LACORDAIRE
nous ne laisserons approcher de vous, dans cette heure sacrée, que les pauvres qui survivent à vos bienfaits, et que nous-mêmes qui survivons aux leçons de votre vie.
Puissent ces leçons nous servir ! Puisse notre génération, incertaine encore dans ses voies, apprendre de vous la simplicité, la pauvreté, le désintéressement ! Puisse-t-elle, sur vos traces, demander très peu au monde pour son bonheur, et beaucoup à Dieu ! Et vous qui avez nourri ce grand homme, vieille terre de France et de Lorraine ^, conservez-en avec respect tout ce que l'éternité n'a pu vous ravir encore, jusqu'au jour ^ où votre poudre, sanctifiée par la sienne, entendra la voix de Dieu, et où le général Drouot nous apparaîtra tel que nous le connûmes, soldat sans tache, capitaine habile et intrépide, ami fidèle de son prince, serviteur ardent et désintéressé de la patrie, solitaire stoïque, chrétien sincère, humble, chaste, aimant les pauvres jusqu'à se faire pauvre lui-même ; l'homme enfin le plus rare, sinon le plus accompli, que le dixneuvième siècle ait présenté au monde dans la première moitié de son âge et de sa vocation.
{Eloge junèhre du général Drouot : Poussielgue frères, éditeurs.)