LEÇON DE VILLEROY A LOUIS XV
Il y a tous les ans ce jour-là ^ un concert le soir dans le jardin -. Le maréchal de Villeroy ^ prit soin que ce concert devînt un manière de fête, à laquelle il fit ajouter un feu d'artifice. Il n'en faut pas tant pour attirer la foule ; elle fut telle, qu'une épingle ne serait pas tombée à terre dans tout le parterre. Les fenêtres des Tuileries étaient parées et remplies, et tous les toits du Carrousel pleins de tout ce qui put y tenir; ainsi que la place. Le maréchal de Villeroy se baignait dans cette affluence qui importunait le roi, qui se cachait dans les coins à tout moment ; le maréchal l'en tirait par le bras et le menait tantôt aux fenêtres d'où il voyait la cour et la place du Carrousel toute pleine et tous les toits jonchés de monde, tantôt à celles qui donnaient sur le jardin et sur cette innombrable foule qui attendait la fête. Tout cela criait vive h roi ! à mesure qu'il en ^ était aperçu ; et le maréchal retenant le roi qui se voulait toujours aller cacher : « Voyez donc, mon maître ; tout ce monde et tout ce peuple, tout cela est à vous, tout cela vous appartient, vous en êtes le maître; regardez-les donc un peu pour les contenter, car ils sont tous à vous; vous êtes maître de tout cela. » Belle leçon pour un gouverneur, qu'il ne se lassait point de lui inculquer à chaque fois qu'il le menait aux fenêtres, tant il avait peur qu'il l'oubliât ! Aussi l'a-t-il très pleinement retenue. Je ne sais s'il en a reçu d'autres de ceux qui ont eu la charge de son éducation. Enfin le maréchal le mena sur la terrasse, où. dessous - un dais, il entendit la fin du concert et vit après le feu d'artifice. La leçon du maréchal de Villeroy, si souvent et si publiquement répétée, fit grand bruit et à lui peu d'honneur.