‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 25 sur 305 · Le coq · texte numérisé non relu

Le coq

même de nom. Le laboureur chrétien repose oublié dans la mort, comme ces végétaux utiles au milieu desquels il a vécu : la nature ne grave pas le nom des chênes sur leurs troncs abattus dans les forêts.

Cependant, en errant un jour dans un cimetière de campagne, nous aperçûmes une épitaphe latine sur une pierre qui annonçait le tombeau d'un enfant. Surpris de cette magnificence, nous nous approchâmes, pour connaître l'érudition du curé du village ; nous lûmes ces mots de l'Evangile :

« Sinite parvulos ventre ad me. »

« Laissez les petits enfants venir à moi. »

Les cimetières de la Suisse sont quelquefois placés sur des rochers, d'où ils commandent les lacs, les précipices et les vallées. Le chamois et l'aigle y fixent leur demeure, et la mort croît sur ces sites escarpés, comme ces plantes alpines dont la racine est plongée dans des glaces éternelles. Après son trépas, le paysan de Glaris ou de Saint-Gall est transporté sur ces hauts lieux par son pasteur. Le convoi a pour pompe funèbre la pompe de la nature, et pour musique, sur les croupes des Alpes, ces airs bucoliques qui rappellent au Suisse exilé son père, sa mère, ses sœurs, et les bêlements des troupeaux de sa montagne.

(Le Génie du Christianisme.)

DEMODOCUS ET CYMODOCEE CHEZ LASTHE.^ES '

Comme Lasthénès achevait de prononcer ces paroles, le soleil descendit sur les sommets du Pholoë -, vers l'horizon éclatant d'Olympie ; l'astre agrandi parut un moment immobile, suspendu au-dessus de la montagne, comme un large bouclier d'or. Les bois de l'Alphée ^ et du Ladon *, les neiges lointaines du Telphusse * et du Lycée " se couvrirent de roses ;

1. Cymodocée, fille de Démodo- Démodocus est prêtre d'Homère, et

eus, s'est égarée en revenant d'une 11 a consacré Cymodocée au culte

fête. Eudore, fils de Lasthénès, l'a des Muses,

rencontrée et reconduite chez elle. 2. Montagne de l'Arcadie.

Quelques jours après, Démodocus, .1. Fleuve de l'Elide.

accompagné de sa fille, va rendre 4. Fleuve de l'Arcadie.

visite à Lasthénès, qu'il trouve fai- 5. Montagne de l'Arcadie.

sant la moisson avec sa famille et 6. Id. ses gens. — Lasthénès est chrétien

IcH vents tombèrent, et les vallées de l'Arcadie demeurèrent dans un repos universel. Les moissonneurs quittèrent alors leur ouvrage ; la famille, accompagnée des étrangers, reprit le chemin de la maison. Les maîtres et les serviteurs marchaient pêle-mêle, portant les divers instruments du labourage ; ils étaient suivis de mulets au pied sûr, chargés de bois coupé sur les hauteurs, et de bœufs traînant lentement les équipages champêtres renversés *; ou les chariots tremblant sous le poids des gerbes.

En arrivant à la maison, on entendit le son d'une cloche.

« Nous allons faire la prière du soir, dit Lasthénès àDémodocus ; nous f)ermettrez-vous de vous quitter un moment, ou préférez- vous noas suivre ? »

« Me préservent les dieux de mépriser les prières, s'écria Démodocus, ces filles boiteuses de Jupiter, qui peuvent seules apaiser la colère d'Até - ! »

On s'assemble aussitôt dans une cour entourée de granges et des étables des troupeaux. Quelques ruches d'abeilles y répandaient une agréable odeur mêlée au parfum du lait des génisses qui revenaient des pâturages. Au milieu de cette cour, on voyait un puits dont les deux poteaux, couverts de lierre, étaient surmontés de deux aloès qui croissaient dans des corbeilles. Un noyer, planté par l'aïeule de Lasthénès, couvrait le puits de son ombre. Lasthénès, la tête nue et le visage tourné vers l'Orient, se plaça debout sous l'arbre domestique. Les bergers et les moissonneurs se mirent à genoux sur du chaume nouveau, autour de leur maître. Le père de famille prononça à haute voix cette prière, qui fut répétée par ses enfants et par ses serviteurs :

« Seigneur, daignez visiter cette demeure pendant la nuit, et en écarter les vains songes. Nous allons quitter les vêtements du jour, couvrez-nous de la robe d'innocence et d'immortalité que nous avons perdue par la désobéissance de nos premiers pères. Lorsque nous serons endormis dans le sépulcre,'ô Seigneur, faites que nos âmes reposent avec vous dans le ciel ! »

1. Renversés. Pour qu'ils ne pus- de rc^garement qui perd les hommes, sent pas blesser ceux qui suivaient. — Cf., Homère, Iliade, IX, 503, sqq.

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