Paraissent. Apparaissent. Cf. p. 247, n
sien propre. Il faut déx^eindre un roi de l'Asie autrement qu'un consul romain : l'un parlera comme un monarque absolu, qui dispose de ses sujets comme de ses esclaves ; l'autre comme un magistrat qui anime seulement les lois^ et fait respecter leur autorité à un peuple libre. Il faut dépeindre autrement un vieux Romain furieux pour le bien public et agité d'une liberté farouche qu'un flatteur du temps de Tibère, qui ne connaissait plus que l'intérêt, qui s'abandonnait à la servitude.... Un des grands défauts de notre nation, c'est de ramener tout à elle -.
[Dissertation sur T Alexandre de Racine.)
RELATIVITE DES REGLES
On n'a jamais vu tant de règles pour faire de belles tragédies ; et on en fait si peu, qu'on est obligé de représenter toutes les vieilles. Il me souvient que l'abbé d'Aubignac ^ en composa une selon toutes les lois qu'il avait impérieusement données pour le théâtre. Elle ne réussit point ; et, comme il se vantait partout d'être le seul de nos auteurs qui eût bien suivi les préceptes d'Aristote : « Je sais bon gré à Monsieur d'Aubignac, dit Monsieur le Prince *, d'avoir si bien suivi les règles d'Aristote ; mais je ne pardonne point aux règles d'Aristote d'avoir fait faire une si méchante tragédie à M. d'Aubignac. »
Il faut convenir que la Poétique d'Aristote est un excellent ouvrage ; cependant, il n'y a rien d'assez parfait pour régler toutes les nations et tous les siècles. Descartes et Gassendi ' ont découvert des vérités qu'Aristote ne connaissait pas ; Corneille a trouvé des beautés pour le théâtre qui ne lui étaient pas connues : nos philosophes ont remarqué des erreurs dans
1. Anime... les lois. Leur donne aurait, vers 1822, travaillé à la puvie en les incarnant. blication des théâtres étrangers et
2. Saint-Evremond < demande y aurait ajouté quelque bonne préplus de vérité, de vraisemblance jacç ^ j^ Benjamin Constant. « historique, d'observer le caractère ^sainte-Beuve, Xoiweaux Lundis. des nations, de tenir compte du génie xin»
des lieux et des temps ; peu s'en ^- ^ V .''. ^ . . .^„
faut qu'il ne réclame en propre ter- 3. Critique contemporain. Auteur
me un peu de couleur locale... On de la Pratique du théâtre. devine, dés 1G67, un homme qui 4. Le grand Condé.
SA IX T- E l 'REMOXD 263
sa Physique ; nos poètes ont vu des défauts dans sa Poétique, \ pour le moins à notre égard, toutes choses étant aussi j changées qu'elles le sont.
{De la Tragédie ancienne et moderne.)
Nous envisageons la nature autrement que les' anciens ne l'ont regardée. Les cieux, cette demeure éternelle de tant de divinités, ne sont qu'un espace immense et fluide. Le même soleil nous luit ^ encore ; mais nous lui donnons un autre cours : au lieu de s'aller coucher dans la mer, il va éclairer un autre monde. La terre, immobile autrefois dans l'opinion ■ des hommes, tourne aujourd'hui dans la nôtre, et rien n'est égal 1 à la rapidité de son mouvement. Tout est changé : les dieux, la nature, la politique, les mœurs, les manières. Tant de changements n'en produiront-ils point dans nos ouvrages ?
Si Homère vivait présentement, il ferait des poèmes admirables accommodés au siècle où il écrirait. Nos poètes en r font de mauvais ajustés à ceux des anciens, et conduits par j des règles qui sont tombées, avec des choses que le temps a i fait tomber.
Je sais qu'il y a de certaines règles éternelles, pour être fondées - sur le bon sens, sur une raison ferme et solide, qui subsistera toujours ; mais il en est peu qui portent le caractère de cette raison incorruptible. Celles qui regardent les mœurs, les affaires, les coutumes des vieux Grecs, ne nous touchent guère aujourd'hui. On en peut dire ce qu'a dit f| Horace des mots. Elles ont leur âge et leur durée. Les unes meurent de vieillesse : ita verborum vêtus interit aetas ; les autres périssent avec leur nation, aussi bien que les maximes de gouvernement, lesquelles ne subsistent pas après l'empire. Il n'3^ en a donc que bien peu qui aient droit de diriger nos ' esprits dans tous les temps ; et il serait ridicule de vouloir , toujours régler des ouvrages nouveaux par des lois éteintes...
Concluons que les poèmes d'Homère seront toujouî'S des f chefs-d'œuvre, non pas en tout des modèles. Ils formeront ( notre jugement ; et le jugement réglera la disposition des I clioses présentes. {Sur les Poèmes des anciens.)
1. Xons luit. Luit pour nous. Cf. 2. Pour être fondées. Parce qu'el-
p. 12, n. 13. les sont fondées.
264 LE XVIIe SIÈCLE PAR LES TEXTES '