‹ Lazare le patreChapitre 61 sur 64 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LA DUCHESSE, seule, près de la fenêtre. L'heure s'écoule et Juliano ne vient pas... Mathéo m'a pourtant bien promis de le convaincre de mes doutes... et malgré sa sage prudence... J'entends marcher!... C'est lui!...

JULIANO, entrant, après avoir soulevé une draperie au deuxième plan à droite.

Ma mère!...

LA DUCHESSE

Juliano!... vivant, sauvé!...

JULIANO, inquiet.

Sommes-nous bien seuls ?

LA DUCUESSE.

§ois sans crainte.

JULIANO

Vous le voyez, ma mère... j'ai échappé à tous les périls... Mathéo m'a dit que ma présence seule vous convaincrait de mon salut... j'ai sans hésité pris le chemin secret qu'il m'a désigné, et maintenant que j'ai pu vous convaincre et vous consoler, je veux repartir aussi secrètement que je suis venu.

LA DUCHESSE

Ne pars pas encore, Juliano.

JULIANO

Et si l'on m'apercevait, si l'on nous voyait ensemble... Vous ne savez donc pas que Judaël ose me dire votre amant?... Mais soyez sans frayeur, car il faut qu'à la faveur du mensonge qui me cache, et avec l'aide de Dieu, qui sera juste, il faut que je vous délivre de cet homme, qui sans cela vous oserait flétrir aux yeux de la Toscane entière.

LA ducu'esse.

Mais je pourrais le démentir, moi.

JULIANO

Et comment? en publiant ma naissance, en acceptant un déshonneur pour en effacer un autre. Non, ma mère, grâce à Judaël, tout le monde me croit mort, et quand je vous aurai délivré de lui, l'on n'accusera ni l'amant d'avoir voulu venger sa maîtresse, ni le lils d'avoir combattu pour l'hon-

neur de sa mère... l'on cherchera son victorieux adversaire parmi les vivans... et l'on me croit mort, ma mère.

LA DUCHESSE

Oh ! tu as bien, mon enfant, l'âme et le cœur de ton père! 3Iais sais-tu ce que j'ordonnerais à Judaël, s'il entrait maintenant ici et nous trouvait ensemble ?

JULIANO

Quoi donc, ma mère ?

LA DUCHESSE

Je lui commanderais, moi, duchesse de l^Iédicis, de céder le pas au fils de Juliano Salviati. JULIANO, épouvanté.

Qu'osez-vous dire? si l'on vous entendait! LA DUCHESSE, élevant encore la voix.

Je ne crains plus maintenant les espions ou les traîtres... la pauvre mère qui s'est si long-temps résignée peut maintenant se donner cette joie de te dire sans crainte: Lève noblement la tête, enfant ; car tu es ici dans le palais de ta mère, où tu as le droit de commander, et peut-être aussi d'y punir Judaël.

JULIANO

Que dites-vous?

LA DUCHESSE

Oui, mon enfant, et je puis encore... vois combien la Providence est bonne ! je puis dire en te désignant à tous les hérauts et serviteurs du palais Médicis: Saluez, messieurs, saluez mon fils,

JULIANO

Mais c'est folie!...

LA DUCHESSE

Non pas, mon enfant, c'est justice... et désormais tu pourras, loi, leur dire en me donnant la main : Je suis le protecteur de Nativa de ;\Iédicis; inclinez-vous, messieurs, et respectez ma mère. Lazare, tjui a sou'evé une draperie au deuxième plan à gauclie, entre et se tient au fond.

JULIANO

Quoi! je pourrais avouer ma mère... me faire son appui, sa sauve-garde, et défier publi(iuement Judaël !... Oh! mais c'est un rêve! non, je n'ose..,

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