Sa mére. Minée
38a LE XIX' SIECLE PAR LES TEXTES
Bans Sénèque, au contraire Polyxène devient intrépide et farouche, elle court au devant de la mort ; sa magnanimité touche à la fureur, et elle épouvante Pyrrhus, qui doit l'immoler.
Moins fîère et moins hardie qu'Antigone, moins résignée que Polyxène, l'Iphigénie d'Euripide a besoin de moins d'efforts pour nous attendrir. Aussi n'y a-t-il dans ses plaintes rien de violent ni d'agité : elle regrette la vie, elle ne craint pas d'exprimer sa peur de la mort, elle pleure aussi sa jeunesse qui croissait dans d'autres espérances. Le discours qu'elle adresse à son père est plein de naïveté et de grâce, et d'une naïveté qui, rapprochée de l'idée de la mort que cherche à repousser cette jeune fille, émeut profondément les cœurs...
Tels sont, dans le théâtre grec, les adieux que font à la vie Antigone, Iphigénie et Polyxène. Toutes trois pleurent leur mort prématurée, toutes trois regrettent la vie, et toutes trois aussi finissent par se résigner avec un effort plus ou moins grand, selon que le poète sent qu'il a plus ou moins besoin de nous attendrir. Ainsi se mêlent le sentiment de l'amour de la vie, naturel à l'homme, et les sentiments de la résignation et de la fermeté ; ainsi s'exprime, dans ces personnages du théâtre grec, le cœur humain tout entier, qui est à la fois faible et fort, timide et hardi.
{Cours de Littérature dramatique ; Yasquelle, éditeur.)