‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 392 sur 511 · Aux Cicéron. Il s'agit d'clo- vorable · texte numérisé non relu

Aux Cicéron. Il s'agit d'clo- vorable

quence politique ou judiciaire. 8. L'ami de Virgile.

siècle-là des poètes comiques meilleurs que les nôtres, ils n'en ont pas eu un seul dont le nom ait mérité qu'on s'en souvînt, les Plante, les Cécilius et les Térence étant morts dans le siècle précédent. Je montrerais que, si, pour l'ode, nous n'avons point d'auteurs si parfaits qu'Horace, qui est leur seul poète lyrique, nous en avons néanmoins un assez grand nombre qui ne lui sont guère inférieurs en délicatesse de langue et en justesse d'expression, et dont tous les ouvrages mis ensemble ne feraient peut-être pas dans la balance un poids de mérite moins considérable que les cinq livres d'odes qui nous restent de ce grand poète. Je montrerais qu'il y a des genres de poésie où non seulement les Latins ne nous ont point surpassés, mais qu'ils n'ont même pas connus ; comme, par exemple, ces poèmes en prose que nous appelons Romans, et dont nous avons chez nous des modèles qu'on ne saurait trop estimer ^ à la morale près, qui y est fort vicieuse, et qui en rend la lecture dangereuse aux jeunes personnes. . .

Par tout ce que je viens de dire, vous voyez. Monsieur, qu'à proprement parler nous ne sommes point d'avis différent sur l'estime qu'on doit faire de notre nation et de notre siècle, mais que nous sommes différemment de même avis. Aussi n'est-ce point votre sentiment que j'ai attaqué dans vos Parallèles, mais la manière hautaine et méprisante dont votre abbé et votre chevalier - y traitent des écrivains pour qui, même en les blâmant, on ne saurait, à mon avis, marquer trop d'estime, de respect et d'admiration. 11 ne reste donc plus maintenant, pour assurer notre accord et pour étouffer en nous toute semence de dispute ^, que de nous guérir l'un et l'autre, vous, d'un penchant un peu trop fort à rabaisser les bons écrivains de l'antiquité, et moi, d'une inclination un peu trop violente à blâmer les méchants et même les médiocres auteurs de notre siècle. C'est à quoi nous devons sérieusement nous appliquer ; mais, quand nous n'en pourrions venir à bout, je vous réponds que, de mon

1. Cf. plus loin, p. 441 sqq, ce que 2. Ce sont, avec le président cité

Boileau dit de V Astrée. ]Mais, dans plus haut, les trois personnages

ce passage-ci, il fait sans doute mis en scène dans les Parallèles.

allusion aux romans de M^^^ de 3. Dispute. Discussion. Cf. p. 75,

La Fayette. n. 8.

côté, cela ne troublera point notre réconciliation, et que, pourvu que vous ne me forciez point à lire le Clovis i, ni la Pucelle, je vous laisserai tout à votre aise critiquer VIliade et V Enéide, me contentant de les admirer, sans vous demander pour elles cette espèce de culte tendant à l'adoration que vous vous plaignez en quelqu'un de vos poèmes qu'on veut exiger de vous, et que Stace semble en effet avoir eu pour V Enéide, quand il se dit à lui-même :

Xcc tu divinam .Encida tenta ; Sed longe sequere, et vestigia semper adora *.

Voilà, Monsieur, ce que je suis bien aise c^ue le public sache ; et c'est pour l'en instruire à fond que je me donne l'honneur de vous écrire aujourd'hui cette lettre, que j'aurai soin de faire imprimer dans la nouvelle édition qu'on fait en grand et en petit de mes ouvrages. J'aurais bien voulu pouvoir adoucir en cette nouvelle édition quelques railleries un peu fortes qui me sont échappées dans mes Bé flexions sur Longin ; mais il m'a paru que ce serait inutile à cause des deux éditions qui l'ont précédée, auxquelles on ne manquerait pas de recourir, aussi bien qu'aux fausses éditions qu'on en pourra faire dans les pays étrangers, où il va de l'apparence qu'on prendra soin de mettre les choses en l'état qu'elles ^ étaient d'abord. J'ai cru donc que le meilleur moyen d'en corriger la petite mahgnité *, c'était de vous marquer ici comme je viens de le faire, mes vrais sentiments pour vous . . .

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