LA BOURGEOISIE
... Je sers de tout mon pouvoir la prépondérance politique des classes moyennes en France, l'organisation définitive et régulière de cette grande victoire qu'elles ont remportée sur le privilège et sur le pouvoir absolu de 1789 à 1830. Voilà le but vers lequel je marche aujourd'hui.
Mais je veux que cette prépondérance soit stable et honorable, et pour cela il faut que les classes moyennes ne soient ni violentes et anarchiques, ni envieuses et subalternes ^.
On parle beaucoup depuis quelque temps de bourgeoisie, de démocratie, de France nouvelle... On s'en fait, à mon avis, une fausse idée. Ne croyez pas que la classe moyenne actuelle ressemble à la bourgeoisie du moyen âge, à cette bourgeoisie récemment affranchie, qui doutait, et doutait avec raison, de sa dignité comme de sa force, étroite, envieuse, inquiète, tracassière, voulant tout abaisser à son niveau. La France nouvelle, la démocratie nouvelle a la pensée plus haute et le cœur plus fier ; elle se confie en elle-même, elle ne doute point de sa destinée et de ses droits ; elle n'est jalouse de personne, elle ne conteste à personne sa place dans l'organisation sociale, bien sûre qu'on ne viendra pas lui disputer la sienne. C'est lui faire injure et dommage que de lui supposer et de travailler à lui rendre les inquiétudes, les jalousies, les susceptibilités, les ombrages qui la travaillaient autrefois. Quiconque l'honore et veut la servir véritablement doit au contraire travailler sans cesse à lui élever le cœur, à lui inspirer confiance en elle-même, à l'affranchir de toutes les jalousies, à lui persuader qu'elle ouvre sans cesse ses rangs, qu'elle se montre prête à accueillir toutes les supériorités, quels que soient leur nom et leur caractère ; qu'en dehors