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Cette pétition, véritable déclcii atioii de guerre à la royauté, avait été fréquemment interrompue par les applaudissements du côté gauche et des tribunes; mais elle avait naturellement excité rindignation de tous les hommes d'ordre, qui n'avaient pu entendre sans frémir les sinistres prophéties des soi-disant délégués du faubourg Saint- Antoine. Dubayet réclame la parole aussitôt après que Torateur des pétitionnaires a prononcé sa dernière phrase , lancé sa dernière menace. « Mais, s*écrie-t-on, le président va répondre; vous ne pouvez parler qu'après le pré* slclenl. — Je demande la parole avant, » réplique le hardi député. L'Assemblée la lui refuse, et Français (de Nantes) répond à la députation ces quelques phrases vagues et banales que Ton applaudit de part et d'autre, parce qu'elles n'ont pas de signification bien marquée :
« Citoyens, l'Assemblée nationale et le peuple ne font qu'un ; nous voulons votre intérêt, votre bonheur, votre liberté, mais nous voulons aussi la constitution* S'il existe des conspirations, nous les déjouerons par la force de la loi. Nous vous invitons, au nom de la
patrie, à Tobéissance de la loi, qui est le signe le plus respecté par tous les peuples dignes de la liberté; nous vous invitons...
(( Point d'invitation ! » crient plusieurs députés.
« L'Assemblée nationale, reprend le président, verra toujours avec plaisir autour d'elle les citoyens de Paris, puisqu'elle est assurée de leurs sentiments patriotiques et qu elle sait qu'il n'y a jamais que les dangers de la patrie qui puissent exciter leurs inquiétudes. Elle prendra en considération la pétition que vous venez de lui faire, et elle vous invite à sa séance. »
Dubayet réclame de nouveau la parole contre la
pétition, mais elle lui est refusée. Mathieu Dumas parvient, malgré le tumulte^ à faire entendre cette énergique protestation : « Pour l'acquit du serment du législateur et pour l'honneur de l'Assemblée nationale, je demande que la question préalable sur l'admission des citoyens soit mise aux voix. »
Pendant que les pétitionnaires traversent la salle, au milieu des applaudissements des tribunes et de la gauche« le président met aux voix la question préalable. Elle est repoussée par la majorité, et l'Asserablée décrète que les citoyens des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marcel seront aduiis à défiler devant elle : « Eh bien I je demande alors la question préalable, s'écrie Girardin, sur toutes les loisdii royaume! » Girardin avait bien raison. Jamais la violation des lois, le mépris et la haine de la royauté n'avsdent
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encore été si ouvertement proclamés. L^Asseniblée, en admettant dans son sein ces insolents pétitionnaires et leur escorte, ne donnait-elle pas à ces violences de langage, qui devaient bientôt se traduire en des violences de fait, uue espèce de consécration légale? Dès lors les meneurs démagogiques surent à quoi s'en tenir sur la force de résistance que la majorité opposerait à raccompUssement de leurs projets; ils comprirent parfaiteineut, par ce premier succès, que la majorité était prête à reconnaître Tautoritédu fait accompli, quel qu'il fût, pourvu qu on ne lui demandât de se prononcer qu'après l'événement.
Mais, pendant que le rappel est battu dans la cour du Manège et aux abords de l'Assemblée pour réunir l'armée de l'émeute, dispersée dans le jardin des Tuileries, d'autres députations, qui attendaient l'honneur d'être admises, se présentent à la barre. Leur langage fait une singulière diversion aux menaces qui viennent d'être écoutées si patiemment. Elles n*injurient pas le pouvoir exécutif, elles n'importunent point l'Assemblée nationale de déclamations furibondes; elles se contentent de jurer « l'amour delà patrie et des lois. » — a Ce que nous n'oublierons jamais, disent les délégués des deux premiers bataillons de la Gironde, c est que les lois doivent toujours être présentes à notre mémoire et chères à nos cœurs ; c'est que la force armée est essentiellement obéissante. Nous n'oublierons jamais que, dans ua pays libre, tout citoyen, depuis le soldat jusqu'au général.
