‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 479 sur 511 · CependanL Pendant ce temps. Cf. p. 25, n · texte numérisé non relu

CependanL Pendant ce temps. Cf. p. 25, n

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et épuisés. La noblesse, dont tout le bien est en décret ^ ne vit que de lettres d'Etat -. Vous êtes importuné de la foule des gens qui demandent et qui murmurent. C'est vous-même, sire, qui vous êtes attiré tous ces embarras ; car, tout le royaume ayant été ruiné, vous avez tout entre vos mains, et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un roi qu'on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple, et c{ui le serait en effet si les conseils flatteurs ne l'avaient point empoisonné...

Il faudrait aller au-devant de la vérité, puisque vous êtes roi, presser les gens devons la dire sans adoucissement, et encourager ceux qui sont trop timides. Tout au contraire, vous ne chercliez qu'à ne point approfondir Mais Dieu saura bien enfin lever le voile qui vous couvre les yeux, et vous montrer ce que vous évitez de voir. Il y a longtemps qu'il tient son bras levé sur vous ; mais il est lent à vous frapper, parce qu'il a pitié d'un prince qui a été toute sa vie obsédé de flatteurs, et parce que d'ailleurs vos ennemis sont aussi les siens. Mais il saura bien séparer sa cause juste d'avec la vôtre, qui ne l'est pas, et vous humilier pour vous convertir ; car vous ne serez chrétien que dans l'humiliation. Vous n'aimez point Dieu ; vous ne le craignez même que d'une crainte d'esclave ; c'est l'enfer, et non pas Dieu, que vous craignez. Vous n'aimez que votre gloire et votre commodité. Vous rapportez tout à vous comme si vous étiez le Dieu de la terre, et que tout le reste n'eût été créé que pour vous être sacrifié. C'est au contraire vous que Dieu n'a mis au monde que pour votre peuple.

L'HISTORIEX DOIT « DISTIXGUER »

Le point le plus nécessaire et le plus rare pour un historien est qu'il sache exactement la forme du gouvernement et le détail des mœurs de la nation dont il écrit l'histoire pour chaque siècle. Un peintr ■ qui ignore ce qu'on nomme

1. En décret. Dans cette locution. 2. Lettres d'Etat. Lettres en faveur

un décret est une sentence en vertu de personnes au service de l'Etat ;

de laquelle des biens doivent être ces lettres suspendaient les procé-

saisis. dures civiles.

il costume ^ ne peint rien avec vérité. Les peintres de l'école lombarde, qui ont d'ailleurs si naïvement - représenté la nature, ont manqué de science en ce point : ils ont peint le grand prêtre des Juifs comme un pape, et les Grecs de l'antiquité comme les hommes qu'ils voj^aient en Lombardie. Il n'y aurait néanmoins rien de plus faux et de plus choquant que de peindre des Français du temps de Henri II avec des perruques et des cravates, ou de peindre les Français de notre temps avec des barbes et des fraises ^. Chaque nation a ses mœurs, très différentes de celles des peuples voisins. Chaque peuple change souvent pour ses propres mœurs. Les Perses, pendant l'enfance de Cyrus, étaient aussi simples que les Mèdes, leurs voisins, étaient mous et fastueux. Les Perses prirent dans la suite cette mollesse et cette vanité. Un historien montrerait une ignorance grossière s'il représentait les repas de Curius ou de Fabricius * comme ceux de Lucullus ou d'Apicius ^. On rirait d'un historien qui parlerait de la magnificence de la cour des rois de Lacédémone ou de celle de Numa...

Xotre nation ne doit point être peinte d'une façon uniforme : elle a eu des changements continuels. L^n historien qui représentera Clovis environné d'une cour polie, galante et magnifique, aura beau être vrai dans les faits particuliers, il sera faux pour le fait principal des mœurs de toute la nation. Les Francs n'étaient alors qu'une troupe errante et farouche, presque sans lois et sans police ^, qui ne faisait que des ravages et des invasions : il ne faut pas confondre les Gaulois polis par les Romains avec ces Francs si barbares. Il faut laisser voir un rayon de politesse " naissante sous l'empire de Charlemagne ; mais elle ^ doit s'évanouir d'abord ^. La prompte chute de sa maison replongea l'Europe dans une affreuse barbarie. Saint Louis fut un prodige de raison et de vertu dans un siècle de fer. A peine sor-

1. Il cosiiime. Mots italiens. Ce 6. Police. Administration réguque nous appelons la couleur locale. lière.

2. yiaïrement. Avec naturel. 7. Politesse. Culture intellectuelle

3. Fraises. Sorte de collerettes. et morale. Cf. p. 10-1, n. 1.

et. p. 63, n. 8. 8. Elle. Substitut de politesse,

4. Romains de l'ancienne Repu- quoique le mot ne soit pas déterminé, blique. Cf. p. 83, n. 8.

5. Célèbres l'un et l'autre pour leur 9. D'abord. Tout d'abord. Cf. p. luxe. 130, n. 1.

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tons-nous de cette longue nuit. La résurrection des lettres et des arts a commencé en Italie, et a passé en France fort tard. La mauvaise subtilité du bel esprit en a retardé le progrès.

Les changements dans la forme du gouvernement d'un peuple doivent être observés de près. Par exemple, il y avait d'abord chez nous des terres saliques ', distinguées des autres terres et destinées aux militaires de la nation. Il ne faut jamais confondre les comtés bénéficiaires du temps de Charlemagne, qui n'étaient que des emplois personnels, avec les comtés héréditaires, qui devinrent sous ses successeurs des établissements de famille. Il faut distinguer les parlements de la seconde race, qui étaient les assemblées de la nation, d'avec les divers parlements établis par les rois de la troisième race dans les provinces pour juger les procès des particuliers. Il faut connaître l'origine des fiefs, le service des feudataires, l'affranchissement des serfs, l'accroissement des communautés ^, l'élévation du tiers état, l'introduction des clercs praticiens ^ pour être les conseillers des nobles, peu instruits des lois, et l'étabKssement des troupes à la solde du roi pour éviter les surprises des Anglais étabhs au milieu du royaume. Les mœurs et l'état de tout le corps de la nation ont changé d'âge en âge. Sans remonter plus haut, le changement des mœurs est presque incroyable depuis le règne de Henri IV. Il est cent fois plus important d'observer ces changements de la nation entière, que de rapporter simplement des faits particuliers.

{Lettre à V Académie, chap. VIII).

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