‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 443 sur 511 · Du monde. Des choses mon- 2. Figure. Vaine image · texte numérisé non relu

Du monde. Des choses mon- 2. Figure. Vaine image

daines. 3. Comme. En sa qualité de.

conturhaiur. Il se fatigue, il s'épuise pour amasser et pour thésauri-:er, mais son malheur est de ne savoir pas même pour qui il amasse ni qui profitera de ses travaux : si ce seront des enfants ou des étrangers ; si ce seront des héritiers reconnaissants ou des ingrats ; si ce seront des sages ou des dissipateurs : Thezaurizat, et ignorât cui congregahit ea. Ces sentiments, dont le Prophète était rempli et vivement touché, réprimaient en lui toutes les passions, et d'un roi assis sur le trône en ^ faisaient un exemple de modération.

C'est ce que nous éprouvons nous-mêmes tous les jours. Car, disons la vérité, Chrétiens : si nous ne devions point mourir, ou si nous pouvions nous affranchir de cette dure nécessité qui nous rend tributaires de la mort, quelque vaines que soient nos passions, nous n'en voudrions jamais reconnaître la vanité, jamais nous ne voudrions renoncer aux objets qui les flattent et qu'elles nous font tant rechercher. On aurait beau nous faire là-dessus de longs discours ; on aurait beau nous redire tout ce qu'on ont dit les philosophes ; on aurait beau y procéder par voie de raisonnement et de démonstration; nous prendrions tout cela pour des subtilités encore plus vaines que la vanité même dont il s'agirait de nous persuader. La foi avec tous ses motifs n'y ferait plus rien : dégagés que nous serions de ce souvenir de la mort, qui, comme un maître sévère, nous retient dans l'ordre, nous nous ferions un point de sagesse ^ de vivre au gré de nos désirs ; nous compterions pour réel et pour vrai tout ce que le monde a de faux et de brillant ; et notre raison, prenant parti contre nous-mêmes, commencerait à s'accorder et à être d'intelligence avec la passion.

Mais quand on nous dit qu'il faut mourir et quand nous nous le d'sons à nous-mêmes, ah ! Chrétiens, notre amourpropre, tout ingénieux qu'il est, n'a plus de quoi se défendre. Il se trouve désarmé par cette pensée; la raison prend l'empire sur lui, et il se soumet sans résistance au joug de la foi. Pourquoi cela ? parce qu'il ne peut plus désavouer sa propre faiblesse, que la vue de la mort non seulement

1. En. Explétif. Cf. p. 49, n. 7. 2. Un point de sagesse. Comme on

• — Sur en = de lui, cf. p. 30, n. 6. dit un point d'honneur.

lui découvre, mais lui fait sentir. Belle différence que saint Chrysostome a remarquée entre les autres pensées chrétiennes et celle de la mort. Car pourquoi, demande ce saint docteur, la pensée de la mort fait-elle sur nous une impression plus forte, et nous fait-elle mieux connaître la vanité des biens créés ^ que toutes les autres considérations? Appliquez- vous à ceci ^. Parce que toutes les autres considérations ne renferment tout au plus que des témoignages et des preuves de cette vanité, et que c'est la mort qui fait cette vanité ^. Il ne faut donc pas s'étonner que la mort ait une vertu sj^éciale pour nous détacher de tout. Et telle était l'excellente conclusion que tirait saint Paul pour porter les premiers fidèles à s'affranchir de la servitude de leurs passions et à vivre dans la pratique de ce saint et bienheureux dégagement * qu'il leur recommandait avec tant d'instance. Car le temps est court, leur disait-il : Tempus brève est. Et que s'ensuit-il de là ? que vous devez vous réjouir, comme ne vous réjouissant pas ; que vous devez posséder, comme ne possédant pas ; que vous devez user de ce monde, comme n'en usant pas. Quelle conséquence ! Elle est admirable, reprend saint Augustin ; parce qu'en effet se réjouir et devoir mourir, posséder et devoir mourir, être honoré et devoir mourir, c'est comme être honoré et ne l'être pas, comme posséder et ne posséder pas, comme se réjouir et ne se réjouir pas. Car ce terme, mourir, est un terme de privation et de destruction qui abolit tout, qui anéantit tout; qui, par une propriété tout opposée à celle de Dieu, nous fait paraître les choses qui sont comme si elles n'étaient pas ; au heu que Dieu, selon l'Ecriture, appelle celles qui ne sont pas comme si elles étaient.

Non seulement nos passions sont vaines ; mais, quoique vaines, elles sont insatiables et sans bornes. Car quel ambitieux, entêté ^ de sa fortune et des honneurs du monde, s'est jamais contenté de ce qu'O était? quel avare ^, dans la poursuite et dans la recherche des biens de la terre, a jamais

1. Des biens créés. Les biens de ce 3. Qui fait cette vanité. Qui rend monde. tout cela vain.

2. Appliquez-vous à ceci. Ecoutez 4. Dégagement. Détachement, avec attention. 5. Entêté. Cf. p. 297, n. 7.

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