‹ Le 14 juilletChapitre 13 sur 42 · LES GENS DE GONCHON · texte numérisé non relu

LES GENS DE GONCHON

Vive Orléans !

LA FOULE

Aux armes ! Marchons sur eux !

MARAT, surgissant sur une chaise ; petit, nerveux, agité, se dressant sur la pointe de ses pieds, quand il enfle la voix.

Arrêtez ! — Malheureux, où courez-vous? Ne voyezvous pas que les égorgeurs n'attendent qu'un soulè-

vement de Paris, pour y déchaîner leur rage ? N'écoutez pas ces perfides conseils. Ce sont des ruses scélérates pour consommer votre perte. — Oui, toi, toi, qui excites ce peuple, qui te prétends un patriote, qui me dit que tu n'es pas un agent du despotisme, chargé de provoquer les bons citoyens, et de les livrer aux hordes de Versailles ? Qui es-tu? D'où sors-tu? Qui répond de toi ? Je ne te connais pas, moi.

GOXCHON

Je ne te connais pas non plus.

MARAT

Si tu ne me connais pas, c'est que tu es un scélérat. Je suis connu partout où est la misère et la vertu. Je passe mes nuits à soigner les malades, mes jours à veiller sur le peuple. Je me nomme Marat.

GONCHON

Je ne te connais pas.

MARAT

Si tu ne me connais pas, tu me connaîtras bientôt, traître ! — O peuple crédule, peuple absurde, ouvre donc les yeux ! Sais-tu seulement où tu es ? Quoi ! Cest ici que tu te réunis pour rêver et accomplir ta liberté ? Mais regarde, regarde ! Cest ici le repaire de tous les exploiteurs, de tous les désœuvrés, des

banquiers escrocs, des voleurs, des prostituées, des mouchards déguisés, des suppôts de l'aristocratie !

Protestations et hurlements d'une partie de la foule, qui crie : A bas ! en montrant le poing. ^

DESMOULINS

Bravo, Marat ! Bien touché !

LA CONTAT

Qui est ce sale petit homme qui a de si beaux yeux ?

DESMOULINS

Un médecin journaliste.

UNE AUTRE PARTIE DE LA FOULE Continuez ! Elle applaudit.

MARAT

Que m'importent les clameurs de ces traîtres, ces complices de la famine et de la servitude ? Ils vous volent ce qui vous reste d'argent avec le jeu, de vigueur avec les filles, de bon sens avec Teau-devie. — Idiots ! et vous venez vous mettre dans leurs mains, leur apporter vos secrets, vous livrer tout entiers ! Mais derrière chaque pilier, à chaque coin de café, à vos côtés, à votre table, un espion vous écoute, vous observe, note ce que vous dites, prépare votre perte. Fuyez cette sentine, vous qui vou- 4ez être libres! Avant d'engager le suprême combat, commencez par faire le compte de vos forces. Où

sont vos armes? Vous n'en avez pas. Forgez des piques, fabriquez des fusils. — Où sont vos amis? Vous n'en avez pas. Votre voisin vous trompe. Celui qui vous donne la main, peut-être vous trahit. Vous-mêmes, êtes-vous sûrs de vous-mêmes? Vous êtes en guerre avec la corruption, et vous êtes corrompus. — Huées du peuple. Vous protestez? Si l'aristocratie vous offrait de Tor et de la ripaille, osez me jurer que vous ne deviendriez pas tous des aristocrates ! Vous ne m'imposerez pas silence. Vous entendrez la vérité. Vous êtes trop habitués aux flatteurs qui vous courtisent et vous trahissent. Vous êtes vains, vaniteux, frivoles ; vous n'avez ni force, ni caractère, ni vertu. Toute votre vigueur se dépense en discours. Vous êtes mous, incertains, sans volonté : vous tremblez devant le bout d'un fusil...

LA FOULE

Assez ! Assez !

MARAT

Vous criez : Assez ! Et je le crie avec vous, je le crie plus fort que vous. Assez de vices, assez de sottises, assez de lâchetés ! Recueillez-vous, surveillez-vous, épurez-vous, retrempez vos âmes, ceignez vos reins î — O mes concitoyens, je vous dis vos vérités un peu durement ; mais c'est que je vous aime !

LA CONTAT

Regardez ! Il pleure maintenant.

MARAT

On vous donne de l'opium. Moi, je verse de l'eauforte dans vos blessures, et j'en verserai jusqu'à ce que vous soyez pleinement rentrés dans vos droits et dans vos devoirs, jusqu'à ce que vous soyez libres, jusqu'à ce que vous soyez heureux. Oui, en dépit de votre légèreté, vous serez heureux, vous serez heureux, ou je ne serai plus !

Il finit, les joues couvertes de larmes, la voix coupée par ses sanglots.

LA CONTAT

Ses joues ruissellent de larmes. Ah! qu'il est drôle !

