LA COLERE DE SAMSON
« Eternel ! Dieu des forts ! vous savez que mon âme N'avait pour aliment que l'amour d'une femme, Puisant dans l'amour seul plus de sainte vigueur Que mes cheveux divins n'en donnaient à mon cœur ^. — Jugez-nous. — La voilà sur mes pieds endormie. Trois fois elle a vendu mes secrets et ma vie. Et trois fois a versé des pleurs fallacieux Qui n'ont pu me cacher la rage de ses yeux ; Honteuse qu'elle était plus encor qu'étonnée De se voir découverte ensemble et pardonnée ; Car la bonté de l'Homme est forte, et sa douceur Ecrase, en l'absolvant, l'être faible et menteur.
« Mais enfin je suis las. J'ai l'âme si pesante, Que mon corps gigantesque et ma tête puissante Qui soutiennent le poids des colonnes d'airain ' Ne la peuvent porter avec tout son chagrin...
1. • Il promet à Eva de lui dire ses propres poèmes, assis tous deux
au seuil de la maison roulante :
Tous les tableaux, etc.
Les grands pays muets longuement s'étendront. Voilà un vers i\ joindre au I^on- Dieu dès sa naissance >. (Juges, tuni adspectabanl (tentes de Virgile, XVI. 17). Il devait, si ses cheveux un vers presque égal lui-même ù étaient rasés, perdre toute sa force, l'immensité. » (Sainte-Beuve, Sou- 3. Le poids des colonnes d'airtiin.
veaux lundis, t. VI.) Le poids que des colonnes d'airain
2. • Le rasoir n'avait jamais passé peuvent seules supporter, sur la tête de Samson consacré ii
tE XIX" SIÈCLE PAR LES TEXTES. — 1
C'est trop ! Dieu, s'il le veut, peut balayer ma cendre. J'ai donné mon secret ^, Dalila va le vendre. Qu'ils seront beaux les pieds de celui qui viendra "^ Pour m'annoncer la mort ! — Ce qui sera, sera ! »
Il dit et s'endormit près d'elle jusqu'à l'heure
Où les guerriers, tremblant d'être dans sa demeure,
Payant au poids de l'or chacun de ses cheveux,
Attachèrent ses mains et brûlèrent ses yeux,
Le traînèrent sanglant et chargé d'une chaîne
Que douze grands taureaux ne tiraient qu'avec peine,
Le placèrent debout, silencieusement.
Devant Dagon, leur Dieu, qui gémit sourdement
Et deux fois, en tournant, recula sur sa base
Et fit pâlir deux fois ses prêtres en extase,
Allumèrent l'encens, di'essèrent un festin
Dont le bruit s'entendait du mont le plus lointain,
Et près de la génisse aux pieds du Dieu tuée
Placèrent Dalila, pâle prostituée,
Couronnée, adorée et reine du repas.
Mais tremblante, et disant : Il ne me verra pas !
Terre et ciel ! avez- vous tressailli d'allégresse Lorsque vous avez vu la menteuse maîtresse Suivre d'un œil hagard les yeux tachés de sang Qui cherchaient le soleil d'un regard impuissant ? Et quand enfin Samson, secouant les colonnes Qui faisaient le soutien des immenses pylônes, Ecrasa d'un seul coup, sous les débris mortels. Ses trois mille ennemis, leurs dieux et leurs autels ?
Terre et ciel ! punissez par de telles justices La trahison ourdie en des amours factices. Et la délation du secret de nos cœurs Arraché dans nos bras par des baisers menteurs.
(Œuvres complètes ; Ch. Delagrave, éditeur,)
1. Samson a dit à Dalila que, ses drait « faible comme un autre cheveux une fois coupéss il devien- homme. »