‹ Le 101me régimentChapitre 37 sur 50 · LES FICELLES DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

LES FICELLES DRAMATIQUES

ficelle émouvante. — Le théâtre représente ce que vous voudrez.

Il est minuit moins dix.

Le traître est sur le point de s'emparer de l'immense fortune qu'il convoite depuis sept heures un quart ; il ne lui reste plus qu'un tout petit meurtre à accomplir et ce sera fini.

Embusqué, le poignard à la main , il attend sa victime.

Dans l'ombre de la nuit, il doit la reconnaître à sa crinoline exagérée.

Une jeune femme arrive, c'est une pauvre ouvrièro qui, pour rendre service à une grande dame poursuivie , a bien voulu lui céder son jupon de flanelle en échange d'une cage.

Le désir d'être utile et d'avoir une tournure va lui coûter la vie.

Le traître s'avance et lève son poignard»

l£tj UN PAQUET DE FICELLES

Les femmes sanglotent.

Les hommes l'appellent tout bas « canaille. »

Les voyous apprêtent des pommes cuites et des trognons de chou.

La jeune femme profite des divers sentiments qui agitent l'assemblée ; elle se met à genoux au milieu de la rue et fait sa prière.

— Malédiction ! s'écrie le traître , me faudra-t-il lutter contre Dieu lui-même ?

Il s'avance, il lève son arme homicide ; mais tout à coup il pâlit, il chancelle, son poignard va s'échapper de sa main tremblante ; il vient d'apercevoir une croix d'argent dans les mains de sa victime.

— Quelle est cette croix? quelle est cette croix? Est-ce un rêve, une illusion ? Cette croix ! qui vous adonné cette croix?... Parleras-tu , à la fin! qui t'a donné cette croix?...

— Cette croix , s'écrie la jeune fille , c'est la croix de ma mère, qui est là-haut dans le ciel !

— Ma fille ! ma fille ! c'est ma fille !

C'est sa fille, à ce brigand; son poignard tombe, la toile tombe, la pièce tombe... — Tableau.

ficelle générale. — Toutes les fois que vous assisterez à un drame où, au premier acte, il y a un enfant perdu ou un enfant trouvé, ce qui est la même chose examinez bien le gaillard. S'il a une marque au bras, comme Gauthier d'Aulnay ; la mèche des Scylla ; une médaille, comme Espérance ou Tamise ; un chapelet, comme Angélus, retournez tranquillement chez vous, et soyez convaincu que le brave garçon retrouvera ses parents à la fin du spectacle. Quelquefois on l'assassine quand il les a retrouvés et qu'il touche au bonheur, mais c'est bien rare.

ficelle naïve. — Dans une pièce de M. M.rc L.pr. v.st, une petite fille trouvée dans ses langes était reconnue dix-huit ans après, à la marque de son linge. (Historique.)

Dans la vie réelle, le duel est une absurdité. Au théâtre , c'est une simple ficelle , parce que le résultat en est toujours arrêté d'avance dans l'esprit du spectateur.

f:. — Un comédie de Scribe , la Deus

moiselle à marier, je crois, est remarquable entre toutes par ia ficelle qui en fait le principal ornement. A chaque scène, le même domestique prononce une même phrase : « Je me griserai le jour du ma* riage de mademoiselle. »

La première fois que le spectateur entend cette déclaration bachique, il se dit:

— Certes, voilà un brave garçon qui aime bien sa maîtresse.

Ce serviteur devient sympathique, parce que, les bons maîtres faisant les bons serviteurs, les bons domestiques sont rares.

A la seconde fois, le spectateur trouve que le serviteur se répète.

A la troisième, il trouve que le brave garçon pourrait bien être un ivrogne.

A la quatrième, il trouve qu'il est ivrogne et cynique.

A la cinquième, il se prend à réfléchir qu'il pour' rait bien y avoir quelque chose là-dessous.

