TIRCIS
Maintenant que le sort, attendri par nos plaintes,
Comble nos espérances et dissipe nos craintes,
Que nos contentements ne sont plus traversés
Que par le souvenir de nos malheurs passés,
Ouvrons toute notre âme à ces douces tendresses
Qu'inspirent aux amants les pleines allégresses.
Et d'un commun accord chérissons nos ennuis \
Dont nous voyons sortir de si précieux fruits.
Adorables regards, fidèles interprètes
Par qui nous exphquions nos passions secrètes.
Doux truchements du cœur, qui déjà tant de fois
M'avez si bien appris ce que n'osait la voix -,
Nous n'avons plus besoin de votre confidence ^ ;
L'amour en liberté peut dire ce qu'il pense,
Et dédaigne un secours qu'en sa naissante ardeur
Lui faisaient mendier la crainte et la pudeur.
Beaux yeux, à mon transport pardonnez ce blasphème !
La bouche est impuissante où l'amour est extrême :
Quand l'espoir est permis, elle a droit de parler :
Mais vous allez plus loin qu'elle ne peut aller.
Ne vous lassez donc point d'en usurper l'usage ^ ;
Et, quoi qu'elle m'ait dit, dites-moi davantage.
Mais tu ne me dis mot, ma vie ! et quels soucis
T'obligent à te taire auprès de ton Tircis ?
1. £nnuis. Dans un sens plus fort. 3. Confidence. Au sens propre Cf. p. 14, n. 2. du mot ; communication d'une chose