‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 238 sur 305 · L'AMOUR DE LA VIE CHEZ ANTIGONF, IPHIGÉNIE ET POLYXÈNE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE LA VIE CHEZ ANTIGONF, IPHIGÉNIE ET POLYXÈNE

Chaque sentiment a son histoire, et cette histoire est curieuse, parce qu'elle est, pour ainsi dire, un abrégé de l'histoire de l'humanité. Quoique les sentiments du cœur humain ne changent pas, cependant ils ressentent aussi l'effet des révolutions religieuses et poHtiques qui se font dans le monde. Ils gardent leur nature, mais ils changent d'expression ; et c'est en étudiant ces changements d'expression que la critique littéraire fait, sans le vouloir, l'histoire du monde. L'amour de la vie est le sentiment le plus constant et le plus universel du cœur humain.

Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré, dit le fabuhste ^ ; et, en parlant ainsi, il ne faisait que traduire l'entretien d'Achille et d'Ulysse dans les enfers : « Achille, » dit Ulysse, tu étais autrefois honoré comme un Dieu chez )) les vivants ; mais maintenant, ici encore, tu commandes » aux morts : tu ne dois pas regretter la vie. — Ulysse, )) répondit Achille, ne cherche pas à me consoler de la mort ; » j'aimerais mieux être un pauvre laboureur et gagner ma » vie près de quelque pauvre maître qui n'aurait pas toujours » de quoi me nourrir, que de commander ici à ces ombres » sans vie ^. » Tant la vie est une douce chose ! et les anciens ne craignaient pas d'en regretter la douceur. Ce regret de la vie que les poètes prêtaient sans scrupule à leurs héros mourants, n'avaient rien de timide, ni de faible : ils étaient touchants sans être lâches...

Il y a, dans le théâtre grec, trois jeunes filles immolées à la fleur de leur âge, l'Antigone de Sophocle, l'Iphigénie et la Polyxène d'Euripide. Aucune d'elles, en mourant, n'affecte le courage et la fermeté, aucune d'elles ne fait bon marché

1. Ce n'est pas dans une fable taine, mais dans un conte, 7a i\/aque se trouve ce vers de La Fon- trône cTEphèse.

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