C.f. dans Marion Delorme, les vers de Didier
Ai-je droit d'accepter ce don de -son amour Kt de mêler ma brume et ma nuit A son jour ?
(Acte I, scène m.)
2. Petite ville de la Vieille Qis- Madrid, une dans celle de Jaen, etja tille. troisième près de Sèville. f
3. Il y a en Iv>pagne trois villes 4. V choisir ou du sang oulites de ce nom, une dans la province de pleurs. Y faire choix entre l'un et
l'autre.
iU LE XIXe SIÈCLE PAR LES TEXTES
Epouse le vieillard, te dis-je, il te mérite !
Eh ! qui jamais croira que ma tête proscrite
Aille avec ton front pur ? qui, nous voyant tous deux,
Toi, calme et belle, moi, violent, hasardeux,
Toi, paisible et croissant comme une fleur à l'ombre,
Moi, heurté dans l'orage à des écueils sans nombre.
Qui dira que nos sorts suivent la même loi ?
Non, Dieu qui fait tout bien ne te fit pas pour moi.
Je n'ai nul droit d'en haut sur toi, je me résigne !
J'ai ton cœur, c'est un vol ! je le rends au plus digne.
Jamais à nos amours le Ciel n'a consenti.
Si j'ai dit que c'était ton destin, j'ai menti !
D'ailleurs, vengeance \ amour, adieu ! mon jour s'achève,
Je m'en vais, inutile, avec mon double rêve.
Honteux de n'avoir pu ni punir, ni charmer ^,
Qu'on m'ait fait pour haïr, moi qui n'ai su qu'aimer !
Pardonne-moi, fuis-moi ! ce sont mes deux prières.
Ne les rejette pas, car se sont les dernières !
Tu vis, et je suis mort. Je ne vois pas pourquoi
Tu te ferais murer dans ma tombe avec moi !
DONA SOL
Ingrat !
HERNANI
Monts d'Aragon ! Galice ! Estramadoure ! Oh ! je porte malheur à tout ce qui m'entoure ! — J'ai pris vos meilleurs fils ; pour mes droits, sans remords, Je les ai fait combattre, et voilà qu'ils sont morts. C'étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne ! Ils sont morts ! Ils sont tous tombés dans la montagne, Tous sur le dos couchés, en braves, devant Dieu, Et, si leurs yeux s'ouvraient, ils verraient le ciel bleu ! Voilà ce que je fais de tout ce qui m'épouse ^ ! Est-ce une destinée à te rendre jalouse ?
1. Le bandit Hernani est en a été envoyé à i'échataud par celui réalité don Juan d'Aragon; son père de don Carlos. Cf. acte l, scène iv ;
Un poignard à la main, l'œil fixé sur ta trace, Je vais ! Ma race en moi poursuit en toi ta race!
2. Hernani a su charmer. Mais il 3. M'épouse. Ce mot qu'Herest maintenant dans un accès de nani emploi dans le sens figuré, sombre exaltation, et dona Sol va s'applique dans le sens propre à dofia lui reprocher justement son ingra- Sol.
lUude.
VICTOK HUGO Uj
I)(tna Sol, j)ronds le duc, prends l'enfer, prends le roi !
C'est bien. Tout ce qui n'est pas moi, vaut mieux que moi !
Je n'ai plus un ami qui de moi se souvienne,
Tout me quitte ; il est temps qu'à la fin ton tour vienne,
Car je dois être seul. Fuis ma contagion.
Ne te fais pas d'aimer une religion !
Oh ! par pitié pour toi, fuis ! — Tu me crois peut-être
Un homme comme sont tous les autres, un être
Intelligent, qui court droit au but qu'il rêva.
Détrompe-toi. Je suis une force qui va !
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? je ne sais K Mais je me sens poussé
D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.
Je descends, je descends, et jamais ne m'arrête.
Si parfois, haletant, j'ose tourner la tête,
Vue voix me dit : « Marche ! » et l'abîme est profond.
Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond !
Ce|>endant, à l'entour de ma course farouche.
Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche !
Oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal.
Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal ^ !
DONA SOL
Grand Dieu !
HERNANI
C'est un démon ^ redoutable, te dis-je, Que le mien. Mon bonheur, voilà le seul prodige Qui lui soit impossible. Et toi, c'est le bonheur î Tu n'es donc pas pour moi ! cherche un autre seigneur !