Déclarations fiorie, J.-i. Leroux, Desmousmux
m LB 20 JUIN 1792.
« Un rassemblement extraordinaire de citoyens armés, dit-il, a lieu en ce moment malgré la loi, malgré deux arrêtés, Tun du conseil général de la commune,. Tautre du départemeni, qui rappellent la loi...
« Nous avons lieu de craindre que ce rassemblement ne serve à appuyer par Tappareil de la force une adresse au roi, à qui il ne doit en parvenir que sous là forme paisible d'une pétition.
il Les rapports qui nous ont été faits cette nuit et qui Font occupée tout entière ont autorisé nos craintes a cet égard.
c< Une lettre du ministère de l'intérieur qui nous a
été adressée ce matin , à neuf heures , les a confirmées.
« Vous connaissez, messieurs, Tarrêté que le directoire a cru devoir prendre hier pour fortifier celui que le conseil général de la comniune a pris le 16 du courant; aujourd'hui nous n'avons eu qu'à en recommander de nouveau Texécutlon à la municipalité et à lui faire connaître Tordre qui nous a été transmis par le ministre de l'intérieur. Nous avons rempli ce devoir...
«Aujourd'hui, messieurs, un grand nombre de citoyens armés, accompagnant des pétitionnaires, se portent vers l'Assemblée nationale par un mouvement civique; mais demain il peut se rassembler une loule de malintentionnés, d'ennemis secrets de la Révolution et de TAssemblée nationale elle-même.
« Qu'aurions-nous à leur dire, quel obstacle pour-
LE 20 JLIN 1792.
rions-DOus mettre à leur rassemblement, en un mot, messieurs, comment pourrions-nous répondre de votre sûreté si la loi ne nous en donnait le moyen, et si ce moyen était affaibli dans nos mains par la condescendance de l'Assemblée nationale & recevoir des multitudes armées dans son sein?
« Nous demandons, messieurs, de rester chargés de tous nos devoirs, de toute notre responsabilité, et que rien ne diminue Tobli^ation où nous sommes de mourir pour maintenir Tordre public et le respect du aux pouvoirs qui forment les bases de la constitution. »
Les dernières paroles du procureur générai syndic,
si nettes, si fermes, aui aient dû provoquer des applaudissements unanimes. Une partie seulement de l'Assemblée les salue d'acclamations; le reste , soutenu des tribunes , fait entendre des murmures désapprobateurs.
Le président. Français (de Nantes), se contente de répondre au directoire : « Assemblée nationale prendra en considération les observations que vous venez de lui soumettre. »
L'Assemblée nationale étant avertie oOicieilement de Tarrivée des pétitionnaires armés, il lui était impossible de ne point discuter d'avance la question de savoir si, 'en admettant dans son sein les violateurs de la loi, elle consentirait, pour nous servir des expressions d'un écrivain révolutionnaire, » à mettre à la merci de toutes les séditions possibles la liberté de
ses débats, rindépendance de ses votes, la dignité de ses membres. » Pour combattre les motions que devait uatureilemeQt présenter et soutenir la droite royaliste et constitutionnelle, la ganche envoie à la tribune le plus éloquent de ses orateurs, Yergniaud : « Je le crois, dit^il, et nous avons entendu avec plaisir M. Rœderer nous le confirmer, le civisme seul anime les citoyens qui ont formé le rassemblement dont on vient de vous parler. Mais je crois aussi que vous devez prendre les précautions que les circonstances comniaadent pour prévenir les événements que la malveillance pourrait occasionner. Parmi ces précautions, faut-il comprendre le refus de recevoir les pétitionnaires armés? Sans doute le sanctuaire de la loi ne doit être ouvert qu'aux législateurs et aux citoyens paisibles, et Ton peut craindre que, si aujourd'hui le civisme y conduit de bons citoyens, demain Taristocratie u*y conduise des janissaires. Cependant, comme l'Assemblée constituante et la Législative, hier même, ont eu le tort de ne point refuser le passage à travers leur enceinte à des pétitionnaires armés. Terreur des citoyens qui veulent, eux aussi, défiler, se trouve en quelque sorte autorisée par les abus antérieurs. » — Si donc, » ajoute Yergniaud proposant une transaction entre ce que les faubourgs en marche paraissent vouloir et ce que les magistrats départementaux réclament au nom de la loi, « si donc des citoyens sans armesvienneuLà votre barre vous demander de défiler en armeit^ comme
VOUS n'avez pas refusé cette faveur aux autres, vous ne pouvez pas la refuser à ceux-ci : s'ils veulent présenter une pétition au roi, je pense qu'ils se coaiormeront aux lois, qu'ils iront à lui sans armes et comme de simples pétitionnaires. Ainsi il y a lieu de croire qu'il n'y a pas de danger pour la personne du roi; supposé qu'il y en eût, vous devez le partager. Je demande qu'une députation de soixante membres soit envoyée chez le roi pour y rester jusqu'à ce que le rassemblement soit dissipé. »
Mais d'autres députés ne paraissent pas avoir dans les intentions des pétitionnaires la même confiance que Yergniaud. Thorillon rend compte des scènes dont il a été témoin quelques heures auparavant, et demande, au nom du comité de la section des Gobelins, que l'Assemblée maintienne, comme elle le doit, l'exécution de la loi ^ Dumolard insiste afin que la motion de Vergniaud pour l'envoi d'une députation chez le roi soit adoptée et que les rassemblements illégaux soient dissipés. Mais en ce moment le président annonce qu'il vient de recevoir une lettre de Santerre, commandant de l'un des bataillons du faubourg Saint-Antoine. On entend les premiers grondements de l'orage qui s'approche, d'immenses bruits de voix montent du dehors; à ces signes précurseurs, chacun comprend que le flot populaire bat déjà les portes de l'Assemblée nationale.