‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 162 sur 511 · Prétendre un pouvoir. Ce 3. L'Académie française · texte numérisé non relu

Prétendre un pouvoir. Ce 3. L'Académie française

verbe pouvait alors se construire 4, q^,- 50^^ ^^i/^^ ^^on pas qui

tra^nsiUvement.^^,^^^ ^,^^^^^^^^ ^^ se font, mais qui ont été faits etisont

p. 56, n. 2. en usage.

VAUGELAS 16a

façon ordinaire de parler d'une nation dans le siège de son empire \ ceux qui y sont nés et élevés n'auront qu'à parler le langage de leurs nourrices et de leurs domestiques pour bien parler la langue de leur pays ; et les provinciaux et les étrangers, pour la bien savoir, n'auront aussi qu'à les imiter. Mais cette opinion choque tellement l'expérience générale qu'elle se réfute d'elle-même ; et je n'ai jamais pu comprendre comme - un des plus célèbres auteurs de notre temps ^ a été infecté de cette erreur.

Il y a sans doute * deux sortes d'usages, un bon et un mauvais. Le mauvais se forme du plus grand nombre de personnes, qui presque en toutes choses n'est pas le meilleur, et le bon, au contraire, est composé non pas de la pluralité, mais de l'élite des voix, et c'est véritablement celui que l'on nomme le maître des langues, celui qu'il faut suivre pour bien parler et pour bien écrire en toutes sortes de stjdes, si vous en exceptez le satirique, le comique en sa propre et ancienne signification ^, et le burlesque, qui sont d'aussi i:)eu d'étendue que peu de gens s'y adonnent.

Voici donc comme ^ on définit le bon usage. C'est la façon de parler de la plus saine partie de la cour, conformément à la façon d'écrire de la plus saine partie des auteurs du temps.

Quand je dis la cour, j'y comprends les femmes comme les hommes, et plusieurs personnes de la ville où le prince réside, qui, par la communication qu'elles ont avec les gens de la cour, participent à sa pohtesse \ Il est certain que la cour est comme un magasin d'où notre langue tire quantité de beaux termes pour exprimer nos pensées, et que l'éloquence de la chaire ni du barreau n'aurait pas les grâces qu'elle

1. La capitale, « la ville où le ne fallait rejeter aucune des locuprince réside ». tions populaires, mais bien d'avoir

2. Comme. Comment. Cf. p. 22, n.3. voulu les introduire et les admettre

3. Yaugelas « entend et défmit dans toute espèce de style, même l'usage autrement que- ne le faisait dans le discours élevé. » (Sainte- Malhe^e, lequel, un peu dédaigneux Beuve, Xoiweaiix Lundis, t. VI.) ou relâché pour ce qui était de la 4. Sans doute. Cette locution, prose, renvoyait brusquement les qui veut dire aujourd'hui probablequestionneurs aux crocheteurs du ment, avait alors toute sa force et Port-au-Foin. Cette dilîérence entre signifiait sans nul doute.

le point de vue de Malherbe et ce- 5. Le bas comique,

lui de Vaugelas est capitale... Il lui 6. Comme. Comment. Cf. n. 2.

reproche comme une erreur, non 7. Politesse. Culture intellectuelle

pas précisément d'avoir pensé qu'il et morale. Cf. p. 104, n. 1.

demande si elle ne les empruntait presque toutes de la cour. Je dis presque parce que nous avons encore un grand nombre d'autres phrases ^ qui ne tiennent pas de la cour, mais qui sont prises de tous les meilleurs auteurs grecs et latins, dont les dépouilles font une partie des richesses de notre langue, et peut-être ce qu'elle a de plus magnifique et de plus pompeux.

Toutefois, quelque avantage que nous donnions à la cour, elle n'est pas suffisante toute seule de ^ servir de règle ; il faut que la cour et les bons auteurs y concourent, et ce n'est que de ^ cette conformité qui se trouve entre les deux que l'usage s'établit... Le consentement des bons auteurs est comme le sceau, ou une vérification qui autorise le langage de la cour et qui marque le bon usage ^.

(Ibid.)

L'USAGE OU L'AXALOGIE ET LA RAISOX

De tout ce discours il s'ensuit que notre langue n'est fondée que sur l'usage ou sur l'analogie, laquelle encore n'est distinguée de l'usage que comme la copie ou l'image l'est de l'original ou du patron sur lequel elle est formée ; tellement ^ qu'on peut trancher le mot et dire que notre langue n'est fondée que sur le seul usage, ou déjà reconnu, ou que l'on peut reconnaître par les choses qui sont connues, ce qu'on appelle analogie.

D'où il s'ensuit encore que ceux-là se trompent lourdement et pèchent contre le premier principe des langues, qui veulent raisonner sur la nôtre et qui condamnent beaucoup de façons de parler généralement reçues, parce qu'elles

1. Phrases. Façons de parler. CL été un correctif contre les excès p. 55, n. 12. mêmes de régularité qui ont suivi...

2. Suffisante de. SufTisant s'em- La Cour, au sens où l'entendait ployait au sens de capable (Ci. suffi- Vau^elas, n'était nullement un sance, p. 145, n. o) et se construisait simple lieu de cérémonie et d'éticorame ce mot. , --., ^^ quette, une glacière polie, mais une

3. De. Par, en vertu de. CL p. 11, 4^,^ vivante, animée, la haute et ""'l' e Les bons auteurs mettent le ^^^'^ société du temps » (Saintesceau, mais la source première est la Beuve, Nouveaux Lundis, t. M), conversation des honnéres gens. o. Tellement. De telle façon. Cf. Cette observation bien saisie eût p. 150, n. 2.

sont contre la raison ; car la raison n'y est point du tout considérée ; il n'y a que l'usage et l'analogie ^

Ce n'est pas que l'usage pour l'ordinaire n'agisse avec raison, et, s'il est permis de mêler les choses saintes avec les profanes, qu'on ne puisse dire ce que j'ai appris d'un grand homme, qu'en cela il est de l'usage - comme de la foi, qui nous obhge à croire simplement et aveuglément sans que notre raison y apporte sa lumière naturelle, mais que néanmoins nous ne laissons pas de raisonner sur cette même foi et de trouver de la raison aux choses qui sont par dessus la raison. Ainsi l'usage est celui auquel ^ il se faut entièrement soumettre en notre langue ; mais pourtant il n'en exclut pas la raison ni le raisonnement, quoiqu'ils n'aient nulle autorité. Ce qui se voit clairement en ce que ce même usage fait aussi beaucoup de choses contre la raison, qui non seulement ne laissent pas d'être aussi bonnes que celles où la raison se rencontre, que * même bien souvent elles sont plus élégantes et meilleures que celles qui sont dans la raison et dans la règle ordinaire, jusque-là qu'elles font une partie de l'ornement et de la beauté du langage. En un mot, l'usage fait beaucoup de choses par raison, beaucoup sans raison, et beaucoup contre raison.

(Ibid.)

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