‹ Le 13e [i.eChapitre 5 sur 11 · XL · texte numérisé non relu

XL

Gédéon en prison songeait.

Or, que faire, en prison, à moins que l’on ne songe*

Apprivoiser les rats et les souris, ou enseigner le solfège à des araignées mélomanes? 11 faut bien de la patience. Creuser un souterrain, comme l’abbé Faria, ou tisser des échelles en effilant son mouchoir? C’est bon, tout au plus, pour des prisonniers à perpétuité, et Gtdéon avait la conviction que, dans l’intérêt même de son cheval, on lui rendrait bientôt la clef des champs... et de l’écurie.

Gédéon songeait donc. Il cherchait le pourquoi et le comment des choses qui n’en ont jamais eu et n’en auront jamais.

— Pourquoi diable ! se disait-il, Justine a t-elle fait soixante lieues précisément pour venir ici me jouer un tour pendable? elle eût mieux fait, de ne pas se déplacer. Pourquoi, elle qui m’adorait pékin, ne m’aime-t-elle plus hussard? Ce n’est pas l’habit qui fait l’amoureux. Pourquoi, si elle a des préventions contre l’uniforme, me trompe-t-elle pour un aulre uniforme? Tout cela n’est pas logique. Le lieutenant, c’est vrai, n’a pas de basanes à son pantalon, mais est- ce une raison suffisante? Il faut que l’épaulette ait pour les femmes des prestiges dont je ne me rends pas compte.

Vers le soir, on apporta au prisonnier sa soupe et un pain de la munition. Son camarade de lit s’était chargé de celte corvée pour avoir occasion de le voir et de lui être utile.

— Prends garde à la gamelle, lui dit-il à demi-voix, ce n’est pas de la soupe qui est dedans, c’est du vin. Tu trouveras un jambon dans ton pain.

Gédéon serra affectueusement la main du vieux troupier. Ces attentions, dans la disposition d’esprit où il se trouvait, le touchaient profondément.

— Je ne t’ai pas apporté de tabac, ajouta La Pinte, vu que le brigadier d’ordinaire n’a pas encore fait le prêt.

— Voici de l’argent, dit Gédéon, lâche de me faire passer des cigares.

— Tu en auras. Mais faut croire tout de même que ce malin tu étais paf ou maboul — ivre ou fou — que lu t’es fait pincer par le capitaine.

— Je ne savais ce que je faisais.

Et l’amant de mademoiselle Justine fit le déchirant récit de ses infortunes.

— Une particulière sous jeu! exclama La Pinte; connu, je m’en doutais. Si tu veux m’eu croire, ouvre l'œil, et le bon ; après ce qui s’est, passé, renonces-y.

— Jamais !

— Alors tu peux faire ton paquetage pour biribi , et dire au chef de préparer ton folio de punitions , vu que ton compte est réglé d avance.

— Et pourquoi, s’il te plaît?

— Parce que, voilà : le lieutenant tient à la particulière, ou il n’y tient pas.

— Rien de plus juste.

— S’il y tient, naturellement il tombera jaloux de toi, et pour que tu ne l’embêtes pas, il te collera au bloc plus souvent qu’à ton tour.

— Et s’il n’y tient pas?

— Oh î alors, c’est différent, il te bloquera la même chose. C’est pour te dire que tu aurais tort de te crever la cocarde à penser à une pas grand’chose.

— A tout prix, cependant, je veux lui faire parvenir une lettre.

— Toi, dit La Pinte, d’un ton de commisération, tu ne seras jamais seulement hussard de première classe. Enfin, ça le regarde. Marque-lui tou ordre du jour sur un bout de papier : elle l’aura, je m’en charge.

Gédéon arracha un feuillet de son calepin et écrivit à la traîtresse un billet de onze lignes : quatre pour l’accabler des plus sanglants reproches, sept pour lui laisser entrevoir la probabilité d’un pardon généreux, si elle avait la bonne pensée de l’implorer.

L’épilrc commençait ainsi: « C’est du fond d'un cachot humide... »

Le lendemain, grâce à un prétexte ingénieux, La Pinte put pénétrer dans la prison.

— Eh bien, demanda Gédéon, dès qu’il l’aperçut, que f a-t-elle dit?

— Je n’ai pas vu la particulière, ce n’est pas elle qui m’a ouvert la porte.

— Quoi ! toujours le lieutenant?

— Oh! non t aujourd’hui c’était le capitaine du 2 e escadron.

— La malheureuse 1 s'écria Gédéon, elle monte en grade!...

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