LE PEUPLE, moitié riant, moitié acclamant

Voilà un ami du peuple ! Vive Marat !

Ils l'entourent, le soulèvent malgré lui, le mettent sur leurs épaules, bien qu'il se débatte, et ils le promènent quelques pas, secoué de tremblements convulsifs, de grosses larmes coulant le long de ses joues.

HULIN, remai-quant une petite fille qui regarde Marat avec des yeux pleins de larmes

Eh! petite, qu'as-tu? Tu pleures aussi?

La petite s'écarte avec brusquerie, sans répondre, et ne détourne pas les yeux de Marat, que ses porteurs posent à terre. Elle court à lui.

LA PETITE JULIE, à Marat, joignant les mains

Ne pleurez pas, ne pleurez pas !

MARAT, regardant la petite

Qu'as-tu, petite fille? \

JULIE

Ne soyez pas malheureux, je vous en prie, je vous en prie !... Nous serons meilleurs, oui, je vous promets, nous ne serons plus lâches, nous ne mentirons plus, nous serons vertueux, je vous jure!...

La foule rit et regarde. Hulin fait signe à ses voisins de faire silence, pour ne pas troubler la petite. Marat, qui s'est assis, change brusquement d'expression en l'écoutant. Sa figure s'éclaire. Il regarde l'enfant avec une grande douceur, lui prend les mains.

MARAT

Pourquoi pleures-tu?

JULIE

Parce que vous pleurez.

MARAT

Est-ce que tu me connais ?

JULIE

Quand j'étais malade, vous m'avez soignée. 4o

MARAT, l'attire doucement vers lui, la regarde dans les yeux, lui écarte les cheveux

Tu te nommes Julie. Ta mère est blanchisseuse. Tu as eu la rougeole, cet hiver. Tu avais peur. Tu criais dans ton lit que tu ne voulais pas mourir .

Elle détourne la tête, il la serre contre sa poitrine, en souriant.

N'aie pas honte. — Tu me comprends donc, toi? Tu es avec moi? Sais-tu seulement ce que je veux?

JULIE

Oui, je veux aussi...

Le reste de sa phrase se perd dans un balbutiement. MARAT

Qu'est-ce que tu veux?

JULIE, relevant la tète et parlant avec une conviction qui fait sourire

La liberté.

MARAT

JULIE

MARAT

Pour quoi faire ?

Pour la donner.

A qui?

JULIE

Aux malheureux qui sont enfermés.

MARAT

Où donc?

JULIE

Là-bas, dans la grande prison. Ceux qui sont seuls toute leur vie, qui ne voient plus personne, que tout le monde oublie.

La foule a changé d'attitude. ~ Elle écoute, brusquement devenue sérieuse; quelques-uns froncent le sourcil; ils ne se regardent pas entre eux; ils ont les yeux fixés à terre, et semblent parler seuls.

MARAT, surpris

Doù sais-tu cela, petite?

JULIE

Je sais... On me la dit... J'y pense souvent, la nuit.

MARAT, doucement, lui caressant la tête

Il faut dormir, la nuit.

JULIE, après un silence de quelcfues instants, prenant avec vivacité la main de Marat

Nous les délivrerons, n'est-ce pas?

MARAT

Gomment ?

JULIE

Il n'y a qu'à aller tous ensemble.

LA FOULE, riant

Voilà ! Ce n'est pas plus difficile que cela!

La petite lève les yeux, voit brusquement le cercle de têtes curieuses, qui l'entourent et la regardent. Elle est intimidée, et se cache la figure dans un de ses bras, appuyé sur la table de Hulin.

LA CONTAT

Est-elle gentille !

MARAT. la regarde

O sainte vertu de Fenfance, pure étincelle de bonté, comme ta lumière repose, comme le regard se détend dans tes regards innocents ! Ah ! que le monde serait sombre sans les yeux des enfants !

Il va gravement vers l'enfant, lui prend la main qui pend le long du corps, et l'embrasse.

UNE FEMME DU PEUPLE, arrivant

Julie ! — Gomment ! tu es ici? — Que fait-elle au milieu de tout ce monde ?

DESMOULINS

Elle haranguait la foule.

On rit LA MÈRE

Mon Dieu ! Elle, si timide ! Qu'est-ce donc qui la prise ?

Elle va vers Julie; mais dès qu'elle veut toucher la petite, celle-ci se sauve sans parler, avec une sauvagerie enfantine.

LA FOULE, riant et frappant des mains

Sauve-toi, vermisseau !

On entend de grands cris au fond du jardin. LA FOULE

Venez donc ! Venez donc î

— Qu'est-ce qu'on voit ?

— On baigne une comtesse !

LA CONTAT

On baigne une comtesse?

LA FOULE

Elle a injurié le peuple: on la trempe dans le bassin.

