Libéralité. Ce qui caractérise Beuve
l'homme libre par opposition avec 5. Dans VEpUhilame de Thétis
et de Pelée.
SAIXTE'BEUVE 393
taire : « On a de lui de très jolis vers, mais en petit nombre. » Ces jolis vers, c'est d'abord son fameux sonnet : Il faut finir mes jours en V amour d'Uranie ^.. On y sent une certaine tendresse passagère et voluptueuse. Ce sont les vers improvisés à la reine Anne d'Autriche dans une promenade à Rueil :
Je pensais que la destinée
Après tant d'injustes malheurs •^...
C'est surtout l'Epître à M. le Prince, après son retour d'Allemagne où il avait failli mourir de maladie (1645), pièce charmante, philosophique et de la plus douce veine. Joignez-y quelques chansons et rondeaux. Voiture a cela d'original comme poète, qu'il rompt la lignée majestueuse de Malherbe et s'en revient au seizième siècle, au premier seizième siècle, à celui des Marot, des Brodeau ^. Entre l'ode et le genre burlesque alors en vogue, il tient sa route aisée et il continue en français la poésie véritablement légère.
Il devance donc à quelques égards Voltaire, et leurs nom^ se peuvent rapprocher ; mais ce n'est qu'en un ou deux points qu'est leur rencontre. Voltaire, sérieux sous ses badinages, ou du moins passionné pour ou contre certaines idées et certaines institutions sociales, y mettant à tout instant la main comme l'enfant imprudent et terrible, mais parfois aussi comme l'ami de l'humanité, ne saurait être ramené et diminué jusqu'à Voiture, qui n'a jamais épousé dans sa vie aucune cause, et qui n'a été que le héros de la bagatelle. Voiture avait dans la volupté, pratiquée comme il l'çntendait, un principe de sagesse relative et d'indifférence. Son ambition était du côté des femmes ; celle de Voltaire était partout ailleurs. Avec les princes et les grands, bien que d'abord excellent à s'y produire et à gagner une faveur brillante. Voltaire excédait tôt ou tard la mesure et s'attirait de fâcheux retours ; ce que Voiture eut le tact d'éviter. Toutefois on sait que ce dernier avait aussi ses saillies et ses velléités d'émancipation et d'incartades. Le prince de Condé disait de lui :
1. Cf. Le XVII' siècle par les 3. Victor Brodeau, contemporein
id., p. 124.
textes, p. 122. de Marot, mort en 1540.