SCENE IL COSME, NATIVA
COSME
Vous êtes bonne, Nativa, de venir chaque soir, comme un enfant dévoue, faire au vieillard la visite d'adieu!
\ATIVA.
C'est de l'égoïsme de ma part, monseigneur... j'aime nos causeries du soir.
COSME
Pourtant vous ne m'en voudrez pas, Nativa, si j'interromps celle d'aujourd'hui.
NATlVA.
Êtes-Yous indisposé, monseigneur?
COSME
Non, Nativa... Mais je veux ce soir revoir mon testament... mon testament que seule vous devrez ouvrir après ma mort.
NATIVA
Vous le savez, monseigneur, je suis bien riche depuis que la mort de mon père m'a laissé tous les biens des Pazzi : disposez autrement des vôtres.
Hélas! ma Nativa, il faut qu'ils appartiennent à une âme bonne et dévouée, car ils auront peutêtre une destination secrète qui ne se révélera que bien tard, et pour l'exécution de laquelle il faudra le désintéressement, la justice et même la „^' .. té de mon héritière.
5^ralVt KATIVA.
Puisqi 'il en doit être ainsi, monseigneur, j'accepte sans hésiter la mission de l'héritière, si Dieu prolonge 'fee« jours au-delà des vôtres.
COSME
Demain je veux vous remettre ce testament cacheté.
UN G.iRi)E, paraissantpar la galerie de droite. Monseigneur, le porte-enseigne Juliano, qui dit avoir de vous la permission de vous approcher, insiste pour entrer.
NATIVA, à part.
Juliano !
COSME
En effet, j'ai promis. [Â la Duchesse.) Permettez-vous, madame?
NATIVA
Qu'il entre, monseigneur.
COSME
Faites entrer !
Le Garde sort.
NATIVA, à part.
Que peut-il vouloir?
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f SCÈNE III.
Les MÊMES, JULIANO *.
JULIANO, entre et s'arrête étonné.
La Duchesse ici !
* Cosme, la Duchesse assis, Juliaao.
NATIVA, Vohservant, à part.
Ma présence l'étonné !
COSME
Approchez, Juliano... et dites, qu'avez-yous à me demander?
rcuANo.
Que vous m'accordiez encore, monseigneur, la faveur d'être du nombre des hommes d'armes que vous envoyez à Rome auprès du saint Père. NATIVA, à part.
Que dit-il?
COSME
Mais vous ne savez pas sans doute, capitaine, qu'ils doivent partir dans quelques heures ?
lULUNO.
Je le sais, monseigneur.
NATIVA
Mais il n'y a que trois jours, Juliano, qu'après une année d'absence, vous cvez revu Florence, et vous voulez déjà la quitter!
JCLIANO.
Je demande, madame, à retourner à Rome comme on demande une grâce.
Et nous vous l'accorderons, surtout en présence de madame la duchesse, de qui, depuis longtemps, vous êtes le protégé.
JULIANO
Oui, monseigneur, c'est à madame la duchesse que je dois l'honneur d'avoir été admis dans vos gardes... c'est à elle que je dois mon épée... c'est à elle enfin que je dois tout le bonheur que j'ai eu dans ce monde... et si jamais en échange madame la duchesse a besoin de ma vie, de mon sang...
COSME
Je sais, Juliano, que nous pouvons compter sur vous.
JCLIANO.
Oui, monseigneur, oui.
NATIVA
Et cependant, Juliano, si demain j'avais besoin d'un bras, d'un défenseur, il m'en faudrait appeler un autre que vous, qui allez partir pour Rome. JULIANO, interdit.
Madame...
NATIVA
Il y a jeunesse et folie dans ce nouveau projet de départ, et je ne le considère pas, moi, comme convenu, comme arrêté ; car vous n'êtes pas seul à Florence, vous y avez retrouvé des amis, des parens qui depuis un an ne vous avaient pas vu, et qui souffriraient sans doute d'une nouvelle absence aussi précipitée.
JULIANO
J'ai retrouvé, madame, à Florence, une jeune fdie à laquelle je suis fiancé depuis an; j'y airetrouvé son père que j'appelle le mien, car il m'en a servi; tous deux ont été bien joyeux de mon retour, et ne souffrirint pas de mon départ, car mon père et ma fiancée m'accompagneront à Rome. NATIVA, avec émotion.
Vous n'avez donc pas de mère?
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MAGASIN THÉÂTRAL
cosAiE, observant JuUano.
Vous la pleurez, Juliano... Quand donc l'avezvous perdue ?
JUUANO.
Quand me sont venues, monseigneur, l'expérience, la force et la raison.
NATivA, à part.
Que veut-il dire ?
JULIAXO.
Et de ma mère... la trace est encore à Florence... à Rome, je n'en aurai que le souvenir... Voilà pourquoi, monseigneur, je vous supplie à mains jointes de me laisser quitter Florence.
COSME
Vous avez notre parole, Juliano, vous partirez.
JULIANO, avec précipitation.
Oh! merci, monseigneur! j'emporte cette parole qui m'est si précieuse... Bonheur et longue vie, monseigneur. {A la Duchesse.) Madame la duchesse, que le ciel vous récompense!... chaque jour de ma vie, je le prierai pour vous.
NATivA, étouffant son émotion.
Bon espoir, capitaine !
JULIAXO, s'incîinant.
Je crois en Dieu, madame.
Il fait un effort sur lui-même et sort par la galerie de droite.
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