BOILEAU
La raison est l'âme des écrits, le vrai en est l'unique objet ; telle fut la doctrine fondamentale de Boileau ; c'est la loi mère de toutes les autres, lesquelles ne sont que des manières diverses d'appliquer la raison à la diversité des genres, et de rechercher le vrai qui convient à chacun. Il l'a gravée dans des vers devenus proverbes :
Aimez donc la raison ; que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix "...
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable -.
Le mot seul est à la fois la limite et la sanction du précepte. Hors de la raison, il n'y a ni lustre ni prix, c'est-à-dire ni forme, ni fond ; hors du vrai, il n'y a pas de beau. Ces vers, que chacun de nous sait par cœur, que l'usage a rendus communs sans les rendre vulgaires, paraissaient inouïs aux contemporains de Boileau et aux poètes qui ne se sentaient pas en règle sur ce point. Pradon, qui qualifiait Boileau d'Attila badaud, ne lui reproche-t-il pas de parler toujours « à tort et à travers de bon sens et de raison, refrain de sa morale de campagne ^ » ? C'étaient en effet des maximes inconnues jusque-là. Malherbe les avait pressenties, et il paraît bien, par ses critiques de détail *, que ce qu'il avait en vue, c'est la raison sous la forme du vrai. Mais il n'en eut pas d'images aussi claires que Boileau. Xi la chose ni le mot ne s'en trouvent dans ses notes critiques. Outre la difficulté, même pour un esprit supérieur, de voir toute la portée de ses pensées, et, pour un réformateur, de connaître et d'exprimer toutes les conséquences de sa réforme, Malherbe n'était -il