Demoiselles. Filles de naissance 5. Habile. Savante
noble. 6. Pibrac avait publié en 1574
2. Droite. Dans 1 usage moderne, des Quatrains nwraux qu'on apprit d^'oit. longtemps dans les écoles.
T Ies.L singulier de plus haut, Pè'"^ ^e M - de Maintenon. son tablier, équivaut au pluriel. Syl- 8. Droite. Cf. n. 2.
lepse. -. 9. Du reste. Quant au reste.
femme de qualité, qui souvent a été élevée comme je viens de le dire ; c'est d'ordinaire la femme d'un favori ou la parente de quelque ministre, qui souvent est la plus sotte du monde. Comment pensez-vous qu'elle parle à la petite princesse l est-ce de piété et de raison l Cela serait bien à désirer ; mais, pour l'ordinaire, ce n'est que de ce qui la peut faire briller dans le monde. Quand elle va en compagnie, elle a grand soin de l'ajuster et de la parer, lui recommandant d'être bien honnête ^ ; elle la prend par la lisière, si c'est une enfant, ou la suit, si elle est déjà grande, l'instruit de la manière de recevoir la compagnie chez elle, et puis s'en va pour le reste du jour, laissant la princesse avec une paysanne, autrefois sa nourrice, et devenue sa première femme de chambre, qui n'est guère en état de lui parler raisonnablement, et encore moins de l'instruire de la bonne foi, de la droiture, de la probité.
Le Roi me surprend toujours quand il me parle de son éducation. Ses gouvernantes jouaient, dit-il, tout le jour, et le laissaient entre les mains de leurs femmes de chambre, sans se mettre en peine du jeune roi, car vous savez qu'il a régné à trois ans et demi. Il mangeait tout ce qu'il attrapait sans qu'on fît attention à ce qui pouvait être contraire à sa santé ; c'est ce qui l'a accoutumé à tant de dureté sur - luimême. Si on fricassait une omelette, il en attrapait toujours quelques pièces, que Monsieur -^ et lui allaient manger dans un coin. Il raconte quelquefois qu'il était le plus souvent avec une paysanne, que sa compagnie ordinaire était une petite fille de la femme de chambre des femmes de chambre de la reine. Il l'appelait la reine Marie, parce qu'ils jouaient ensemble à ce qu'on appelle à la madame, lui faisait toujours faire le personnage de reine, et lui servait de page ou de valet de pied, lui portait la queue, la roulait dans une chaise, ou portait le flambeau devant elle. Jugez si la petite reine Marie était capable de lui donner de bons conseils, et si elle pouvait lui être utile en la moindre chose.
Je vous assure encore une fois, mes chères enfants, que vous serez bien coupables devant Dieu si vous ne profitez
1. Honnête. Le mot se rapporte 2. Sur. La préposition sur rr-
ici aux manières, à la « civilité » présente cette dureté comme exercée. Cf. p. 118, n. 3. 3. Monsieur. Son frère.
MADAME DE MAIXTEXOX 323
point des peines que l'on prend sans cesse pour vous rendre les plus parfaites qu'il soit possible selonDieu, et même selon le monde. J'entends ici par le monde les personnes pieuses, raisonnables et polies \ qui y demeurent ; car, pour les libertins - et ceux qui n'ont point d'honneur ou de religion, ce vous sera une gloire de n'être pas de leur goût, à cause de votre différente manière de penser et d'agir.
{Instructions.)
LE SOT ORGUEIL ET LA VRAIE xVOBLESSE UE CŒUR
Il y a longtemps que je vous parle de cet orgueil mal placé que je tâche de détruire à Saint-Cyr, et cependant je l'y trouve encore. Je ne saurais comprendre ce qu'a fait une de vous. On l'envoie balayer, et, parce qu'on lui marque ce qu'elle doit faire, elle s'en choque et dit : « Une servante ne doit pas me commander; c'est à nous de faire ce que nous voulons. » Peut-on voir une telle insolence? Quoi! parce qu'on vous dit : «Vous balayerez là», ou : «Vous ferez cela, » vous êtes choquée ! Mais moi, si on m'envoyait aider une servante, la première chose que je ferais serait de demander ce qu'elle veut que je fasse, car certainement je ne saurais par où commencer. 11 faut qu'il y ait bien du travers^ dans votre tête. Et où en serions-nous, si c'était un affront de s'instruire de gens "^ audessous de soi 1 On le fait tous les jours, et personne ne s'avise de s'en croire déshonoré.