LA CONTAT, au bras de Desmoulias, riant

Gourons vite ! Dieu ! que c'est amusant !

DESMOULINS

Le premier spectacle de l'Europe !

LA CONTAT

Insolent ! — Et la Comédie !

Ils sortent en riant. Le peuple court au dehors, en criant et riant. Marat et Hulin restent seuls au premier plan, l'un debout, l'autre assis à une table de café. — Une foule compacte occupe tout le fond de la scène, quelques-uns debout sur des chaises, tous regardant ce qui se passe dans le jaidin. Des promeneurs continuent de circuler sous les galeries, au second plan.

MARAT, montrant le poing à la foule

Histrions ! — Ce n'est pas la liberté qu'ils cherclient, c'est la comédie ! Dans un jour où leur vie à tous est en jeu, ils ne pensent qu'à se donner en spectacle les uns aux autres. J'ai assez de ce peuple. Ses soulèvements ne sont qu'un tissu de pantalonnades. Je ne veux plus les voir. Ah! vivre enfermé

dans une cave, muré aux bruits du dehors, afin que la bassesse du monde n'arrive plus jusqu'à moi!

Il s'assied, la tête dans ses mains.

HULIN, tranquillement assis, et fumant, regarde Marat avec un flegme un peu ironique

Allons, monsieur Marat, ne vous découragez pas. Cela en vaut-il la peine ? Ce sont de grands enfants qui jouent. Vous les connaissez comme moi. Il n y a rien de sérieux dans tout cela. Pourquoi le prendre au tragique?

MA.RAT, relevant la tête et le fixant durement

Qui es-tu, toi?

HULIN

Je suis de votre pays, de Neuchâtel en Suisse. Vous ne me remettez pas. Moi, je vous connais bien. Je vous ai vu tout enfant, à Boudry.

MARAT

Tu es Hulin, Augustin Hulin?

HULIN

Vous y êtes.

MARAT

Que fais-tu ici? Tu étais horloger à Genève.

HULIN

J'étais tranquille, là-bas. Mais je comptais sans mon frère, un di^ôle, qui s'est lancé dans des spécu-

lations, de louches entreprises, où il a engagé sa signature. Naturellement, il s'est avisé de mourir ensuite, laissant sa femme et un enfant de trois ans sans ressources. J'ai vendu ma boutique pour les tirer d'affaire; et je suis venu à Paris, où je suis entré au service du marquis de Vintimille.

MARAT

Je ne m'étonne plus de tes lâches paroles. Tu es un domestique.

HULIN

Et (juel mal y a-t-il?

MARAT

N'as-tu pas honte de servir un homme comme toi?

HULIN

11 n'y a aucune honte à cela. Nous servons tous, chacun à notre manière. N'êtes-vous pas médecin, monsieur Marat? Vous passez vos journées à examiner les plaies, à les panser de votre mieux. Vous vous couchez fort tard, vous vous levez dans la nuit à l'appel de vos clients. N'est-ce point là servir ?

MARAT

Je ne sers point un maître, je sers l'humanité. Mais toi, tu t'es fait le valet d'un honmie corrompu, un misérable aristocrate.

HULIN

Ce n'est pas parce qu'il est corrompu, qu'il n'a pas besoin de service. Vous ne demandez pas à ceux que vous soignez s'ils sont bons ou mauvais. Ce sont des hommes, c'est-à-dire de pauvres diables comme nous. Quand ils ont besoin d'un coup de main, il faut le leur donner sans marchander. Mon maître, comme tant d'autres, est atrophié par la richesse. Il ne peut se suffire à lui-même ; il lui faut cinquante bras pour le servir. Moi, j'ai trois fois plus de force qu'il ne m'en faut poui* moimême; je ne sais à quoi l'employer. De temps en temps, j'ai envie de briser quelque chose pour me soulager. Puisque cet imbécile a besoin de ma force, je la lui vends. Nous sommes quittes. Je lui fais du bien, et à moi aussi.

MARAT

Tu vends aussi ton âme libre, ta conscience.

HULIN

Qui parle de cela? Je défie bien qui que ce soit de me la prendre.

MARAT

Tu te soumets pourtant. Tu ne dis point ta pensée.

HULIN

Qu'ai-je besoin de la dire? Je la connais. Bon pour ceux qui n'en sont point sûrs, de la crier aux

vents. Ce n'est pas pour les autres que je pense, c'est pour moi.

MARAT

Rien n'est à toi de ce qui est en toi. Tu ne t'appartiens pas. Tu es solidaire du monde. Tu lui dois ta force, ta volonté, ton intelligence, — si peu que tu en aies.

HULIN

La volonté et l'intelligence ne sont pas une monnaie qui se donne. L'ouvrage qu'on fait pour les autres est de l'ouvrage mal fait. Je me suis fait libre. Qu'ils fassent comme moi.

