L'officier municipal Mouchet est un type qui mérite de
nous arrêter un instant. Il joua dans toute la journée du 20 juin le rôle Ip phis actif; il y fut la véritable inoiiclie du coche. Au 10 août, on le voit encore jouer, à l'ilutel de Ville, un certain rôle , puis il disparaît de la scène politique. Il mourut en 4815, à Gray, sa patrie, dan.s la plus complète obscurité. C'était un petit homme, jeune encore (34 ans), qui était architecte - entrepreneur et capitaine des grenadiers du bataillon de TOratoire. (Voir VAlmanach royal de
« Mouchet, dil llœderer, représentait exactement l'esprit et le caractère de la grande masse des bourgeois de Pans, qui redoutaient les fureurs populaires et encore plus les trahisons royales, et auraient voulu mesurer assez juste les soulèvements des prolétaires pour obliger Ja cour à plus de droiture et de fidélité. » {Chronique des cinquante jours,)
manifestation leur adhésion bu leur blâme ; les uns avaient ôté leurs baïonnettes, d'auUes s y étaient refusés, quelques-uns avaient été jusqu'à rendre les honneurs militaires à cette fouie désordonnée.
En ce moment, tout paraissait assez calme au*dedans comme au dehors du Giiàteau; en voyant le cortège se diriger vers les quais, sans chercher à pénétrer dans les Tuileries, on seutait se dissiper les craintes que Ton avait conçues. Le roi , sa famille et tout leur entourage étaient complètement rassurés. Il en était de même des personnes qui, du jardin et des abords de TAssemblée, observaient la marche du rassemblement.
Mais soudain la foule, au lieu de suivre le quai, se présenta devant le guichet du Carrousel, gardé par des détachements des bataillons du petit Saint- Antoine et des Petits-Pères. Dès le premier moment du défilé à travers l'Assemblée nationale, le com-* mandant du bataillon du Yal-de-Grâce , Saint-Prix, avait envoyé ses deux canons et ses artilleurs sur la place du Carrousel, et, comme cette pLoce ne faisait point partie de la demeure royale, ils y avaient été
ad mis sans opposition. Ce fut peut-être à cause de leur introduction que le cortège, en sortant du jar*din, trouva aux guichets cette étrange consigne : u Laisser entrer toutes les personnes armées,de quelque manière qu'elles le soient, et ne pas admettre celles qui n'auraient pas d'armes. » iUais les hommes sans armes suivirent le flot des sans-culottes armés
LE iO JUIN
et pénétrèrent avec eux dans le Carrousel, malgré la résistance des gardes nationaux.
Rien n*eût été plus facile cependant que d'empêcher la foule d'entrer au Carrousel, et de là dans le Château. Le commandant général avait en ce moment des forces considérables : dix bataillons dans le jardin, deux autres sur la terrasse du bord de l'eau, quatre à la place Louis XV, cinq sur la place du Carrousel, et enfin, à Tintérieur des Tuileries, un bataillon, les deux gardes, montante et descendante, et cent gendarmes à cheval. Avec autant de troupes, et en les disposant convenablement, on pouvait sans peine garder toutes les avenues de la demeure royale et tenir fermées toutes les cours et toutes les portes. Mais Ramainvilliers resta, durant tout Pévénement, dans Tinaction la plus complète, donnant pour motif que le maire ayant permis, et le roi n'ayant pas refusé l'admission de vingt pétitionnaires, il n'avait pas pu prendre sur lui de proclamer la loi martiale contre leur escorte. De plus, prétendit-ii plus tard, une dizaine d'officiers municipaux, avec ou sans écharpe, se trouvaient dans le Château et donnaient des ordres avec ou sans Tagrément du roi; il ne lui appartenait pas d'élever avec eux un conflit d'attributions.
Quoi qu'il en fût, même après avoir forcé et la grille du jardin et les guichets du Louvre, la masse populaire semblait ne pas avoir conçu le dessein de violer le domicile du roi. Déjà, à travers la place du
L£ 20 JL1^ 1792.
Carrousel, elle atteignait la l'ue Saint-Nicaise« comme si elle devait s'y engager et regagner ses quartiers en remontant la rue Saint- Honoré. Le colonel Rulbière, qui était posté avec deux escadrons de la 29" division de gendarnieric devant les Tuileries, faisant face à rhôtel de Longueviile, croyait si bien tout danger passé, qu'il descendit de cheval, permit à une partie de ses hommes d'en faire autant, et s'en alla avec un ami causer dans la cour royale , située à l'intérieur du Château ^
Mds voici que tout à coup le cortège s'arrête. La place du Carrousel, en 1792, était assez petite et fort encombrée de constructions. Elle ne tarde donc pas à se remplir, puisque personne n'en sort, et que toute la foule qui vient de défiler devant l'Assemblée y pénètre par les guichets du Carrousel et peu à peu s'y ent£^se.
Bientôt , sous la pression des agitateurs , la masse populaire s'anime et pousse des cris confus qui ne tardent pas à se traduire par des ordres impérieux, par des sommations furibondes.
Un groupe d'une quarantaine de sans-culottes se présente à la porte de la cour Royale : a Nous voulons entrer, disent-ils, et nous entrerons ; nous ne voulons point de mal au roi, et on ne saurait nous empêcher de pénétrer jusqu'à lui* » Fidèles à leur consigne,
4. Rapports RamaiiiviJliers > Hulbière, Saint -Prix, Rœderer, etc.
les deux gendarmes placés en vedette croisent la
baioanette sans répondre. Les émeutiers se retirent, non sans menacer les soldats, qui d'un couperet, qui d'un fusil ou d'une piquet Mais, peu après, les mêmes, ou d'autres à leur place, reviennent, demandant toujours à entrer. En raison de cette insistance, la porte qui était restée ouverte est fermée, ainsi que le guichet.
L'anxiété est grande parmi les gardes nationaux et les gendarmes chargés de défendre le Château, a flous périrons plutôt que de les laisser entier, disent les uns. — Mais nous n'avons pas d'ordres, disent les autres, ni d'officiers pour nous commander*. » Plusieurs crient aux armes! et se rangent en colonne, à coté de la porter « Et nous, demande uu capitaine de gendarmerie au colonel RuUiière, qu'avons-nous à faire? — Je n'ai point d'ordres, réplique celui-ci, mais je crois que la troupe est là pour soutenir la garde nationale. » L^n lieutenant-colonel de gendarmerie. Carie, apercevant liamainvilliers, l'interroge sur ce qu'il devra faire des deux cents hommes qu'il commande* u 11 faut ôter les baïonnettes î — Pourquoi , répond Carie , ne m'ordonne-t-on pas tout de suite de rendre mon épée et d oter ma culotte? » A
1 . R.ipports de radjudaiit ^MaroUe el des fondai aiea Muiicaux et Foret.
S. Déclaration Guiogorlot, lieutenaDl-coltitiei de la 30*" divi« sien de gendarmerie.