Chef du parti révolutionnaire ù Lyon
salpêtre \ écoles primaires, écoles normales, école centrale, d'où sortira l'école polytechnique, liberté des cultes, Lyon remplacé par Commune- Affranchie, Toulon par Port-de-la- Montagne, savants en réquisition pour les calculs sur la théorie des projectiles. Musée, Muséum d'Histoire naturelle, victoire de Hondschoote, victoire de Wattignies, remportée en personne par Carnot, victoire de Savenay, liberté des nègres, nouveau maximum -, nouvelle ère universelle, tout sort à la fois de la tête de la Convention, par une explosion de la nature, sous les coups redoublés de la nécessité.
A quoi comparerai-je cette création furieuse et calculée où tous les contrastes se réunissent ? Y a-t-il dans la nature un objet qui y ressemble ? On dit qu'Eschyle avait fait une trajédie d'Etna. Je m'imagine qu'on entendait au faîte le travail régulier des cyclopes qui forgeaient avec un bruit d'airain, sous leurs marteaux innombrables, les armes, les glaives, les flèches, les boucliers des dieux. On devait aussi y surprendre la longue respiration haletante, immense, entrecoupée, du géant Encelade ^, qui s'exhalait à travers les gorges embrasées de la montagne. Sur les flancs croissaient de vastes forêts de chênes ; au sommet la neig? , au pied les oliviers. Des enfants jouaient sur les genoux du Cyclope, à l'extrémité du promontoire. Le roi des morts, Pluton, apparaissait échevelé, sur son char d'ébène, dans les gouffres ouverts. Il remplissait les champs de terreur. Tout tremblait au loin, les villes, les tours, les peuples, les rois, les hommes, les dieux. Mais qu'est-ce que cette image en comparaison de la terreur attachée à la Convention aux sept cents têtes ? La nature est ici dépassée de beaucoup par les hommes.
{La Révolution; Hachette etC®, éditeurs.)
1. Pour servir à la fabrication de 3. Un des géants qui firent la la poudre. guerre aux dieux ; il fut emprisonné
2. Relatif aux marchandises de par Jupiter sous l'Etna, première nécessité.
LACORDAiRE
L'AMOUR DIVIX
Poursuivant l'amour toute notre vie, nous ne l'obtenons jamais que d'une manière imparfaite, qui fait saigner notre cœur. Et l'eussions-nous obtenu vivants, que nous en restera-t-il après la mort ? Je le veux : une prière amie nous suit au delà de ce monde ; un souvenir pieux prononce encore notre nom ; mais bientôt le ciel et la terre ont fait un pas, l'oubli descend, le silence nous couvre ; aucun rivage n'envoie plus sur notre tombe la brise éthérée de l'amour. C'est fini, c'est à jamais fini, et telle est l'histoire de l'homme dans l'amour.
Je me trompe, Messieurs, il y a un homme dont l'amour garde la tombe ; il y a un homme dont le sépulcre n'est pas seulement glorieux, comme l'a dit un prophète, mais dont le sépulcre est aimé. Il y a un homme dont la cendre, après dix-huit siècles, n'est pas refroidie ; qui, chaque jour, renaît dans la j)ensée d'une nmltitude innombrable d'hommes ; qui est visité dans son berceau par les bergers et par les rois, lui aj)portaiit à l'envi et l'or, et l'enceas, et la myrrhe. Il y a un homme dont une portion considérable de l'humanité reprend les pas sans se lasser jamais, et qui, tout disparu qu'il est, se voit suivi par cette foule dans tous les lieux de son antique pèlerinage, sur les genoux de sa mère, au bord des lacs, au bord des montagnes, dans les sentiers des vallées, sous l'ombre des oliviers, dans le secret des déserts. Il y a un homme mort et enseveli, dont on épie le sommeil et le réveil ; dont chaque mot qu'il a dit, vibre encore, et produit plus que l'amour, produit des vertus fructifiant dans l'amom*. Il y a un homme attaché depuis des siècles à un gibet, et cet homme, des milliers d'adorateurs le détachent chaque jour du trône de son supplice, se mettent à genoux devant lui, se prosternant au plus bas qu'ils peuvent, sans en rougir, et là, par terre, lui baisent avec une indicible
ardeur les pieds sanglants. Il y a un homme flagellé, tué, crucifié, qu'une inénarrable passion ressuscite de la mort et de l'infamie pour le placer dans la gloire d'un amour qui ne défaille jamais, qui trouve en lui l'honneur, la paix, la joie et jusqu'à l'extase. Il y a un homme poursuivi dans son supplice et sa tombe par une inextinguible haine, et qui, demandant des apôtres et des martyrs à toute postérité qui se lève, trouve des apôtres et des martyrs au seuil de toutes les générations. Il y a un homme enfin, et le seul, qui a fondé son amour sur la terre, et cet homme, c'est vous, ô Jésus ; vous qui avez bien voulu me baptiser, m' oindre, me sacrer dans votre amour, et dont le nom seul, en ce moment, ouvre mes entrailles et en arrache cet accent qui me trouble moi-même et que je ne me connaissais pas !
{XXXIX^ Conférence ; Poussielgue frères, éditeurs.)