LE BEL OU BON USAGE, ET QUELLE EN EST L'ETENDUE
Quand je parle du bon usage, j'entends parler aussi du bel usage, ne mettant point de différence en ceci entre le bon et le beau ^. Car ces remarques ne sont pas comme un Dictionnaire qui reçoit toutes sortes de mots, pourvu qu'ils soient français, encore qu'ils ne soient pas du bel usage et qu'au contraire ils soient bas et de la he du peuple. Mais mon
1. Vaugelas marque ici sa dissi- 3. U usage est celui auquel. Conscience avec les grammairiens ratio- truction du temps, au lieu de ce à nalistes, tels qu'Arnauld et ses col- quoi.
laborateurs de Port-Royal. Il ne 4. Que. Construction irrégulière ;
fait que constater l'usage et ne se comme s'il y avait précédemmeat
soucie pas de le réduire à la logi- qui laissent si peu.
que. 5. En ne distinguant pas le b3l
2. Il est de Vusage. 11 en est de usage du bon usage, Vaugelas répul'usage. Cf. p. 16, n. 1. die les alïectations des précieux.
dessein en cette œuvre est de condamner tout ce qui n'est pas du bon ou du bel usage... Pour moi, j'ai cru jusqu'ici que, dans la vie civile et dans le commerce ordinaire du monde, il n'était pas i^ermis aux honnêtes gens de parler jamais autrement que dans le bon usage, ni aux bons écrivains d'écrire autrement aussi ^ que dans le bon usage ; je dis en quelque stj^le qu'ils écrivent, sans même en excepter le bas. Ainsi ce bon usage se trouvera de grande étendue... Et il ne faut pas croire, comme font plusieurs, que, dans la conversation et dans les compagnies, il soit permis de dire un mauvais mot et qui ne soit pas du bon usage... Que s'ils repartent qu'il ne faut pas, dans la conversation ordinaire, parler un langage soutenu, je l'avoue : cela serait encore en quelque façon plus insupportable et souvent ridicule. Mais il y a bien de la différence entre un langage soutenu et un langage composé de mots et de phrases - du bon usage, qui, comme nous avons dit, peut être bon et familier.
{Ibid.)