A M. DE SAINT-EVREMOND
Ni vos leçons, ni celles des neuf Sœurs N'ont su charmer * la douleur qui m'accable. Je souffre un mal qui résiste aux douceurs Et ne saurais rien penser d'agréable.
Tout rliumatisme, invention du diable,
1. Platon. Cf. p. 378, n. 5. pas que La Fontaine considère la
2. Le double théâtre. La tragédie patience comme une qualité essenet la comédie. tielle au lyrisme, en le voyant ci-
3. C'est de lui que La Fontaine après faire de Malherbe le maître a dit : du genre.
Etant petit garçon, j élisais son roman 6. Parmi les chœurs des anges.
Et je le lis encore ayant la barbe Allusion auxparaphrasesde Psaumes
grise. que firent ces deux poètes.
4. Racine et Boileau avaient été 7. Cependant. En attendant. Cf. nommés quelques années aupara- P- «^-^o, n. 1.
vant historiographes du roi. 8. Charmer. Dans le sens propre
5. De la patience. On ne s'étonnera du mot. Cf. p. 124, n. 4.
LA FOXTAINE 387
Rend impotent et de corps et d'esprit.
Il m'a fallu, pour forger cet écrit,
Aller dormir sur la tombe d'Orphée ;
Mais je dors moins que ne fait un proscrit,
Moi dont l'Orphée était le Dieu Morphée ^.
Si me faut-il ^ répondre à vos beaux vers,
A votre prose et galante et polie ^.
Deux déités ^, par leurs charmes divers,
Ont d'agréments votre lettre remplie ^.
Si celle-ci n'est autant ^ accomplie,
Nul ne s'en doit étonner à mon sens :
Le mal me tient, Hortense ' vous amuse ^.
Cette déesse, outre tous vos talents,
Vous est encore une dixième Muse :
Les neuf m'ont dit adieu juscju'au printemps.
Voilà, Monsieur, ce qui m'a empêché de vous remercier aussitôt que je le devais de l'honneur que vous m'avez fait de m'écrire. Moins je méritais une lettre si obhgeante, plus j'en dois être reconnaissant. Vous me louez de mes vers et de ma morale, et cela de si bonne grâce, que la morale a fort à souffrir, je veux dire la modestie.
L'éloge qui vient de vous Est glorieux et bien doux.
Tout le monde vous propose Pour modèle aux bons auteurs.
Vos beaux ouvrages sont cause Que j'ai su plaire aux neuf Sœurs :
Cause en partie, et non toute ^ ; Car vous voulez bien sans doute Que j'y joigne les écrits D'aucuns ^° de nos beaux esprits.
1. Cf. l'Epitaphe faite par la 6. Autant. Aussi. Comme avec un Fontaine pour lui-même, p. 364, verbe.
2. Si me faut- il. Pourtant il me 7. La duchesse Mazarin. faut.Cf.p. 73,n.l7,etp. 34,n. 1. «-f?!" amuse i>a ^«"^P^^f^f