C'est vrai; une lettre va tout déranger, tout perdre, tout faire manquer, si elle arrive à son adresse; heu-

reusement, le valet chargé de la porter, fidèle à sa promesse, s'est grisé comme un portefaix et Ta gardée dans sa poche : et voilà comment et pourquoi se marie la demoiselle à marier.

ficelle tannante. — La ficelle tannante se prélasse dans les œuvres de M. Scribe en général et dans les Trois Maupin en particulier. Elle consiste à prolonger indéfiniment une action nouée sur un quiproquo puéril. Un mot suffirait pour en finir tout de suite; ce mot, tout le monde Ta deviné, et l'auteur, qui Ta couvé pendant quatre actes, ne le fait éclore qu'au cinquième.

Pour être juste, il faut reconnaître que M, Scribe y met une certaine discrétion , car rien ne l'empêcherait de faire un sixième acte.

Ficelles pour faire connaissance. — Au Vaudeville, au Gymnase, les chevaux de la comtesse se sont emportés; la comtesse n'est pas blossée, elle est entrée pour se remettre un peu.

A la Gaïté et à l'Ambigu, la berline se brise à la porte du château. Quelquefois l'accident est prémédité; dans ce dernier cas, le premier rôle donne

vingt-cinq loais — jamais vingt-six — à un ômestique, afin que la berline ne soit pas réparée avant le lendemain.

Entre amoureux, la connaissance se fait différemment.

Une jeune amazone est emportée par un cheval fougueux, qu'elle a voulu monter malgré les conseils de tout le monde. — Elle va périr. — Un jeune inconnu survient et arrête le coursier sur le bord d'un précipice. Si ce n'était pas sur le bord d'un précipice, d'une affreuse fondrière, la chose ne serait pas convenable.

Le seul Bressant a sauvé de cette manière plus de trois cents jeunes filles; c'est par une modestie qui l'honore qu'il ne porte pas ses médailles.

ficelles de départ. — Pardon, quelques ordres à donner.

— Excusez-moi, quelques lettres à écrire.

— John! John!... Voyez s'il viendra... Je suis le gentilhomme le plus mal servi de France... Pardonnez, belle dame... je vais moi-même...

ficelle de retour. — Le marquis. — Comment! marquise, vous ici? Je vous croyais au bal de la comtesse !

La marquise (avec humeur). — La comtesse a cori' tremandé son bal.

Le marquis. — C'est fâcheux.

La marquise. — Je ne le regrette pas... mais vous avouerez que cette madame de Sineuse est d'un sans gène ! {A part.) Il a l'air contrarié, je ne m'étais pas trompée.

ficelle a effet. — Tant pis, nous sommes dans un cachot ou dans un cabanon de la tour du Nord. La comtesse Berthe, enchaînée, vêtue d'une robe grise, est assise sur la paille humide.

La comtesse Berthe. — Seigneur, vos décrets sont terribles ! vous m'avez prise, moi, votre créature, et vous m'avez brisce... J'ai, sans me plaindre, supporté vos volontés suprêmes; mais mes forces sont à bout... Vous m'avez enlevé celui que mon cœur aimait, et je vous ai prié ! vous m'avez ravi mon enfant bien-aimé, et je n'ai pas blasphémé! Seigneur, votre colère est-

elle apaisée? Seigneur! Seigneur! quel malheur me réservez-vous encore?...

Le geôlier. — Le chevalier de Maurevert.

La comtesse Berthe. — Aaaah ! ! ! !

Maurevert. — Cessez de vaines plaintes, elles ne serviraient à rien. Ah! fîère comtesse, vous m'avez dédaigné ! Ah 1 en échange de mon amour, vous m'avez jeté le mépris ! Mais vous étiez donc folle? A mon tour maintenant. Je me relève ; nulle puissance ne peut t'arracher de mes mains, tu m'appartiens, tu es à moi.

Raoul (pénétrant par une porte secrète, l'épée à la main). — Pas encore, chevalier de Maurevert!

autre. — Catherine. — ... Je te suivrai.

henry. — Et vous me laisserez seul... avec cette fortune que je vous dois, et qui feramon malheur!... Qu'elle soit maudite !... reprenez-la... et rendez-moi notre repos, notre amitié et notre misère.

Béatrix. — Tu n'es pas raisonnable.

Henry (avec désespoir). — Et que veux-tu faire?

Catherine. — Quel parti prendre?

Henry. — Qui nous viendra en aide?

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