‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 141 sur 511 · SUR LE CID · texte numérisé non relu

SUR LE CID

... Ce n'est pas à moi à connaître du différend qui est entre vous et M. Corneille, et à mon ordinaire je doute plus volontiers que je ne résous. Bien vous dirai-je ^ qu'il me semble que vous l'attaquez avec force et adresse, et qu'il y a du bon sens, de la subtilité et de la galanterie même en la plupart des objections que vous lui faites ^. Considérez néanmoins, Monsieur, que toute la France entre en cause avec lui ... De sorte que, quand vos arguments seraient invincibles, et que votre adversaire même y acquiescerait, il aurait de quoi se consoler glorieusement de la perte de son procès et vous pourrait dire que d'avoir satisfait tout un royaume est quelque chose de plus grand et de meilleur que d'avoir fait une pièce régulière... Il y a des beautés parfaites qui sont effacées par d'autres beautés qui ont plus d'agrément et moins de perfection. Et, parce que l'acquis n'est pas si noble que le naturel, ni le travail des hommes si estimable que les dons du ciel, on vous pourrait encore dire que savoir l'art de plaire ne vaut pas tant que savoir plaire sans art.

S'il est vrai que la satisfaction du spectateur soit la fin que se proposent les spectacles, et que les maîtres mêmes du métier aient quelquefois appelé de César au peuple, le Cid du poète français ayant plu, ne serait-il point vrai qu'il a o])tenu la fin ^ de la représentation, et qu'il est arrivé à son but, encore que ce ne soit pas par le chemin d'Aristote ni par les adresses * de sa poétique ?

Mais vous dites qu'il a ébloui les yeux du monde, et vous l'accusez de charme ^ et d'enchantement. Je connais beaucoup de gens qui feraient vanité d'une telle accusation...

{Lettre à M. de Scudéry, 27 août 1637) ^.

1. Bien vous dirai-je. Je vous 4. Adresses. A'oies (c'est le prédirai bien. — Cf. p. 34, n. 1. mier sens du mot), et, par suite,

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