SCÈNE y
JUDAEL, GALEOTTO.
Oui, monseigneur, plus j'entends le duc parler delà duchesse, et plus je crois que son testament est fait en sa faveur.
JUDAEL,
Tu le crois, Galeotto, et moi, je le sais, et je sais aussi que ce testament est enfermé dans une cassette placée dans cette armoire sculptée qui est auprès de son lit,
GALEOTTO
Vous savez cela, monseigneur?... Et sans doute, vous songez à détruire les effets à venir d'un testament qui vous déposséderait,
JUDAEL.
Je songe d'abord aux moyens de le faire habilement soustraire.
GALEOTTO
Oui, monseigneur; mais ce moyen, qui serait le plus direct, est le plus impossible de tous.
JUDAEL.
Pourquoi?
GALEOTTO
Pourquoi... parce que, d'abord, cette chambre, daus laquelle Cosme de .Médicis conserve les trésors et les reliques qu'il vénère, n'est jamais ouverte que par lui, qui n'en ressort jamais sans la fermer scrupuleusement.
-Mais la nuit, quand il y dort?
GALEOTTO
Le chapelain qui veille auprès de lui l
JUDAEL.
On pourrait lui faire abandonner la chambre un seul instant, qui suffirait pour le passage d'un homme dévoué.
GALEOTTO
Mais cet homme dévoué, qui scrait-il?
JUDAEL.
Toi, Galeolto.
GALEOTTO
Non, monseigneur, non, je ne puis risquer ma vie ou ma liberté... moi qui attends que vous héritiez de l'immense fortune du duc, votre cousin, pour mettre un prix à mon silence.
JUDAEL.
3Iais un autre que toi serait peut-être moins Prévoyant et plus hardi.
^'- GALEOTTO
niais Von pas moins dangereux ; car vous ne trouvère \ jamais un homme qui, pris sur le fait, et mis à la torture, ne consentirait, pour racheter sa vie, à ^signer Judaël de Médicis comme l'instigateur de sa faute et le grand criminel.
Peut-être!
GALEOTTO
Vous osez lespérer?
JUDAEL.
Tiens, Galeotto, la clef qui doit ouvrir sans bruit larmoire de Médicis, la voici [il lui montre une clef), et de l'homme qui pour moi doit s'en servir, je ne devrai, quoi qu'il arrive, redouter ni les révélations ni les discours, car depuis quinze années notre poison lui a paralysé la langue.
GALEOTTO
Lazare le muetl