‹ Le 14 juilletChapitre 31 sur 42 · SUISSES · texte numérisé non relu

SUISSES

Et pourquoi donc alors ?

INVALIDES, montrant le peuple Pour les sauver, parbleu ! — Entre eux, avec mépris.

Ils ne comprennent rien.

Béquart va vers la porte.

INVALIDES, à Béquart

Gomment feras-tu pour leur passer le papier?

BÉQUART, montrant sa pique

A la pointe de ma broche.

^"^INTIMILLE, se retournant vers les tours

Hissez le drapeau blanc !

INVALIDES, criant

Eh ! là haut ! le drapeau !

La porte s'ouvre. Béquart monte vers l'échancrure du mur, à dioite du pont-levis,

BÉQUART, agite les bras, et crie

Capitulation ! Capitulation !

Il est reçu par une tempête de vociférations, et par des coups de fusil. Il chancelle, et crie, furieux, montrant le poing.

Cochons ! c'est pour vous ! pour vous !

LES INVALIDES, massés auprès du pont-levis, regardant par les meurtrières, et criant

Ne tirez pas î ne tirez pas !

Au dehors, des voix crient aussi : « Ne tirez pas ! » Un murmure : « La capitulation ! La capitulation ! » gagne de proche en proche. — Des voix indistinctes discutent. — Puis, après un instant, le silence se fait.

LES INVALIDES, regardant

Hoche et Hulin courent devant le peuple et abaissent les fusils. — Ils comprennent. Ils s'arrêtent. — Ils viennent près du fossé.

BEQUART, penché de tout son corps sur le mur, tend la capitulation au bout de sa pique, par-dessus le fossé

Bougre ! dépêchez-vous ! je n'ai pas le temps d'attendre.

LES INVALIDES, regardant

Hulin apporte une planche. Il la jette sur le fossé. — En voici un qui passe. Il trébuche. Il tombe... Non. Il s'est rattrapé.

BEQUART, haletant ,

Allons donc ! allons donc !

LES INVALIDES

Il touche la pique. Il a pris le papier...

BÉQUART, se redressant C'est fait... — Regardant le peuple. Salauds ! — Il lève

les bras et crie : Vive la nation !

Il tombe en arriére.

LES INVALIDES

Ah ! les bougres ! ils l'ont tué !

Deux d'entre eux vont chercher le corps et le rapportent au milieu du théâtre ; ils le déposent aux pieds de Vintimille, assis et impassible.

VINTIMILLE, regardant Béquart mort, avec un mélange d'ironie et de sympathie

Il reste le savoir-vivre? — Le savoir-ne-plusvivre...

LES INVALIDES, prêtant l'oreille

Écoutez !

On entend crier du dehors, et les Invalides répètent

La capitulation est acceptée !

VINTIMILLE, indiflFérent

Prévenez M. le Gouverneur.

INVALIDES

Monseigneur, il a perdu la tête, il brise tout dans sa chambre, il crie et pleure comme un enfant.

VINTIMILLE, haussant les épaules

Allons. Je prendrai donc sa place jusqu'au bout.

— A lui-même, ironique, un peu amer. Je ne me doutais paS

que j ^aurais un jour Ihonneurde faire tomber, avec les quatre siècles de ces murailles, la royauté de France aux mains des avocats. Voilà une belle tâche. Faquin de sort ! Peuh ! — Rien n'est rien, tout est indifférent, tout passe, tout finit. Il ne s'agit que de n'être point dupe, et de mépriser les choses et soi-même. La mort arrange tout. Adieu vat ! — Nous allons leur servir un peu de comédie, un grand air pour finir. — Haut. A vos rangs ! Formez la haie !

La garnison se range clans la cour, les Invalides à droite, les Suisses à gauche. Le plus grand ordre. De Flue, debout. Vintimille se lève, appuyé sur sa canne.

La crosse en Tair ! — Messieurs, je dois vous avertir que, malgré mes précautions, il y aura peutêtre des surprises, quand Tennemi sera entré. Vous savez que ce n'est pas une armée disciplinée. Mais s'ils manquent aux convenances, ce n'est qu'une raison de plus pour que nous y restions fidèles.

— Messieurs les Suisses, au nom du Roi, je vous remercie de votre obéissance. Vous y avez plus de

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