Etant question. Participe ab- nel. Cf. p. 54, n
qui ne fût pas conforme à la raison. Il faut croire, si l'on ne veut leur faire injustice, qu'ils ont entendu parler du plaisir qui n'est point l'ennemi, mais l'instrument de la vertu, qui purge l'honmie, sans dégoût et insensiblement, de ses habitudes vicieuses \ qui est utile parce qu'il est honnête, et qui ne peut jamais laisser de regrets ni en l'esprit pour l'avoir surpris, ni en l'âme pour l'avoir corrompue. Aussi, ils ne combattent les autres qu'en apparence, puisqu'il est vrai que, si ce plaisir n'est l'utihté même -, au moins est-il la source d'où elle coule nécessairement ; que, quelque part qu'il se trouve, il ne va jamais sans elle, et que tous deux se produisent par les mêmes voies. De cette sorte, il sont d'accord et avec eux, et avec nous, et nous pouvons dire tous ensemble qu'une pièce de théâtre est bonne quand elle produit un contentement raisonnable.
Mais comme, dans la musique et dans la peinture, nous n'estimerions pas que tous les concerts et tous les tableaux fussent bons, encore qu'ils plussent au vulgaire, si les préceptes de ces arts n'y étaient bien observés et si les experts, qui en sont les vrais juges, ne confirmaient par leur approbation celle de la multitude, de même, nous ne dirons pas sur la foi du peuple qu'un ouvrage de poésie soit bon parce qu'il l'aura contenté, si les doctes aussi n'en sont contents. Et certes il n'est pas croyable qu'un plaisir puisse être contraire au bon sens, si ce n'est le plaisir de quelque goût dépravé, comme est celui qui fait aimer les aigreurs et les amertumes...
D'ailleurs il est comme impossible de plaire à qui que ce soit par le désordre et par la confusion ; et, s'il se trouve que les pièces irrégulières contentent quelquefois, ce n'est que par ce qu'elles ont quelque chose de régulier, ce n'est que pour quelques beautés véritables et extraordinaires, qui emportent si loin l'esprit que de longtemps après il n'est ^ capable d'apercevoir les difformités dont elles sont suivies, et qui font couler * insensiblement les défauts pendant que les yeux de l'entendement sont encore éblouis par l'éclat de
1. On connaît la théorie d'Aris- . ^ . rmilpr Font mssor sans
tote sur la purgation des passions. ^,T:„ ,^"' ^?i"^^- ^ °^^ P^^^^^ ^^"^ 2.3. X'esl. X'ett pas. Cf. p. 18, n. 3. ^ °° ^^^ ^ °^^-
CHAPELAIX 171
ses lumières. Que si au contraire quelques pièces régulières donnent peu de satisfaction, il ne faut pas croire que ce soit la faute des règles, mais bien celle des auteurs, dont le stérile génie n'a pu fournir à l'art une matière qui fût assez riche.
{Sentiments de V Académie sur le Cid.)