‹ Le 101me régimentChapitre 43 sur 50 · F0L10LE · texte numérisé non relu

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» — Et puis je l'ai renversé sur mon genou.

» — En le renversant en arrière, comme ceci, n'est-ce pas? ajouta la jeune fille en joignant par un effort surhumain le geste à la parole.

» — Doucement, brigand ! s'écria le grenadier en riant; doucement, si tu ne veux pas rouvrir la plaie qu'un Cosaque du Don m'a faite au crâne.

» — Et, quand une fois tu l'as tenu ainsi ployé sur ton genou? continua Marguerite.

» — Alors, je lui ai posé sur la gorge la pointe de mon sabre.

» — Est-ce bien là la place... dis?

» Et la jeune fille piqua de la pointe du sabre le cou du meurtrier.

» — Plus haut, démon! reprit Hermann en éclatant de rire si franchement, que tout autre que la fiancée d'Éric eût été désarmé par tant de confiance; mais elle voyait i "ombre du Saxon devant ses yeux, et l'ombre dirigeait son bra.^ roidissait sa main, exaltait son cœur.

» — Et alors? demanda-t-elle.

» — Alors je lui ai tout simplement enfoncé trois

fois mon sabre dans la gorge. De profundis! mais c'était un beau garçon.

» — C'est donc ainsi que tu portas le coup ! s'écria Marguerite en plongeant le sabre à trois reprises dans le cou d'Hermann. »

Chère et douce enfant, comme ce pauvre Éric eût été heureux avec toi ! comme il eût été fier de sentir palpiter tremblante ta poitrine de femme su-r son cœur d'homme!

Malheureusement, une patrouille vient à passer; le sergent, qui n'est pas à la hauteur des grandes choses et qui, du reste, voyant Hermann décapité et roulant dans son sang, est plus persuadé que jamais que Marguerite est un soldat saxon, s'empresse de la flanquer au violon; et, entre nous, je trouve que le sergent fait parfaitement bien.

Autre péripétie : un soldat qui est de garde à la porte du poste dit à Marguerite :

« — Camarade, c'est pas ça, faudrait voir à filer plus vite que ça.

» — Moi? Tu me mépriserais I

» — Des bêtises 1

» — Je t'obéis, mais tu me reverras ! »

Que l'attente est cruelle ! On va fusiller le brave Suédois qui a laissé évader son ami. Le roi Charles XII, qui est le père de ses sujets, attend avec impatience.

On commande le feu.

Portez armes !

Présentez armes!

Apprêtez armes !

Joue...

Voici un cheval qui arrive.

Ce cheval, c'est Marguerite; cette fois, elle est habillée en femme, elle s'approche du roi.

Le soldat est stupéfait.

« — Sire, dit Marguerite, vous n'avez pas voulu me faire justice, je me suis vengée moi-même; voilà comment je suis, moi.

» Charles XII aimait les actions héroïques, et il abhorrait l'indiscipline et le pillage ; de plus, il n'estimait chez les femmes que les qualités viriles. Il tendit la main à la jeune femme et lui dit presque gracieusement :

» — N'implorez pas votre grâce en suppliante, madame, relevez-vous. Si notre justice ;ous a fait défaut, notre clémence ne vous manquera pas; car je gracie en votre faveur ce fou qui allait mourir avec joie pour son ami.

» Marguerite baisa la main du roi, et, se relevant, elle s'avança vers Tiefenbach, qui la regardait avec une émotion que l'aspect de la mort n'avait pu exciter en lui.

» — Ainsi, madame, lui dit-il d'une voix tremblante, après vous être jouée de ma crédulité, vous allez me quitter en emportant avec vous mon ami le plus cher. J'ai aimé une vision, un rêve, une chimère. Christiern Zorn n'est plus et n'a jamais été. La fiancée d'Éric a été juste envers Hermann le Rouge; inais elle est cruelle envers moi.

« Marguerite baissa les yeux. »

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