BourmoaL 2. Notre consul avait été frappé
au visage par le dey d'Alger.
venir braver à la tribune ; je les défie de venir dire : « Abandonnez Alger ! » et, s'ils étaient ministres, d'oser signer l'abandon de cette occupation. Or, s'il y a un sentiment invincible qui nous attache à Alger, c'est que ce sentiment a des causes réelles profondes ; ce n'est pas un préjugé national, c'est quelque chose de vrai, c'est un instinct plus éclairé.
Messieurs, il y a une première réflexion à faire. Si vous abandonniez Alger, si vous abandonniez la côte d'Afrique, que deviendrait-elle ? Posez cette première question aux ennemis de l'occupation. Ce qu'elle deviendrait, je vais vous le dire.
La côte d'Afrique serait occupée ou par une grande nation maritime, comme l'Angleterre, les Etats-Unis, la Russie, ou bien elle serait de nouveau livrée aux pirates.
Je vous le demande, verriez-vous avec indifférence, avec satisfaction même, car il y a des personnes qui désireraient abandonner Alger, verriez-vous avec satisfaction des nations rivales de notre marine s'établir sur les côtes d'Afrique ? Et verriez-vous avec indifférence encore la piraterie que vous avez chassée se rétablir sur ces côtes pour infester le commerce de la Méditerranée ?
On a souvent parlé, messieurs, de l'importance pour nous d'occuper la côte du nord de l'Afrique ; je ne veux pas prétendre qu'en nous plaçant sur cette côte, nous devions aller de là conquérir toutes les régences, peut-être l'Egypte, et nous rendre maîtres de tous les rivages de la Méditerranée. Je ne veux pas exagérer ; mais je vous prie de me permettre d'insister sur un fait qui est souvent révélé, sans assez de précision toutefois, et peut-être sans assez de connaissance de cause...
Le mouvement du commerce, le goût des communications promptes et rapides, les grandes rivalités nationales, tout porte aujourd'hui le monde vers la Méditerranée. Je ne dis pas que ce phénomène doive s'opérer bien vite. Ce que les hommes généralement ne mettent pas assez dans leurs projets, l'élément qu'ils n'y font pas assez entrer, c'est le temps. Il ne faut pas se figurer que ce mouvement soit tellement rapide que nous devions nous-mêmes en voir le plus grand développement ; mais il est certain, incontestable. Or,
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messieurs, c'est là une des causes qui ont rendu nécessaire l'expédition de la France contre Alger.
Remarquez que, tandis que sous la Restauration, sous l'influence heureuse de la paix, le commerce se développait avec prospérité, d'odieuses pirateries ravageaient, non seulement notre marine marcliande, mais encore celle de toutes les nations. Vous avez vu l'Angleterre, en 1814, faire contre Alger une expédition glorieuse, mais malheureusement sans résultat, parce qu'elle se borna à un bombardement ; nousmêmes, nous avons été amenés à faire la nôtre, et, depuis deux ou trois siècles, vous avez vu toutes les nations obligées de donner à Alger de ces corrections malheureusement pas-
Tout le monde sait que Charles-Quint, Louis XIV, l'Espagne, nous-mêmes avons été obligés de porter nos armes sur la côte d'Alger, pour en faciliter le parcours à toutes les nations. C'est ce mouvement général, et non un caprice, qui nous a entraînés, qui nous a contraints à rendre sûr et facile le parcours d'une route qui est aujourd'hui celle de tous les peuples. Remarquez que nous avons aujourd'hui, par les côtes de France, une portion du bassin de la Méditerranée ; l'Espagne, quand elle sera revenue à sa politique naturelle et au calme, l'Espagne, je puis le dire, sera toujours pour la France une alliée solide. Nous aurons donc, outre la portion du rivage espagnol par alliance, nous aurons sur la côte d'Afrique la portion qui nous appartient ; par notre influence naturelle nous aurons un certain empire incontestable sur les régences barbaresques de Tripoli et de Tunis. Ainsi, vous voyez que, grâce à notre situation, nous aurons, par notre possession ou par alliance, une influence de propriété ou une influence de politique sur une grande partie du littoral de la Méditerranée.
Cela posé, je dis qu'un grand jîeuple, qu'un gouvernement à vues étendues, ne renonce pas volontairement, légèrement, à un pareil avenir, lorsque surtout il a l'avantage incomparable de ne blesser aucune nation, et, au contraire, de les satisfaire toutes ; car aujourd'hui personne ne nous demande d'abandonner Alger, personne ne nous l'a demandé, personne n'eût été écouté si l'on nous eût fait une pareille
demande, personne ; et parmi les hommes de tous les pays qui souhaitent avec un sentiment national le bien de leur patrie et celui de l'humanité entière, il n'y en a pas un, il n'y a pas en Europe un homme éclairé qui ne désire que la France conserve sa possession d'Afrique, pour que la destinée du monde entier ne soit pas arrêtée de ce côté.
{Discours prononcé à la Chambre le 9 juin 1836; Calmann-Lévy, éditeur.)