LE " PROJET DE L'ACADÉMFE FRANÇAISE
M. Faret fut chargé de faire un discours qui contient comme le projet de l'Académie...
Ce projet était... plein de plusieurs beaux raisonnements, et qui se réduisaient à peu près à ces chefs ^ : « Que de tout temps le pays que nous habitons avait porté - de très vaillants hommes ; mais que leur valeur était demeurée sans réputation au prix de celle des Romains et des Grecs, parce qu'ils n'avaient pas possédé l'art de la rendre illustre par leurs écrits ; qu'aujourd'hui pourtant, les Grecs et les Romains ayant été rendus esclaves des autres nations, et leurs langues mêmes, si riches et si agréables, étant comptées entre les choses mortes, il se rencontrait heureusement pour la France que non seulement nous étions demeurés en possession de la valeur de nos ancêtres, mais encore en état de faire revivre l'Eloquence, c^ui semblait être ensevelie avec ceux qui en avaient été les inventeurs et les maîtres ; qu'après les grandes et mémorables actions du Roi, c'était une très heureuse rencontre qu'il se trouvcât aujourd'hui parmi ses sujets tant d'hommes capables de faire lire avec plaisir ce que nous avions vu exécuter avec étonnement ^ ; qu'aussi n'était-ce pas une des moindres pensées de ce grand Cardinal, son premier ministre, que d'embrasser, comme il faisait, la protection des belles lettres, si nécessaires pour le bien et pour la gloire des Etats, et de les faire fleurir par sa faveur et par son approbation ; qu'il semblait ne manquer plus rien à la félicité du royaume que de tirer du nombre des langues barbares cette langue que nous parlons, et que tous nos voisins parleraient bientôt si nos conquêtes continuaient comme elles avaient commencé; que, pour un si beau dessein, il avait trouvé à propos d'assembler un certain nombre de