Kpître IX. inentaires sur Desportes. Cf. I.e
3. Dans le Triomphe de Pradon sur XVII'- siMe par les textes, p. '.i7. les satires du sieur Despréaux, 1676.
pas sous l'empire de l'ancien préjugé qui faisait de la poésie un art agréable plutôt qu'utile ? Il lui est arrivé de dire qu'un bon poète n'est pas plus nécessaire à la république ^ qu'un bon joueur de flûte.
En quoi donc la poésie est-elle moins utile aux hommes que la morale et la philosophie ? A quel titre l'empêcherait-on de chercher, comme la morale et la philosophie, le vrai par la raison ? Après avoir été dans notre pays un art frivole, dont les difficultés donnaient un prix de convention à des galanteries , à un vain badinage d'esprit, n'était-il pas temps qu'elle prît enfin son rang parmi les productions de l'esprit qui prétendent à l'empire des âmes et qu'elle demandât cet empire aux seules choses qui le donnent, la raison et le vrai ? Voilà ce qu'avait pu soupçonner Malherbe et ce que consacra Boileau. Il est juste d'y reconnaître l'influence de Descartes, le père de l'art de penser, qui n'est que l'art de choisir, parmi ses pensées, celles qui ont la marque du vrai, reconnue par la raison ; mais il fut glorieux pour Boileau d'introduire dans la poésie l'esprit du Discours de la méthode. Ce jour-là, il n'y eut plus d'un côté des penseurs, et de l'autre des poètes : le poète fut le plus divin des penseurs...
... Quoi donc ? est-ce que la raison dans Boileau serait d'une autre sorte que la raison générale ? Est-elle assujettie à quelque système, ou circonscrite à de certains genres d'écrire? Lequel a-t-elle exclu? Boileau a-t-il seulement exprimé une préférence pour le genre dans lequel il excellait ? Quelle est la poésie si haute, si passionnée ou si rare, qu'ait proscrite cette libre raison ?
Est-il vrai que Boileau ait parlé froidement de la passion ? Voici des vers où il la recommande au poète, en même temps qu'il en peint avec une brièveté admirable les principaux effets :
Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cœur, l'échaufïe et le remue ^.
A-t-il interdit au poète les inspirations de l'amour, lui qui