LA CONQUETE DE L'ALGERIE
... Il faut voir, messieurs, comment nous nous trouvons à Alger. Certainement, si aujourd'hui Alger était à conquérir, si c'était un caprice français, si Ton nous disait aujourd'hui : Armez vos vaisseaux, embarquez vos soldats pour aller conquérir l'Afrique, oh ! je ne le conseillerais pas à la France ; car je crois qu'il serait peut-être plus utile d'achever beaucoup d'améliorations intérieures que d'aller porter nos armes au loin. Mais enfin nous y sommes ; et pourquoi y sommes-nous ?
Lorsque l'expédition d'Alger fut résolue sous la Restauration, je fus du nombre de ceux qui la blâmèrent, et je crois que je rendrai le véritable sentiment de la France à cette époque, lorsque je dirai que tout le monde y vit avec effroi l'intention d'aller y forger des armes pour les reporter sur le continent français et attenter à nos institutions. Voilà le sentiment qui nous animait tous alors contre l'expédition d'Alger.
Je le dois dire, pour mon compte, je blâmai l'expédition d'Alger ; je l'attaquai avec force, et cependant, lorsque j'appris que ce merveilleux débarquement opéré par un illustre amiral que nous avons l'honneur de compter parmi nos collègues, M. l'amiral Duperré, avait porté notre armée sur ces côtes ; que, sous un général dont le nom ne rapi^elle pour nous que de malheureux souvenirs *, l'expédition avait réussi et que notre armée avait promptement vengé l'insulte faite à la France '', je fus saisi d'une joie involontaire. Moi, l'ennemi déclaré de ce gouvernement, je m'associai à son triomphe avec une joie entière, et j'applaudis au résultat, quoique j'eusse blâmé l'entreprise.
Messieurs, les sentiments que j'éprouvai étaient ceux de toute la France et le sont encore. Il y a un instinct profond que je défie les ennemis les plus acharnés de l'occupation de