peu à peu de ce ton déclamatoire fort en usage alors dans le langage officiel, pour atteindre, dans des formes pures et sévères, à une éloquente précision. Hoche arrive au goût par l'application d’un esprit délicat et d’un rare bon sens à l’étude des grands modèles, et après avoir, dans sa première jeunesse, beaucoup lu sans règle et sans choix, il apprit à distinguer, à choisir, et à donner d'excellents conseils à sa jeune femme pour la guider dans ses lectures : il cherchait À former son goût en éclairant son esprit, et dans un temps où l’enthousiasme pour Rousseau était à son apogée, Hoche ne donna point une médiocre preuve de bon sens en se préservant de la contagion générale: il sut découvrir l’exagération, le parsdoxe, le mensonge même à travers la magie d’un style trop séduisant, et il prit soin de prémunir sa femme contre les périls de cette lecture. Plusieurs lettres de lui sont remplies de détails délicats et charmants; toutes respirent la fierté d’une âme droite, forte, indépendante, et l’on voit dans quelquesunes l’extrême importance qu’il attachait, pour l’éducation des femmes comine pour celle des hommes, à tout ce qui tend à développer de bonne heure dans les caractères la vigueur, l'énergie et la sincérité.“ Tout en lui tendait au même but : les paroles, les écrits et les actes. Son caractère offre au regard attentif, un type harmonieux et grand dans chaque partie comme dans l’ensemble.
. On y trouve aussi quelques ombres: Hoche eut toujours beaucoup de peine à faire violence à sa natr-e ardente, impétueuse, ennemie de toute contrainte : upressionnable autant que passionné, il passait rapidement ° d’une résolution à une autre quelquefois opposée, comme à l’époque de l'expédition d'Irlande qu’il abandonna un jour pour l’entreprendre le lende:nain, Il était sujet à des abattements d’esprit et À des défaillances temporaires ; mais celles-ci provenaient tantôt d’une erreur de son jugement, tantôt d’une irritation excessive ou d’une déception douleureuse, jamais d'aucun vice:
# Voyez aux pièces justificatives la note G,
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