On dit à une autre de porter du bois et de balayer ; elle répond qu'elle n'est pas une servante. Non certainement, vous ne l'êtes pas ; mais je souhaite qu'au sortir d'ici vous trouviez une chambre à balayer ; vous serez trop heureuse, et vous saurez alors que d'autres que des servantes balayent. Je me souviens qu'allant ^ un jour chez M"^^ ^q Montchevreuil
1. Polies. Cultivées de mœurs, 4. S'instruire de gens. Construcd' esprit, de manières. Cf. p. 104, n. 1. tion vieillie. Dans le sens où nous
2. Les libertins. On appelait ainsi disons apprendre quelque chose de ceux qui ne s'assujettissaient pas quelqu'un.
aux croyances, aux opinions ou aux 5. Allant. Se rapporte non pas
pratiques communes. Cf. p. 119, n. 2. au sujet de la proposition suivante.
3. Du travers. Le contraire de mais à je de je me mis. Cf. p. 31, sens droit, de rectitude. n. 9.
qui attendait coniiDagnie ^, elle avait bien envie que sa chambre fût propre, et ne pouvait pas la nettoyer elle-même parce qu'elle était malade, ni la faire faire par ses gens, qu'elle n'avait pas - alors ; je me mis à frotter de toutes mes forces pour la rendre nette, et je ne trouvais point cela au-dessous de moi. J'aurais beau frotter votre plancher, aller quérir du bois ou laver la vaisselle, je ne me croirais point rabaissée pour cela. Que tout le monde vienne à Saint-C3^r, et qu'on vous trouve toutes le balai à la main, on ne le trouvera pas étrange et cela ne vous déshonorera pas.
( Réprimandes.)
Mlle (Je Segonzague lui demanda comment nous devions nous comporter à l'égard des hommes. « Il faut, dit M^^^ de Maintenon, les éviter, et ne leur jamais donner lieu à la moindi'e liberté. Je me trouvais un jour en présence du roi, avec un grand nombre de dames, assises la plupart dans des chaises à dos ^, parce que sa Majesté donne beaucoup de liberté aux personnes qui ont l'honneur de la voir souvent. Le Roi était encore jeune, et, en badinant, il renversait les chaises de ces dames, et les jetait à terre, ce qui les mettait dans d'étranges postures. Il vint à une qui n'était pas de plus grande maison que les autres, et dit : « Ah ! pour ceUe-là, je n'oserais. « C'était faire en peu de mots l'éloge de cette personne ^. Ce n'est pas par un sérieux affecté qu'on établit sa réputation, mais par des manières réservées à l'égard des hommes, qui n'empêchent pas la gaieté et une noble aisance car la vraie vertu n'est ni austère, ni gênante, ni farouche. »
{Ihid.)
CONDITIOX DES FEMMES DAXS LE MOXDE
Vous êtes de vrais enfants, quand vous dites que vous serez libres au sortir d'ici. Il faut pardonner ces discours à votre gi'ande jeunesse, et je suis moins surprise que vous les teniez
1. Attendait compagnie. Cf. p. 12, .3. Dos. Dossier. Chaises à dns n. 3. par opposition à tabourets.
2. Qu'elle n'avait pas. Au lieu de 4.CettepersonneétaitM™<=de Maincar elle n'en avait pas. tenon elle-même, alors M™* Scarron.
MADAME DE MAIXTENON 325
que les bleues ^ qui sont plus âgées que vous. Que vous diraije sur cela ? J'ai mis toute ma science dans mes proverbes - ; je n'en sais pas davantage que ce que j'ai fait dire à Marie ^ : « Mais qu'est-ce donc que cette liberté dont vous parlez tant? Je ne comprends, point ce que vous voulez dire. Est-ce que vous êtes en prison ? » Voilà ce qu'il y aurait à répondre à celles qui se font des idées de liberté. Vous n'en ^ aurez jamais, à moins que vous ne soyez tout à fait abandonnées. Si vous n'avez ni père, ni mère, ni frère, ni sœur, ni un confesseur, en un mot, personne qui se soucie tant soit peu de vous, je conviens que vous aurez de la liberté ; mais en quoi consistera- t-elle ? à courir les champs et les rues, à vous déshonorer et à vous perdre.
Pour peu que vous ayez une personne qui s'intéresse à ce qui vous touche, elle ne vous en laissera point....