MARAT

Je reconnais bien là mes odieux compatriotes. Parce que la Nature leur a donné une taille de six pieds et des muscles de brute, ils se croient le droit de mépriser ceux qui sont faibles et malades. Et quand, après avoir travaillé leurs champs et rentré leurs récoltes, ils s'asseyent à leur porte, en suçant pendant des heures une pipe dont la dégoûtante fumée achève d'assoupir leur morne conscience, ils croient lem* devoir accompli, et disent aux malheureux qui leur tendent la main : « Tu n'as qu'à faire comme moi. »

HULIN, tranquillement

A^ous me connaissez à merveille. C'est ainsi que

je suis. — Il rit dans sa barbe.

HOCHE, arrivant. Il est en costume de caporal des garde française. Il porte des habits sur son bras. — A Marat

Ne le crois donc pas, citoyen. Il se calomnie. Il ne voit pas une infortune sans lui tendre la main. L'autre semaine, il s'est mis à notre tête, pour délivrer mes camarades, les garde française, emprisonnés à l'Abbaye par les aristocrates.

HULIN, sans se retourner, lui tend la main par dessus son épaule

C'est toi. Hoche? Qui te demande ton avis? — Ce sont des balivernes. Je le disais tout à l'heure : ma force me gêne parfois; alors j'enfonce une porte, ou je démolis un mur. Parbleu! quand je vois un homme se noyer, je lui tends aussi la main : cela ne se raisonne pas. Mais je ne suis pas à l'afiïït des gens qui se noient ; ni surtout, je ne vais pas les jeter à l'eau d'abord, comme ces faiseurs de révolutions, pour les sauver après.

MARAT

Tu as honte du bien que tu fais. Je hais les fanfarons de vice. — II lui tourne le dos. — A Hoche. Et toi,

que portes-tu là, sur ton bras?

HOCHE

Des gilets que jai brodés, et que je tâche de vendre.

MARA.T

Belle tâche pour un soldat ! Tu couds des habits ?

HOCHE

Cela vaut toujours autant que d'en découdre.

MARAT

Tu ne rougis pas de voler leur métier aux femmes ? — Et voilà ce dont tu t'occupes ! Tu penses à ton commerce, tu supputes tes gains, tu amasses des écus, quand Paris va s'écrouler dans le sang!

HOCHE, trauquille et un peu dédaigneux

C'est bon, nous avons le temps; Chaque chose en son lieu.

MARAT

Ton cœur est froid. Ton pouls bat lentement. Tu n'es pas un patriote. — a Huiin. Quant à toi, tu es plus coupable qu'un mauvais homme. Ta nature était saine, ton instinct te portait au bien, et c'est volontairement que tu les pervertis. — O Liberté ! voilâtes défenseurs. Indifférents à tes dangers, ils ne feront rien pour les combattre. — Eh bien, moi, moi, quand je resterais seul, je ne t'abandonnerai pas. Je veillerai sur ce peuple. Je le sauverai malgré lui. — ii sort.

HULIN, sans quitter sa place, iii su pipe, le regarde partir, en riant sous cape

Un joyeux compère ! Il voit le monde en rose. — C'est un médecin de mon pays. On sent qu'il a Ihabitude d'expédier les gens. Son métier ne lui suffisait plus. Afin d'aller plus vite en besogne, il s'est mis en tête de soigner l'humanité.

HOCHE, suivant des yeux Marat, avec un mélange de pitié et d'intérêt

Un honnête homme. Les souffrances du monde résonnent trop fort en lui; elles troublent son jugement. Il est malade de vertu.

HULIN

D'où le connais- tu?

HOCHE

J'ai lu ses livres.

HULIN

Tu as du temps à perdre. Où les as-tu trouvés?

HOCHE

Je les ai achetés avec le produit de ces gilets, qu'il me reprochait si âprement.

HULIN, le regardant

Montre un peu. Qu'as-tu là? tu t'es encore battu?

DI

Ma foi, oui.

HULIN

Sauvage ! — Où as-tu attrapé cela ?

HOCHE

Place Louis XY. Je passais. L'arrogance de ces Allemands, campés dans mon Paris, m'a porté sur les nerfs. Je n'ai pu mempêcher d'aller leur rire au nez. Ils sont tombés sur moi, toute une bande. Le peuple m'a dégagé. Mais j'en ai toujours salé un ou deux, pour ma part.

HULIN

Voilà une belle équipée ! Cela te coûtera cher.

HOCHE

Bah! — Rends-moi un service, Hulin. Lis-moi cette lettre.

HULIN

Une lettre à qui ?

HOCHE

Au Roi.

HULIN

Au Roi? Tu écris au Roi, toi?

HOCHE

Pourquoi n'écrirais-je pas au Roi? Il a des yeux pour lire, j'imagine, et une raison pour comprendre.

