REMERCIEMEXT POUR LE DON D'UN CHAT
Madame,
J'étais déjà si fort à vous que je pensais que vous deviez croire qu'il n'était pas besoin que vous me gagnassiez par des présents, ni que vous fissiez dessein de me prendre, comme un Rat, avec un Chat. Néanmoins, j'avoue que votre libéralité n'a pas laissé de produire en moi quelque nouvelle affection; et, s'il y avait encore quelque chose dans mon esprit qui ne fût pas à vous, le Chat que vous m'avez envoyé a achevé de le prendre et vous l'a gagné entièrement... J'y trouve seulement à dire qu'il est de très difficile garde, et que, pour un chat nourri en religion, il est fort mal disposé à garder la clôture ^ Il ne voit point de fenêtre ouverte qu'il ne s'y veuille jeter. Il aurait déjà vingt-six fois sauté les murailles, si on l'avait laissé faire ; et il n'y a point de chat séculier qui soit si libertin - ni plus volontaire que lui. J'espère pourtant que je l'arrêterai par le bon traitement que je lui fais. Je ne le nourris que de fromages et de biscuits. Peut-être, Madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous. Car je pense que les Dames d'Yère ^ ne laissent pas aller les chats aux fromages * et que l'austérité du couvent ne permet pas que l'on leur fasse si bonne chère. Il commence déjà à s'apprivoiser. Il me pensa ^ hier emporter une main en se jouant. C'est, sans mentir, la plus jolie bête du monde. Il n'y a personne en mon logis qui ne porte de ses marques. Mais, quelque aimable qu'il soit de sa personne, ce sera toujours en votre considération que j'en ferai cas ; et je l'aimerai tant, pour l'amour de vous, que j'espère que je ferai changer le proverbe, et que l'on dira dorénavant : Qui m'aime, aime mon chat ^. . . .
{A M""' VAhhesse d'Yère).
1. Garder la clôture. Ne pas sortir 4. Laisser aller le chat an fromage du cloître. se disait d'une fille qui prenait un