‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 477 sur 511 · LETTRE A LOUIS :XIV · texte numérisé non relu

LETTRE A LOUIS :XIV

La personne, sire, cjui prend la liberté de vous écrire cette lettre n'a aucun intérêt en ce monde. Elle ne l'écrit ni par chagrin, ^ ni par ambition, ni par envie de se mêler des grandes affaires. Elle vous aime sans être connue de vous, et regarde

1. L'image de plomb de Notre- 4. L'authenticité de cette lettre» Dame de Cléry. si libre et parfois si vive, a longtemps

2. Un 1 morceau de la vraie croix » paru suspecte ; mais le manuscrit était conservé dans l'église collégiale autographe en lut découvert en 1825. de Saint-Lô, à Angers. Elle est sûrement postérieure à l'an-

3. Contentez-vous que je pouvais. née 1691. On ne sait si Fénelon la Construction vieillie ; contentez- remit ou la fit remettre au roi.

vous de ceci, que...,ensongeantàceci, 5. Chagrin. Mauvaise humeur,

que. dépit. Ci", p. 136, n. 4.

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Dieu en votre personne. Avec toute votre puissance, vous ne pouvez lui donner aucun bien qu'elle désire, et il n'y a aucun mal qu'elle ne souffrît ^ de bon cœur pour vous faire connaître les vérités nécessaires à votre salut. Si elle vous parle fortement, n'en soyez pas étonné, c'est que la vérité est libre et forte . . .

Vous êtes né, sire, avec un cœur droit et équitable ; mais ceux c|ui vous ont élevé ne vous ont dorme pour science de gouverner que la défiance, la jalousie, l'éloignement de la vertu, la crainte de tout mérite éclatant, le goût des hommes souples et rampants, la hauteur et l'attention à votre seul intérêt.

Depuis environ trente ans, vos principaux ministres ont ébranlé et renversé toutes les anciennes maximes de l'Etat pour faire monter juscju'au comble votre autorité, qui était devenue le but parce qu'elle était dans leurs mains. On n'a plus parlé de l'Etat ni des règles, on n'a parlé que du roi et de son bon plaisir. On a poussé vos revenus et vos dépenses à l'infini.On vous a élevé jusqu'au ciel pour avoir effacé -, disait-on, la grandeur de vos prédécesseurs ensemble, c'est-à-dire pour avoir appauvri la France entière afin d'introduire à la cour un luxe monstrueux et incurable. Ils ont voulu vous élever sur les ruines de toutes les conditions de l'Etat, comme si vous pouviez être grand en ruinant tous vos sujets sur qui votre grandeur est fondée. . .

On fit entreprendre à Votre Majesté, en 1672, la guerre de Hollande pour votre gloire et pour punir les Hollandais, qui avaient fait quelque raillerie dans le chagrin ^ où on les avait mis en troublant les règles du commerce établies par le cardinal de Richelieu. Je cite en particuHer cette guerre, parce qu'elle a été la source de toutes les autres. Elle n'a eu pour fondement qu'un motif de vengeance, ce qui ne peut jamais rendre une guerre juste ; d'où il s'ensuit que toutes les frontières que vous avez étendues par cette guerre sont injustement acquises dans l'origine. Il est vrai, sire, que les traités de paix subséquents semblent couvrir et réparer cette injustice,

1. Souffrit. Subjonctif condition- vous aviez efïacé'. Cf. p. 51, n. 1. nel. Cf. p. 54, n. 5. 3. Chagrin. Mécontentement. Cf.

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