LES LAHMES DE SAINT PIERRE
Que je porte d'envie à la troupe innocente De ceux qui, massacrés d'une ^ main violente, Virent dès le matin leur beau jour accourci ^ ! Le fer qui les tua leur donna cette grâce, Que, si de faire bien ils n'eurent pas l'espace *, Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi °.
De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde Allait courre ^ fortune aux ^ orages du monde Et déjà pour voguer abandonnait le bord, Quand l'aguet ^ d'un pirate arrêta leur voyage ; Mais leur sort fut si bon, que, d'un même naufrage, Ils se virent sous l'onde et se virent au port.
1. Les strophes suivantes sont mettons par, avec, au moyen de, par extraites d'un poème intitulé les suite de, etc.
Larmes de Saint-Pierre, que Mal- 3. Accourci. Ce mot tombe en déherbe imita de l'Italien Tansillo. suétude.
Saint Pierre y envie le sort des en- 4. Grâce... espace. Malherbe devait
fants massacrés par Hérode. — plus tard interdire la rime d'une
Malherbe se repentit plus tard longue avec une brève,
d'avoir publié ce poème, et il en 5. Aussi. Non plus. Très fréquent
parlait comme d'un « avorton » de au XVIP siècle. Nous n'employons
sa jeunesse. On y trouve pourtant, ce mot que dahs une proposition
avec des traits d'afïectation et d'en- affirmative.
flure, une fermeté, une gravité, et 6. Courre. Courir. Cette forme ne
même un éclat d'images vraiment s'est conservée que comme terme
remarquables. « La versification, dit de chasse.
André Chénier, en est étonnante.» 7. A lix. Dans les. La préposition à
2. D'une. Par une. La préposition s'emploie très souvent au XVII« siède s'emploie très souvent au XVII« cle pour dans.
siècle dans les constructions où nous 8. Aguet. Embuscade.
(i) Voir noire Précis de C Histoire de la Littérature française, p. i39-i5i.
LE XVll' SIECLE /VIA' LES TEXTES
Ce furent de beaux lis, qui, mieux que la nature ^,
Mêlant à leur blancheur rincarnate peinture
Que tira de leur sein le couteau criminel,
Devant - que d'un hiver la tempête et l'orage
A leur teint délicat pussent faire dommage ^,
S'en allèrent fleurir^ au printemps éternel...
O désirable fin de leurs peines passées !
Leurs pieds, qui n'ont jamais les ordures pressées ^
Un superbe plancher des étoiles se font ^ ;
Leur salaire payé ' les services précède ;
Premier que d'avoir ^ mal ils trouvent le remède,
Et devant ^ le combat ont les palmes au front.
Que d'applaudissements, de rumeur et de presse ^°, Que de feux, que de jeux, que de traits de caresse ^^ Quand là -haut en ce point ^- on les vit arriver ! Et quel plaisir encore à ^^ leur courage ^* tendre, Voyant Dieu devant eux en ses bras les attendre, Et pour leur faire honneur les Anges se lever ^^!...