LES MOTS NOUVEAUX
Il n'est permis à qui que ce soit de faire de nouveaux mots non pas même * au souverain...
J'ai ouï dire à un grand homme qu'il est justement des mots ^ comme des modes. Les sages ne se hasardent jamais à faire ni l'un ni l'autre. Mais, si quelque téméraire ou quelque bizarre ^, pour ne lui pas donner un autre nom, en veut bien prendre ' le hasard, et qu'il soit si heureux qu'un mot ou qu'une mode qu'il aura inventée lui réussisse, alors les sages, qui savent qu'il faut parler et s'habiller comme les autres, suivent, non pas à le bien prendre, ce que le téméraire ^ a inventé, mais ce que l'usage a reçu ; et la bizarrerie est égale de vouloir faire des mots et des modes, ou de ne les vou-
1. A coup. Brusquement. Cf. tout 5. Il est... des mots. Il en est des d coup. mots. Cf. p. 16, n. 1.
2. D'un. Par un. Cf. p. Il, n. 2. 6. Bizarre. Employé substantl-
3. « Le greffier ici s'élève presque vement, comme nous disons un au législateur. Vaugelas pressent le original. Cf. p, 44, n. 2.
grand siècle qui s'annonce. » (Sainte- 7. Prendre. Prendre sur soi, assu-
Éeuve, Nouveaux Lundis, t. VI). mer, encourir.
4. Non pas même. Cf. p. 137, n. 2. 8. Le téméraire. Cf. n. 6.]
ir.S LE XVll* SIECLE PAR LES TEXTES
loir pas recevoir après l'approbation publique. Il n'est donc pas vrai qu'il soit permis de faire des mots, si ce n'est qu'on veuille dire que ce que les sages ne doivent jamais faire soit permis. Cela s'entend des mots entiers ; car pour les mots allongés ou dérivés, c'est autre chose ; on les souffre quelquefois.
{Ibid.)