‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 168 sur 511 · LES VRAIS JUGES DE L'ŒUVRE D'ART · texte numérisé non relu

LES VRAIS JUGES DE L'ŒUVRE D'ART

. . . Comme les observations des censeurs de cette tragicomédie ^ ne l'ont pu préoccuper - [l'Académie française] , le grand nombre de ses partisans n'a point été capable de l'étonner ^. Elle a bien cru qu'elle pouvait être bonne, mais elle n'a pas cru qu'il fallait conclure qu'elle le fût à cause seulement qu' '* elle avait été agréable. Elle s'est persuadé qu'étant question ^ de juger de la justice et non pas de la force de son parti, il fallait plutôt peser les raisons que compter les hommes qu'elle avait de son côté, et ne regarder pas tant si elle avait plu que si en effet elle avait dû plaire. La nature et la vérité ont mis un certain prix aux choses, qui ne peut être changé par celui que le hasard ou l'opinion y mettent ; et c'est se condamner soi-même que d'en faire jugement selon ce qu'elles paraissent et non pas selon ce qu'elles sont.

Il est vrai qu'on pourrait croire que les maîtres de l'art ne sont pas bien d'accord sur cette matière. Les uns, trop amis, ce semble, de la volupté, veulent que le délectable '^ soit le vrai but de la poésie dramatique ; les autres, plus avares du temps des hommes et l'estimant trop cher pour le donner à des divertissements qui ne fissent' que plaire sans profiter, soutiennent que l'utile en est la véritable fin. Mais, bien qu'ils s'expriment en termes si différents, on trouvera qu'ils ne disent que la même chose, si l'on y veut regarder de près et si, jugeant d'eux aussi favorablement que l'on doit, on vient à penser que ceux qui ont tenu le parti du plaisir étaient trop raisonnables pour en autoriser un

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