‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 315 sur 511 · L'AVEU · texte numérisé non relu

L'AVEU

]\I. de Clèves disait à. sa femme : « Mais pourquoi ne voulezvous point revenir à Paris ? Qui ^ vous peut retenir à la campagne ? Vous avez depuis quelque temps un goût pour la solitude qui m'étonne et qui m'afflige, parce qu'il nous sépare. Je vous trouve même plus triste que de coutume, et je crains que vous n'ayez quelque sujet d'affliction. — Je n'ai rien de fâcheux dans l'esprit, répondit-elle avec un air embarrassé ; mais le tumulte de la cour est si grand, et il y a toujours un si grand monde chez vous, qu'il est impossible que le corps et l'esprit ne se lassent - et que l'on ne cherche du repos. — Le repos, réphqua-t-il, n'est guère propre pour une personne de votre âge. Vous êtes chez vous et dans la cour de manière à ne vous pas donner de lassitude, et je craindrais plutôt que vous ne fussiez bien aise d'être séparée de moi. — Vous me feriez une grande injustice d'avoir cette pensée, reprit-elle avec un embarras qui augmentait toujours ; mais je vous supphe de me laisser ici. Si vous y pouviez demeurer, j'en aurais beaucoup de joie, pourvu que vous y demeuraissiez seul et que vous voulussiez bien n'y avoir point ce nombre infini de gens qui ne vous quittent presque jamais. — Ah ! madame, s'écria M. de Clèves, votre air et vos paroles me font voir que vous avez des raisons pour souhaiter d'être seule ; je ne les sais point, et je vous conjure de me les dire. »

Il la pressa longtemps de les lui apprendre, sans pouvoir l'y obUger ^ ; et, après qu'elle se fut défendue d'une manière qui augmentait toujours la curiosité^ de son mari, elle demeura dans un profond silence, les yeux baissés ; puis tout à coup, prenant la parole et le regardant : « Ne me contraignez point, lui dit-elle, à vous avouer une chose que je n'ai pas la force de vous avouer, quoique j'en aie eu plusieurs fois le

l.Qai. Qu'est-ce qui. Cf. p. 199, n. 6. 4. Curiosité. Dans un sens voisin

2. Ne se lassent. Cf. p. 18, n. 3. de l'étymologie Cf. le mot latin

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