‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 299 sur 511 · L'ÉDUCATIOX DES DEMOISELLES DAXS LA FAMILLE AU XVII^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATIOX DES DEMOISELLES DAXS LA FAMILLE AU XVII^ SIÈCLE

... Mais quel compte n'aurez- vous pas à rendre à Dieu, mes enfants, touchant cette bonne éducation ? Supposezvous pour un moment dans l'état où vous devriez être naturellement, comme demoiselles ^, s'il n'était pas arrivé de revers de fortune dans votre famille : votre mère aurait au plus deux femmes de chambre, dont l'une serait votre gouvernante. Quelle éducation pensez-vous qu'une telle fille vous donnerait ? Ce sont ordinairement des paysannes, ou tout au plus des petites bourgeoises qui ne savent que faire tenir droite ^ bien tirer la busquière ^, et montrer à bien faire la révérence, La plus grande faute, selon elles, est de chiffonner son tablier, d'y mettre de l'encre : c'est un crime pour lequel on a bien le fouet, parce que la gouvernante a la peine de les ^ blanchir et de les repasser ; mais mentez tant qu'il vous plaira, il n'en sera ni plus ni moins, parce qu'il n'y a rien là à repasser ni à raccommoder. Cette gouvernante a bien soin de vous parer pour aller en compagnie, où il faut que vous soyez comme une petite poupée. La plus habile ^ est celle qui sait quatre petits vers bien sots, quelques quatrains de Pibrac ^, qu'elle fait dire en toute occasion, et qu'on récite comme un petit perroquet.Tout le monde dit : «La jolie enfant ! la jolie mignonne !» La gouvernante est transportée de joie et s'en tient là. Je vous défie d'en trouver une qui parle de raison.

Je me souviens que, quand j'étais chez ma tante '', une de ses femmes de chambre avait soin de moi ; elle me tirait à quatre épingles et elle me disait continuellement de me tenir droite ^; du reste ^, elle me laissait faire tout ce que je voulais.

Mais montons jusqu'à nos princes : comment pensez- vous qu'ils soient élevés ? On leur donne pour gouvernante une

Page 1