Il est fils d'Adam comme moi. Si je puis lui donner un bon conseil, pourquoi me serait-il défendu de le lui donner, et à lui de le suivre ?

HULIX, gouailleur

Et qu'est-ce que tu lui dis, au Roi?

HOCHE

Voilà : je lui dis de renvoyer ses troupes, de venir à Paris, seul, et de faire lui-même la Révolution.

Hulin rit bruyamment.

HOCHE, souriant

Je te remercie de ton avis ; tes raisons sont excellentes, et même communicatives ; mais ce n'est pas ton avis que je te demande.

HULIN

Que veux-tu donc ?

HOCHE, embarrassé

C'est pour le style, vois-tu. L'orthographe... Je n'en suis pas très sûr. Alors...

HULIN

Si tu crois qu'il va te lire !

HOCHE

N'importe.

HULIN

C'est bon, je t'arrangerai cela. '

53 ni.

Ah ! Hulin, que tu es heureux d'avoir eu de rinstruction ! Moi, j'ai beau travailler maintenant, je ne regagnerai jamais les années perdues.

HULIN

Naïf! — Et tu comptes sur cette lettre?

HOCHE, de bonne humeur

A dire vrai, je n'y compte pas beaucoup. — Et pourtant, il serait si facile, à tous ces animaux qui gouvernent l'Europe, d'être grands à bon marché, simplement en appliquant à leur gouvernement la raison, le sens commun, la morale ordinaires ! Tant pis pour eux ! S'ils ne le font pas, on le fera sans eux.

HULIN

Au lieu de songer à réformer le monde, tu ferais mieux de chercher les moyens de te tirer d'affaire. Tu vas être dénoncé, tu l'es déjà sans doute. Sais-tu ce qui t'attend, à ta rentrée à la caserne?

HOCHE

Oui ; mais sais-tu ce qui attend la caserne, à ma rentrée ?

HULIN

Quoi?

HOCHE

Tu verras.

Que médites-tu encore ? Tiens toi tranquille un peu. Tu trouves qu'il n'y a pas assez de désordre déjà?

HOCHE

Quand l'ordre est l'injustice, le désordre est déjà un commencement de justice.

HULIN

La justice ! La justice est de ne pas demander aux choses ce qu'elles ne peuvent pas donner. On ne refait pas le monde, il n'y a donc qu'à F accepter. Pourquoi vouloir l'impossible ?

HQCHE

Mon pauvre Hulin, sais-tu seulement tout ce qui est possible ?

HULIN

Que veux-tu dire?

HOCHE

Que ce peuple fasse seulement ce qu'il peut faire, et tu verras si l'on ne refait pas le monde.

HULIN

Si tu aimes à te duper, je n'ai rien à dire, garde tes illusions.

HOCHE

Arrache-les sans crainte, ne cherche pas à me ménager. Je déteste le mensonge avec soi-même, l'idéalisme poltron, qui se met un bandeau sur les yeux pour ne pas voir le mal. Je le regarde, et il ne me trouble pas. Je connais aussi bien que toi cette pauvre foule si peu sûre, qui croit ce qu'on lui dit, qui est la proie de ses passions, qui s'épouvante d'une ombre, qui oublie sa propre cause, et trahit ses amis.

^ HULIN

Eh bien?

HOCHE

La flamme aussi est capricieuse, et tremble ; un soufïïe la tord, la fumée l'enveloppe. Elle brûle cependant, et monte vers le ciel.

HULIN

Comparaison n'est pas raison. Regarde-moi ce ramassis de désœuvrés, de bavards, ce petit avocat brouillon, cette grande fille qui n'aime que crier, ces vieux enfants fanfarons et peureux!... Croire au peuple ! la bonne duperie ! — Ne compte pas sur les autres : voilà ma règle dans la vie. Rends-leur service toutes les fois que tu peux, mais n'attends rien d'eux. — J'ai une bonne tête et de bons poings. Voilà en quoi je crois : en moi.

HOCHE

Tu es un solide compagnon ; mais il y a plus de force, plus de bon sens, plus même de sens moral dans cette masse obscure que dans un d'entre nous. Nous ne sommes rien sans le peuple. N'as-tu jamais senti son bouillonnement en toi? D'où me vient ce besoin de justice, ces aspirations au bonheurjfdu monde, cette émotion qui m'étreignait, enfant, et que je ne comprenais pas, quand nous arrivaient les nouvelles de l'Amérique soulevée contre la barbarie anglaise, l'ivresse qui me montait à la tête, il y a quinze jours, lorsque nos députés faisaient le serment héroïque de ne se séparer point, qu'ils n'eussent fait le monde libre ?

HULIN

i)e toi, parbleu.

