‹ Le 19 janvier. Compte-rendu aux électeurs de la 3e circonscription de la SeineChapitre 3 sur 17 · I.E SERMENT t CE QV*1L SIGNIFIE; A QUOI IL ENGAGE. — (^UC le · texte numérisé non relu

I.E SERMENT t CE QV*1L SIGNIFIE; A QUOI IL ENGAGE. — (^UC le

parjure n'est pas une vertu démocratique. — Pourquoi les abstentionnistes refusent le serment. — La fidélité à la république. — Le coup d'État. — Réponses. — Raisons qui m'ont déterminé à prêter le serment. — Des résistances et des révolutions. — Moyens d'empêcher des révolutions nouvelles. — Lamartine, Mirabeau, Benjamin Constant. — Des oppositions constitutionnelles. — La correspondance avec mon père. — II donne son approbation à mes vues. Je prête serment. — Ma seconde trahison,.

Les démocrates sont divisés sur le serment. Tandis que les uns pensent qu'il faut le prêterj, d'autres soutiennent qu'il faut le refuser. Pourquoi ce dissentiment? Tient-il à une hostilité de doctrine contre le serment lui-m3me, quel que soit son objet, ou tout au moins quand son objet est politique? Quoique le parti démocratique paraisse, en général, contraire à Tinstitution d^ serment, ce n'est pas de ce point de vue accept:*

ou repoussé que résulte le désaccord. Il naît de la nature des obligations évidentes que le serment impose. Dès qu'on a levé la main, prononcé ces mots : Je jure obéissance à la constitution et fidélité à V Empereur, on a personnellement ratifié la sentence d'absolution prononcée par le peuple, les 20 et 21 décembre i85i, au profit du 2 décembre. Si on n'a pas aliéné le droit inaliénable de raconter le coup d'Etat, de le discuter, de le juger en historien ou en philosophe, on a renoncé à l'invoquer en homme politique contre le gouvernement qui en est issu; on s'est même engagé à considérer ce gouvernement comme régulier et légitime : ce qui exclut et la sédition, dont beaucoup ne demandent pas mieux que d'être dispensés, et, ce qui nous plaît davantage en France, la discussion révolutionnaire; ce qui interdit l'emploi du dénigrement systématique aussi bien que celui de la violence.

Il n'est qu'un moyen de décliner cette conséquence, c'est de poser en thèse que le serment ne lie pas, et que le parjure est une vertu démocratique. Quelques-uns l'ont insinué, d'autres ont agi comme s'ils le pensaient, personne n'a eu l'audace de le soutenir. Machiavel a paru ('oser dans son chapitre XVIII du Prince [sur la manière dont les princes doivent observer la foi) ; mais ce chapitre contient moins un conseil que Tanalyse ironique d'une réalité. En effet,

après avoir affirmé que les princes ne doivent pas se considérer comme liés par leur parole, récrivain dit aussitôt : « Il y a deux manières de combattre : Tune avec la loi, l'autre avec la force; Tune est propre aux hommes, l'autre aux bêtes. » Plus loin, il ajoute : « qu'un parjure ne réussit que si on prend soin de le dissimuler {bisogna essere gransimulaiore e dissimiilatoré)^ et que celui qui se propose de tromper, doit paraître^ à le voir et à l'entendre, tout plein de piété, de foi, d'intégrité, d'humanité, de religion. » Une doctrine qui abaisse au niveau de la bête, et qui ne peut s'avouer, est jugée en ellemême au point de vue moral. Elle ne l'est pas moins si l'on considère ses résultats. Toute nation chez laquelle elle prévaut est perdue. La foi publique n'est pas détruite sans que la foi privée ne soit atteinte. Quelle considération aura-t-on pour la loi, si le législateur qui l'établit n'a aucun respect pour sa parole ? Que deviendra la force des contrats, si s'engager n'est plus qu'un jeu, lorsqu'il s'agit des plus graves intérêts? Comment, après avoir célébré les hommes politiques qui ont été infidèles à des engageoients solennels pendant une longue existence, oserait-on blâmer la femme adultère qui a manqué à sa promesse d'être fidèle, ou le faux témoin qui n'a pas tenu compte de l'obligation de ne dire que la vérité? Sans doute, Machiavel avait raison, lorsque résumant les observations

