‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 204 sur 511 · LYSANDRE · texte numérisé non relu

LYSANDRE

Confus, désespéré du mépris de mes flammes, Sans conseil -, sans raison, pareil aux matelots Qu'un naufrage abandonne à la merci des flots. Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre. Ma douleur par mes cris d'abord s'est fait entendre. J'ai cru que vous seriez d'un naturel plus doux. Pourvu que votre esprit devînt un peu jaloux. J'ai fait agir pour moi l'autorité d'un père ; J'ai fait venir aux mains celui qu'on me préfère ^. Et, puisque ces efforts n'ont réussi ^ qu'en vain, J'aurai de vous ma grâce, ou la mort de ma main : Choisissez, l'une ou l'autre achèvera mes peines ; Mon sang brûle déjà de sortir de mes veines : Il faut, pour l'arrêter, me rendre votre amour ; Je n'ai plus rien sans lui qui me retienne au jour.

CÉLIDÉE

Volage, fallait-il, pour un peu de rudesse. Vous porter si soudain à changer de maîtresse ? Les Dieux m'en soient témoins, et ^ ce nouveau sujet ^ Que vos feux inconstants ont choisi pour objet,

1. Mon heur. Mon bonheur (p. 21, 4. Réussi. Le verbe réussir signin. H). Toi qui es tout mon bonheur. fiait avoir une issue.

2. Sans conseiL Au sens du latin, 5. Et. Coordonne ce... sujet avec sine consilio ; affolé. les Dieux.

3. J'ai provoqué mon rival en 6. Ce nouveau sujet. Sujet au sens duel. de personne ; cette nouvelle amante.

LE Xyil« SIÈCLE. — 14

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Si jamais ^ j'eus pour vous de dédain - véritable, Avant que votre amour parût si peu durable ! Qu'Hippolyte ^ vous die * avec quels sentiments Je lui fus raconter vos premiers mouvements ^, Avec quelles douceurs je m'étais préparée A redonner la joie à votre âme éplorée ! Dieux ! que je fus surprise, et mes sens éperdus, Quand je vis vos devoirs à sa beauté rendus ! Votre légèreté fut soudain imitée :

Non pas que Dorimant ^ m'en eût sollicitée ; Au contraire, il me fuit et l'ingrat ne veut pas Que sa franchise ' cède au peu que j'ai d'appas. Mais, hélas ! plus il fuit, plus son portrait s'efface ; Je vous sens malgré moi reprendre votre place. L'aveu de votre erreur désarme mon courroux ; Ne redoutez plus rien, l'amour combat pour vous. Si nous avons failH de feindre ^ l'un et l'autre, Pardonnez à ma feinte et j'oublierai la vôtre. Moi-même je l'avoue à ma confusion, Mon imprudence a fait notre division.

Tu ne méritais pas de si rudes alarmes : Accepte un repentir accompagné de larmes ; Et souffre que le tien nous fasse tour à tour Par ce petit divorce ^ augmenter notre amour.

LYSA^'DRE

Que vous me surprenez ! 0 ciel ! est -il possible Que je vous trouve encore à mes désirs sensible ? Que j'aime ces dédains qui finissent ainsi !

CÉLIDÉE

Et, pour l'amour de toi, que je les aime aussi !

1. Les Dieux m'en soient témoins... premiers mouvements de votre cœur. si jamais. En désigne par avance 6. Le jeune homme que Célidée la chose dont les Dieux doivent être s'avisa de donner pour successeur à témoins, à savoir si jamais, etc. Lysandre.

2. Si... feus pour uousdedédain.'De 7. Franchise. Liberté, indépenet non pas du parce que la construc- dance. Cf. p. 14, n. ,3.

tion équivaut à je n'eus jamais. 8. Failli de feindre. Fait la faute

3. La nouvelle amante de Ly- de feindre, fait une faute en feisandre. gnant.

4. Die. Archaïque, pour dise. 9. Ce petit divorce. Cette courte

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