HOCHE

Tu ne comprends pas. C'était une force qui dépassait mille fois la mienne, qui faisait éclater ma poitrine. Elle ne venait pas de moi. Elle soufflait en moi. Et je l'ai sentie aussi chez d'autres humbles gens, des ouvriers, des soldats comme moi. Tu n'es pas de ce peuple, tu ne sais pas lire en lui. Lui-même ne sait pas bien. La misère, l'ignorance, la faim, les soucis contre qui il se débat, ne lui laissent pas le temps ni la force de se connaître.

Il voit: mais il croit qu'il rêve, et ses yeux las ne peuvent fixer ce qu'il voit. Il sent gronder sa force ; mais il en doute, elle lui fait peur. Que ne pourraitil, s'il savait? Que ne fera-Ul, quand il saui^a ?

HULIN

Et quelle pensée commune peut mener ce chaos?

HOCHE

La Nécessité. Un moment vient où toutes les forces tendues aboutissent à l'action. Un geste suffit alors pour précipiter les mondes.

HULlN, lui frappe sur l'épaule

Tu es un ambitieux. Tu rêves de dominer le peuple.

HOCHE

Stupide colosse ! Voilà une belle ambition ! Tu me

crois l'âme d'un caporal ? Il regarde son uniforme.

Tu fais le dégoûté ? Qu'as-tu donc ? Tu as l'air tout joyeux aujourd'hui. Es-tu promu sergent?

HOCHE, hausse les épaules

Il y a de la joie dans l'air.

HULIN

Tu n'es pas difficile. La famine. Le massacre imminent. Ton peuple sur le point d'être écrasé

par la force brutale... Toi-même, que vas-tu faire ? Tu es l'esclave de tes chefs. Il te faudra marcher contre ce que tu aimes, ou te faire tuer avec lui.

HOCHE, sourit

C'est bien.

HULIX

Tu trouves cela bien ? Le tonnerre suspendu ; tout prêt à s'écrouler ?. . .

HOCHE, rit, puis :

Oui.

HULIN, le regarde

Tu crois à ton étoile ?

HOCHE, secoue la tête en riant

Mon étoile? non, Hulin, je n'y crois pas. Les étoiles, cela est fait pour les fainéants, les aristocrates, (i) Les pauvres garçons comme moi n'en ont pas. — Ne sais-tu pas comment j^ai A^écu jusqu'ici? J'ai eu la souffrance pour marraine. Orphelin en naissant, je n'ai jamais vu ma mère. Sans ma vieille tante, la marchande de légumes, j'eusse été élevé dans quelque hospice hypocrite, ou livré à mes mauvais instincts. Grâce à elle, j'ai connu la misère laborieuse qui trempe l'âme. Grâce à elle, j'ai connu

(1) Le récit qui suit est presque entièrement coupé pour la représenition.

talion

les énergies d'acier, et les vertus silencieuses de ce peuple, que tu dédaignes de la table d'un café.

— Brave vieille, écrasée de fatigue, et n'ayant pas, après toute une vie de travail, son pain assuré pour plus d'une demi-semaine, condamnée jusqu'au dernier jour à pousser sa petite voiture, par le vent ou la neige, avec ses doigts goutteux, et le sifflement de sa poitrine asthmatique, qui l'obligeait à s'arrêter constamment pour souffler, — et sa bonne figure rouge et riante, — car avec tout cela elle était gaie, Hulin. Tu penses si j'ai eu hâte de trouver un emploi qui la déchargeât de moi ! Je commençai ma carrière comme palefrenier. Je deviendrais général, que je n'aurais pas autant de joie que le jour où j'ai pu gagner mon pain pour la première fois. Bah ! Ce n'a pas été la plus mauvaise période de ma vie. Encore aujourd'hui, je ne pense pas à ma vieille écurie, sans reconnaissance. J'y ai vécu de fameuses heures. C'est là que j'ai lu Rousseau. J'avais ramassé dans le ruisseau un volume dépareillé, des feuilles arrachées d'un volume, sales et déchirées (je ne m'en séparerai jamais). — Un dimanche, — mes camarades étaient sortis, — seul, couché sur la paille, aux pieds des chevaux, je lus,

— non, ce n'est pas lire, — j'entendis cette voix d'un demi-dieu. Tout disparut. Par dessus Versailles, le souffle de la Nature me frappa au visage. Par delà ces maîtres, l'homme m' apparut. Et au dedans de