LË 20 JUIN 1702.
doit marcher droit à rennemî sans retourner la tète
en arrière. »>
a Assemblée a entendu avec plaisir l'expression de vos sentiments, répond le président. Elle y a surtout remarqué cette maxime : « La force armée « est essentiellement obéissante. >» Elle vous témoigne la satisfaction qu'elle a éprouvée en entendant ces saintes paroles. »
Évidemment, cette réponse était à l'adresse des précédents pétitionnaires ; mais quelle honte pour la représentation nationale d'en être réduite à envelopper la réprobation de la violence dans un timide éloge donné a la modération I
Silence ! le bruit des tambours et de la musique
annonce l'arrivée de Féineute trioaipiiante ! la voilà qui envahit le sanctuaire de la loi !
A la tète du cortège marchent triomphalement Santerre et Saint-Uuruge. L'ex-marquis et le brasseur, une fois entrés, se placent au pied de la tribune pour diriger le défilé.
Derrière eux se presse une foule immensed^hommes, de femmes, et même d'enfants que leurs mères trat-
nent par la main. Les uns sont sans armes, d*autres
brandissent des sabres, des piques, des haches, des faux, des besaiguës, des tranchets, des couteaux, des pointes de fer, jusqu'à des scies emmanchées au bout de longs bâtons. Quelques pelotons de garde nationale apparaissent de loin en loin, au milieu de cette multitude confuse, et ont Tair de sanctionner par leur présence cette étrange saturnale.
La foule accompagne de la voix les musiciens qui jouent Tair du Ça ira; on entend sans cesse retentir ces cris : a Viyent les patriotes 1 A bas le vetol » On voit défiler les emblèmes les plus étranges et parfois les plus menaçants* Deux hommes portent au bout de leurs piques, l'un une vieille culotte, avec cette inscription : « Vivent les sans- culottes I » c'était rétendard de la misère parisienne ; Fautre un cœur de veau, tout sanglant, avec cette devise : « Cœur d'aristocrate 1 » c'était la déclaration brutalement claire des vœux d'un certain nombre d'émeu tiers. Mais divers membres de l'Assemblée engagent, dit le Moniteur^ l'individu qui porte ce dernier trophée à sortir de la salle. On avait, on le voit, de singuliers ménagements pour un misérable qu'on aurait dû chasser avec ignominie.
Le défilé dure plus d'une lieure. Des danses pa** triotiques viennent, par instants, varier le spectacle offert par la populace parisienne aux députés de la France ; des orateurs improvisés veulent donner des échantillons de leur éloquence; mais Santerre, le
chef de la manifestation, qui sait bien que la visite à r Assemblée ne doit être que le prélude d*une autre visite , se hâte de mettre fin à ces incidents « en prononçant, d'une voix reieuiissante : a En avant^ marche! »
Le défilé terminé, le général des émeutiers remercie les représentants du peuple des marques d'amitié qu'ils ont données aux citoyens du iaubourg Saint-Antoine, et les prie d'accepter un drapeau en témoignag(î de leur reconnaissance-. Puis il court avec son inséparable acolyte, T ex-marquis de Saint- Huruge, rejoindre ses hommes sur la place du Carrousel.
L'Assemblée, croyant tout fini, lëve sa séance. Il était alors trois heures et demie.
Entré par la porte des Feuillants, le cortège sortait par la cour du Manège; de cette cour longue et étroite, il pouvait regagner la rue Saint-Honoré; il pouvait aussi, nul obstacle ne lui étant opposé, franchir la porte qui, au bout de cette cour, communiquait avec le jardin des Tuileries, longer la façade du Château, sortir par le grille du Pont-Royal et re-
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monter par les quais. Ce fut ce dernier itinéraire qu'il suivit.
Qui le lui avait indiqué? Probablement l'infatigable Mouchet, que nous retrouvons encore ici, revêtu de son écharpe, haranguant ses amis les faubouriens, donnant des ordies à la garde nationale, dirigeant la marche de la manifestation , se multipliant pour se donner une ridicule importance
Des bataillons de gardes nationaux étaient rangés le long de la façade des Tuileries; le cortège défilait devant eux. En passant sous les fenêtres royales, il faisait entendre ses cris ordinaires : « Vive la nation! Vivent les sans-culottes I A bas M. et M"""" Veto 1 » Quant aux gardes nationaux, suivant l'esprit qui régnait dans les divers bataillons, ils donnaient à la