Vous êtes folles quand vous vous imaginez être mieux et plus Ubres ailleurs. J'en parlais tout à l'heure à une bande de bleues, qui tenaient de pareils discours ; je leur dis qu'ils ne sont plus soutenables à l'âge qu'elles ont ; car, à quinze ou seize ans, on peut encore dire qu'une fille est jeune ; mais, à dix-huit ans, elle ne l'est plus, et, à vingt ans, c'est une fille faite. On se moquera de vous au sortir d'ici et on vous sifflera, si on vous voit soupirer après la liberté, s'il vous arrive de dire que vous mouriez d'envie de sortir du couvent pour être plus libres et que vous vous y trouviez contraintes. Comptez que pas un homme ne voudra de vous, parce qu'il n'y en a point qui ne sache fort bien qu'en vous épousant, il ne vous veut laisser aucune liberté.
C'est cet amour de la liberté qui perd et qui déshonore toutes les personnes de notre sexe. Les hommes, qui ont fait les lois, n'ont pas voulu que nous en eussions, ils l'ont toute prise pour eux. Je ne vous dirai point qu'ils n'en ont pas, car c'est eux qui sont libres : ils vont seuls où il leur plaît ; on
1. Cette instruction s'adresse à la 2. M'"'' de Maintenon écrivit
classe jaune. Les pensionnaires de pour Saint-Cyr de petites comédies
Saint-Cyr, se divisaient en quatre qui étaient l'explication et comme
classes, que distinguait la couleur l'illustration de proverbes moraux,
d'un ruban. La classe rouge compre- 3, Personnage d'une de ces
naît les plus jeunes; de onze a treize pièces.
ans, c'était la classe verte ; de qua- . ^ -n. ■ ^ ,-v- ..' <-.r
torze à seize ans, la jaune; de dix- t'o-^"* Représente liberté. Cf.
sept à vingt, la bleue. P- ^•^' ^- ^-
les voit monter à cheval et courir la nuit et le jour. Comme ils se sont mis au-dessus des bienséances, on ne leur saurait rien dire. Mais pour nous, nous sommes pour obéir ^ toute la vie. S'il y a quelque liberté dans le monde, c'est pour les vieilles veuves, car les jeunes mêmes n'en ont point, et, si elles veulent conserver leur honneur, il faut qu'elles se remettent de nouveau sous le joug ; mais les vieilles n'ont plus rien qui les engage -, elles sont seulement arrêtées par les bienséances, qu'elles doivent garder.
Pour vous parler toujours franchement, il faut vous dire que ce n'est pas tout à fait sur les hommes qu'il faut rejeter notre servitude : Dieu, de tout temps, a voulu que nous obéissions ; il créa la première femme sujette à l'homme et la lui donna pour compagne...
Voilà le sort de toutes les femmes, même celles de France, où ^ cependant elles sont plus Hbres que partout ailleurs.
{Instructions à la das^^e jaun':.)
1. A'ous sommes pour obéir. Xous 2. Engage. Soumette à des obli-
sommes faites pour obéir. Gonstruc- gâtions, tion alors très usité?. 3. De France, où. Cf. p. 83. n. S.
D'URFE
CELADOX SE JETTE DANS LE LIGNOX
[Céladon] vint lui donner le bonjour [à Astrée], plein de contentement de l'avoir rencontrée. A quoi elle répondit et de visage et de parole si froidement \ que l'hiver ne porte ^ point tant de froideurs ^ et de glaçons. Le berger, qui n'avait pas accoutumé de la voir telle, se trouva d'abord ^ fort étonné ; et, quoiqu'il ne se figurât pas la grandeur de sa disgrâce, telle qu'il l'éprouva peu après, si est-ce que le ^ doute d'avoir offensé celle qu'il aimait le remplit de si grands ennuis ^ que le moindre était capable de lui ôter la vie.
Si la bergère eût daigné le regarder ou que son jaloux soupçon lui eût permis de considérer quel soudain changement la froideur de sa réponse avait causé en son visage, pour certain ' la connaissance de tel effet ^ lui eût fait perdre entièrement ses méfiances. Mais il ne fallait pas que Céladon fût le phénix du bonheur comme il l'était de l'amour, ni que la fortune lui fît plus de faveur qu'au reste, des hommes, qu'elle ne laisse jamais assurés en leur contentement.
Ayant donc ainsi demeuré longuement pensif, il revint à soi, et tournant la vue sur sa bergère, rencontra ^ par hasard qu'elle le regardait ; mais d'un œil si triste, qu'il ne laissa aucune sorte de joie en son âme, si la doute ^^ où il était y en avait oubUé quelqu'une.
Ils étaient si proches du Lignon ^\ que le berger y pouvait facilement atteindre du bout de sa houlette, et le dégel avait si fort grossi son cours, que, tout glorieux et chargé des dé-
1. Astrée, sur un faux rapport, 7. Pour certain. Certainement. Cf. croit que Céladon lui a manqué de foi. pour sûr.