qu'il avait recueillies sur ses contemporains, il affirmait que les princes loyaux n'avaient pas obtenu les sourires de la fortune, et que le succès avait, dans son siècle, appartenu à ceux qui avaient le mieux imité la ruse du renard. S'il avait vécu plus longtemps, il aurait complété son observation en ajoutant que ce succès n'avait été que d'un jour, que pour l'avoir toléré même pendant ce jour, l'Italie dégradée était tombée dans la longue décadence dont elle se relève à peine. Le regard perçant de Montesquieu ne s'y est pas trompé; au premier rang parmi les causes de la décadence romaine, le grand penseur signale le mépris dans lequel le serment était tombé : € Polybe nous dit que de son temps, les serments ne pouvaient donner de la confiance pour un Grec; au lieu qu'un Romain en était, pour ainsi dire, enchaîné. Ilyaun fait dans les lettres de Gicéron à Atticus, qui nous montre combien les Romains avaient changé à cet égard, depuis le temps de Polybe (i). » Montesquieu aurait pu dire aussi que Gicéron lui-même se montra quelquefois três-relàché. Dans son traité des Devoirs^ quoiqu'il ait établi que la bonne foi est le fondement de la justice (2), il décide qu'on peut se refusera la restitution d'une somme d'argent qui a été confiée, si celui 'qui la réclame

(i) De la Grandeur et de la Décadence des Romai?îs, ch. X. (2) De Officiis, î, 7.

veut s'en servir pour engager la guerre civile (i). Qu'on ne me réponde pas que ceux qui réclament le respect de la foi jurée, ne Font pas respectée eux-mêmes. Depuis quand donc le de" voir n'est-il qu'une affaire de réciprocité ? De^ puis quand donc l'indignité des autres excuset-elle notre propre indignité ? Quel: est l'homme d'honneur qui se croira autorisé à mentir parce qu'on a employé le mensonge contre lui, à tuer parce qu'on aura voulu le tuer ? La loi même du talion, quelque barbare qu'elle soit, ne va pas jusque-là. Quand on applique à un coupable, pour le punir, le traitement qu'il a infligé à un autre, on n'atteint que lui; tandis que commettre le mal parce qu'un autre l'a commis, c'est s'atteindre soi-même en s'avilissant, et atteindre les autres en les pervertissant par un mauvais exemple. Vous vous révoltez lorsqu'un despote, invoquant les excès de quelques-uns, attente à la liberté de tous; et parce que quelqu'un aura failli, vous vous croirez autorisé à ériger ce manquement particulier en loi générale? Contre cette aberration, je n'invoque pas les préceptes évangéliques, puisque ceux qui les enseignent demeurent d'accord qu'un politique n'en doit tenir nul compte; j'invoque le bon sens du genre humain et la pudeur de toute con*science que la passion n'a pas pervertie.

il) De Officiis, III, a5.

On assure que le parti abstentionniste se prépare, après avoir organisé l'agitation contre le coup d'Etat, à prêter serment ; puis, agissant comme si ce serment n'avait pas été prêté, à commencer une agitation nouvelle. Tel est, à ce qu'il paraît, le secret contenu dans et mot qu'on ressuscite depuis quelque temps, la démocratie radicale. En elles-mêmes, ces expressions n'ont aucun sens. Radical et absolu, c'est la même chose *, et il serait assez plaisant de voir les hommes qui, ennemis de toute métaphysique et de toute religion, nient l'absolu et le radical dans le domaine théologique ou philosophique, voulant nous l'imposer dans la politique^ qui toujours a été considérée, même par les théologiens et les philosophes, comme la science du relatif. Dès qu'il est entendu que le mot de démocratie radicale est le signe de ralliement de ceux qui veulent prêter le serment pour le violer, je le comprends, mais je le réprouve. Je me refuse même à croire qu'un tel parti s'organise -, je n'admets pas qu'après quinze ans de loyauté, la démocratie abstentionniste veuille se déshonorer. Nous ne prêtons pas le serment, a-t-elle dit jusqu'à ce jour, parce que si nous le prêtions nous voudrions le tenir, et c'est à quoi notre conscience ne peut se décider. Ainsi a pensé François Arago, lorsque s'exposant à être chassé, dans ses dernières années, de cet Observatoire qu'il avait créé et illustré, il disait : « Un

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