RÉPONSE A U\E OBJECTION
Le Président. — Selon votre raisonnement, les hommes du neuvième et du dixième siècle auraient été plus habiles que tous ceux de l'antic^uité, quoique l'ignorance et la barbarie n'aient pas moins régné dans ces deux siècles que la science et la politesse ^ dans celui d'Auguste.
L'Abbé. — Il n'est pas malaisé de répondre à cette objection. Quand on dit que les derniers temps doivent l'emporter sur ceux qui les précèdent, cela se doit entendre quand d'ail-
1. Politesse. Culture de l'esprit et des mœurs. Cf. p. 104, n. 1.
leurs toutes choses sont pareilles ; car, lorsqu'il survient de longues et grandes guerres qui ravagent un pays, que les hommes sont obligés d'abandonner toutes sortes d'études pour se renfermer dans le soin pressant de défendre leur vie, lorsque ceux qui ont vu commencer la guerre sont morts et qu'il vient une nouvelle génération qui n'a été élevée que dans le maniement des armes, il n'est pas étrange que les arts et les sciences s'évanouissent pour un temps et qu'on voie régner en leur place ^ l'ignorance et la barbarie. On peut alors comparer les sciences et les arts à ces fleuves qui viennent à rencontrer un gouffre où ils s'abîment tout à coup, mais qui, après avoir coulé sous terre dans l'étendue de quelques provinces, trouvent enfin une ouverture, par où on les voit ressortir avec la même abondance qu'ils - y étaient entrés. Les ouvertures par où les sciences et les arts reviennent sur la terre sont les règnes heureux des grands monarques, qui, en rétablissant le calme et le repos dans leurs Etats, y font refleurir toutes les belles connaissances.
{Ihid., ihid.)