moi-même, dans ma misère et ma solitude, je vis ma conscience divine, ma grandeur éternelle. Je m'arrêtai, je ne pouvais plus lire ; j'entendais les coups de mon sang, accourant de tout mon être et assaillant mon cœur, à l'appel de cette musique héroïque. Un fleuve coulait à travers mon corps. Je me levai, riant et pleurant à là fois. Je criais, j'étreignais l'air avec mes bras, j'embrassai mes chevaux ; j'aurais embrassé le monde. — Quand je pense, Hulin, que cet homme qui nous apporta tant de joie, a vécu malheureux, pauvre, errant, persécuté, trahi par ses amis, bafoué par la sotte ironie, aigri par le chagrin, et se croyant haï et rejeté par tous les hommes... je me sens presque honteux, comme si j'étais responsable de cette honte... Ah ! que n'ai-je été là, pour le défendre contre cette canaille ! — Yois-tu, c'est ensouvenir de lui, que j'ai de la sympathie pour ce pauvre Marat, malgré ses violences et ses égarements. Il souffre comme lui, comme tous ceux qui aiment trop l'ingrate espèce humaine. — Moi-même, je ne suis pas toujours aussi calme que j'en ai l'air; et quand je ris, c'est parfois au moment où j'étrangle la colère et les doutes qui grognent en moi. Enfermé depuis cinq ans dans le triste métier, où m'a fait tomber l'infâme supercherie des sergents recruteurs, je le fais de mon mieux, parce que, où qu'on soit, il y a du bien à faire, et les moyens de se faire grand. Mais tu peux croire

que ce n'est pas d'un cœur impassible que je subis les hontes de cette vie, et l'odieux arbitraire, auquel je suis livré. — Que veux-tu ? Après tout ce que j'ai vu. on finit par se cuirasser contre le mal. En ce moment, je sors à peine du cachot où m'a fait jeter la calomnie d'un dénonciateur. J'y suis resté trois mois, oublié dans la plus horrible misère, pouiTis* sant sur l'ordure. J'y serais mort, si j'étais capable de mourir ; car la Nature prévoyante a cimenté mon corps, de façon à résister aux boulets de la Destinée. — A^oici cinq ans que je peine; je suis encore caporal, et je n'ai aucun espoir de sortir de cette impasse ; car on nous défend jusqu'à la pensée de nous élever un jour. — Voilà mon étoile, Hulin. Non, la vie m'est dure ; et elle me le sera toujours, je le sens bien. Je ne suis pas de ceux qui naissent avec la chance. N'importe. Je ne mets pas ma confiance dans les étoiles filantes. Tout mon recours est en moi. Cela suffit. Le mal peut se déchaîner sur moi et autour de moi ; les victoires de l'injustice, les crimes de la force et de la richesse, les folies dont la superstition abêtit l'esprit humain, ne me troubleront pas, car la lumière est là, — II montre sa poitrine,

et dans le cœur de mes frères, malheureux comme moi. Rien ne l'éteindra ; elle fermente à travers la matière informe, elle organise le chaos. Elle conquiert le monde, et ne se hâte point, ayant l'éternité. Je ne^suis pas impatient. La victoire vient. —

Regarde les nuages. Tu as peur de l'orage? C'est au milieu des tempêtes, qu'éclate le feu du ciel. Gronde donc, tonnerre ! Brûle la nuit. Vérité !

HULIN

Je ne crains pas l'orage. Tout ce que je t'ai dit, camarade, ne me rend pas plus timide. Je ne tiens pas au succès, et je n'ai pas peur pour ma peau. Mais je n'y vois goutte. Si tu as de meilleurs yeux, montre-moi le chemin. Partout où il y aura des coups de poing à donner, tu peux être sûr que je les donnerai juste et bien. Conduis-moi. Que faut-il faire?

Point de plan d'avance. Surveille l'événement ; et quand il sera là, empoigne sa crinière, et monte sur son dos. — En attendant, faire ce qu'on fait. — Vendons nos gilets.

La foule fait de nouveau irruption sur le théâtre, en s'annonçant par des rires et des cris. Un gamin de cinq à six ans est porté sur les épaules d'un grand diable de crocheteur. La Contât, Desmoulins, et la foule, les suivent en riant.

l'enfant, criant d'une voix aiguë

A bas les aristos, aristocrocs, aristocrânes, aristocruches, les aristocrossés !

HULIN

A quoi jouent-ils maintenant ? — Ali ! c'est leur grand passe-temps. Ils jugent les aristocrates.

LE CROCHETEUR

Attention, la voix du Peuple ! A quoi condamnons-nous... Holà ! monsieur ! est-ce que tu ne m'entends pas, Léonidas ?... A quoi condamnons-nous d'Artois?

l'enfant, de sa voix pointue

Au carcan !

LE CROCHETEUR

Et la Polignac ?

l'enfant A la fessée !

LE CROCHETEUR

Et Gondé ?

l'enfant A la potence !

LE CROCHETEUR

Et la Reine?

l'enfant Au bordel !

La foule éclate de rire et acclame le petit, qui répète plus fort, de sa voix perçante, — tout gonflé de son succès. Le crocheteur continue son chemin avec lui.

LA CONTAT

AU ! le mignon ! Il est à croquer !

DESMOULINS

Croquons le marmot ! Bravo, la terreur des aristos ! — Messieurs, le jeune Léonidas a oublié un de nos amis, M. de Vintimille, marquis de Gastelnau.

