Le Palais de justice. 6. Pour. En place de
136 LE Xni' SIÈCLE PAR LES TEXTES
Je descends quelquefois dans cette vallée, qui est la plus secrète partie de mon désert, et quijusques ici n'avait été connue de personne. C'est un pays à souhaiter et à peindre, que j'ai choisi pour vaquer à mes plus chères occupations et passer les plus douces heures de ma vie. L'eau et les arbres ne le laissent jamais manquer de frais et de vert ^. Les cygnes, qui couvraient autrefois toute la rivière, se sont retirés en ce lieu de sûreté, et vivent dans un canal qui fait rêver les plus grands parleurs '^ aussitôt qu'ils s'en approchent, et au bord duquel je suis toujours heureux, soit C[ue je sois joyeux, soit que je sois triste. Pour peu que je m'y arrête, il me semble que je retourne en ma première innocence. Mes désirs, mes craintes et mes espérances cessent tout d'un coup. Tous les mouvements de mon âme se relâchent, et je n'ai point de passions, ou, si j'en ai, je les gouverne comme des bêtes apprivoisées. . .
{Lettre à M. de Lamotte-Aigron ^, 4 sept. 1622).