È. ROUHER
Qui avait suggéré cette lettre à M. Rouher? L'Empereur lui-même. M. Rouher lui ayant demandé quelles dispositions il entendait insérer dans les lois annoncées par sa lettre du 19 janvier, l'Empereur lui aurait répondu : « Causez-en avec M. Ollivier; entre gens du métier vous vous entendrez de suite. » — J'accueillis cette ouverture conformément à mes déclarations antérieures et je répondis aussitôt : « Je suis disposé à vous aider de tout mon pouvoir dans la réalisation et dans la défense des mesures libérales que vient de prendre l'Empereur. Aussi est-ce avec la plus réelle sympathie que j'accueille votre communication et avec la plus franche loyauté que je me mets à votre disposition. Je viendrai au ministère d'Etat demain à 4 heures. Si, à partir de ce moment, une autre heure vous agréait mieux, ayez la bonté de me le faire savoir. Croyez à mes sentiments les plus cordiaux. »
Le 2 3, j'étais au ministère d'État. Quoique
j'aie écrit cette conversation au moment même, je n'en rapporterai que ce qui est indispensable à ma* défense. M. Rouher m'accueillit par ces paroles : « L'Empereur m'a chargé de causer avec vous des lois sur la presse et sur le droit de réunion. » — Je suis prêt à causer avec vous, répondis-je à M. Rouher; toutefois, au préalable, pour que ma situation à votre égard soit nette, je désire que vous sachiez : en premier lieu, que si j'avais voulu être ministre je le serais; en second lieu, que loin de profiter de mon entrevue avec l'Empereur pour vous attaquer, je lui ai offert de vous soutenir. Si vous doutez de ces faits, interrogez l'Empereur. Permettez-moi d'ajouter, en troisième lieu, qu'il n'est pas exact, ainsi qu'on vous l'a affirmé, que mon unique désir soit de vous remplacer ; pas un seul de mes cheveux n'y pense : si on vous rapportait de moi un propos ou une démarche qui parût contredire mes déclarations actuelles, je vous prie de m'interpeller formellement. Du reste, pour vous prouver mes dispositions, je vous enverrai, pour que vous vous en serviez, mes notes importantes sur la presse. — Je terminai en l'engageant à exécuter avec largeur le programme nouveau. — M. Rouher ne répondit qu'à la dernière partie de mes paroles, en disant : Je suis de votre avis, il ne faut pas ruser avec l'opinion, il faut toujours tenir plus
qu'on ne promet. — Nous caus^imes ensuite des lois et de la situation nouvelles.
Bien que je me croie dispensé de prouver ce que j'affirme, je dirai cependant que si la preuve de ce que je viens de raconter était nécessaire, elle se trouverait dans une seconde lettre que M. Rouher m'écrivit le 27 janvier, et dont voici le texte :
« Paris le 27 janvier 1867.
« Mon cher député, je vous remercie de la communication que vous m'avez faite, j'ai lu ces notes avec grand intérêt.
« Je n'ai eu qu'à me louer de la franchise qui a présidé à notre entretien et je n'attacherai aucune importance à des insinuations qui chercheraient à dénaturer vos intentions.
<c Au fond, croyez que je cherche à assurer au programme de l'Empereur l'exécution la plus sincère et la plus loyale ^ toute autre solution serait sans valeur.
« Recevez, mon cher monsieur OUivier, l'assurance de mes sentiments affectueux.
« E. Rocher. »
Malgré ce qui me reste à raconter je demeure convaincu que les avances de M. Rouher ont été sincères. Au premier moment il avait com-