HULIN, à Hoche

Écoute, c'est de mon patron qu'on parle.

DESMOULINS

Nous lui devons bien quelque chose. Le maréchal vient de le nommer à la garde de la Bastille, avec M. de Launey; et il s'est engagé à ce qu'en moins de deux jours, nous allions demander grâce, p^eds nus et la corde au cou. Je propose que l'un de nous fasse don de sa corde à cet ami du peuple.

LA FOULE

Qu'on le brûle ! — 11 habite près d'ici. — Qu'on brûle sa maison, ses meubles, sa femme, ses enfants !

VINTIMILLE, paraissant au milieu de la foule, froid et ironique

Messieui^s...

LA CONTAT

Ah ! mon Dieu !

HULIN Hoche ! — Il saisit Hoche par le bras.

HOCIIE

Qu'est-ce que tu as?

C'est lui.

Qui?

Vintimille.

Yintimille ?

HULIX

HOCHE

HULIN

HOCHE

Hulin fait signe que oui.

VINTIMILLE

Messieurs, le tapissier de M. de Vintimille demande la parole.

LA FOULE

La parole au tapissier !

VINTIMILLE

Messieurs, vous avez bien raison de vouloir brûler ce méchant aristocrate, qui se rit de vous, qui méprise le peuple, et qui va répétant qu'il faut fouailler les chiens, quand ils montrent les dents. Brûlez, messieurs, biiilez, ne lui faites grâce de rien. Mais, s'il vous plaît, que les éclats d'une fureur si juste n'aillent point se retourner contre vousmêmes, et prenez garde de confondre dans une même destruction votre bien et le sien. Et tout d'abord, messieurs, est-il juste de ruiner à la fois M. de Vintimille et ceux qui le ruinent, j'entends

ses créanciers. Permettez que je demande grâce, au moins pour les meubles qui sont à moi, et dont ce fesse-mathieu ne m'a jamais rien payé.

LA FOULE

Oui, oui, reprends tes meubles !

VINTIMILLE

Le succès de ma requête m'encourage, messieurs, à vous en présenter une seconde pour l'architecte de l'hôtel. Pas plus que moi, il n'a réussi à voir la couleur des écus de M. de Yintimille ; et il vous prie de considérer que vous lui feriez un dommage très sensible, en brûlant un immeuble qui est le gage de sa créance.

LA FOULE

Passe encore pour l'hôtel.

Quant à sa femme, messieurs, — pourquoi brûler ce qui vous appartient? Sa femme est au public. Le roi, la cour, la ville, le clergé, la roture, ont souvent apprécié ses grandes qualités. Esprit libéral et vraiment philosophique, elle ne reconnaît point de privilèges ; les trois ordres sont égaux devant elle ; elle réalise en elle l'union de la nation. Honorons une vertu si rare. Messieurs, grâce pour Madame.

DESMOULIXS

Grâce pour Notre Dame !

LA FOULE, riant

Oui, oui, grâce pour la femme !

VINTIMILLE

Enfin... Messieurs, j'abuse...

LA FOULE

Non! non!...

VINTIMILLE

Enfin, ne frémiriez-vous point, messieurs, en livrant au bûcher les enfants de M. de Vintimille, de faire concurrence à nos tragédiens ordinaires, et d'être infanticides sans le savoir ?

LA FOULE, se tord de rire

Ha ! Ha ! Vivent les bâtards !

VINTIMILLE, changeant de ton à la fin de son discours

Quant à lui, messieurs, pendez-le, taillez-le, brûlez-le; — et je vous y engage même ; car si vous ne le brûlez point, c'est lui qui vous biiilera.

Il descend de sa chaise, et disparaît dans la foule, qui rit, crie, et l'acclame.

LA CONTAT, va rapidement à Vintimille

Partez vite ! Ils peuvent vous reconnaître.

VINTIMILLE

Tiens, Contât, tous étiez là ? Que faites-vous en si sale compagnie ?

LA CONTAT

Il ne faut pas se moquer des chiens, qu'on ne soit hors du village.

VINTIMILLE

Penh ! tout chien qui aboie ne mord pas... Venez.

LA CONTAT

Pas maintenant, plus tard.

VINTIMILLE

Rendez- vous à la Bastille.

LA CONTAT

A la Bastille, soit.

Il sort.

HOCHE

Et c'est bien lui, vraiment ? Tu es siir ?

Parbleu !

HOCHE

La canaille ! quelle effronterie !

HULIN

Un mélange de courage et d'ignominie.

HOCHE

Cela se voit souvent chez nos chefs.

HULIN

Celui-là a fait sa fortune en épousant une des catins de l'ancien roi ; et le même homme fit des prouesses à Crefeld et à Rosbach.

HOCHE

Nous le retrouverons bientôt.

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